Le rôle des différents membres d’une équipe créative

L’éditeur

Quand je parle d’éditeur ici, il s’agit de la ou des personnes qui supervisent la production d’un comic book, et non de la maison d’édition en elle-même (autrement dit, les editors et non le publisher). Tom Brevoort décrit bien le travail des différents éditeurs chez Marvel, en voici un petit résumé :

  • L’éditeur en chef supervise l’ensemble du catalogue, sans être fortement investi dans un titre en particulier (la plupart du temps).
  • L’éditeur d’un titre compose l’équipe créative qui travaillera dessus, pose certaines lignes directrices (comme le changement de costume de Captain Marvel, voulu par Steve Wacker à l’origine), gère le planning et supervise la production. Il discute avec le scénariste, lit les scripts et vérifie les planches afin de faire remonter les éventuelles corrections à apporter*. Comme l’explique Jordan D. White (éditeur sur Deadpool et Star Wars), l’éditeur peut proposer une idée ou une direction pour un titre, mais c’est ensuite au scénariste de la développer et de la transformer en histoire.
  • L’assistant d’édition s’occupe de nombreuses tâches subalternes (s’assurer que les fichiers sont bien transmis, que les artistes ont les références dont ils ont besoin etc.).
  • Il peut y avoir un éditeur consultant lorsqu’un titre supervisé par un certain éditeur met en scène un personnage appartenant à une « famille » de personnages supervisés par un autre (en effet, Mark Doyle supervise actuellement l’ensemble des titres tournant autour de Batman, jusque récemment Mike Marts s’occupait des titres estampillés X-men ou Guardians of the Galaxy etc.).

Un tel nombre d’éditeurs est nécessaire dans une grande maison publiant beaucoup de titres et cherchant à faire évoluer de façon cohérente un gigantesque univers partagé. Dans une plus petite maison, il peut n’y avoir qu’un éditeur pour un titre. Parfois, il n’y en a même pas ! C’est par exemple le cas sur certains titres de chez Image où l’équipe créative choisit ou non de travailler avec un éditeur.

* En parlant de corrections, de manière générale un titre peut être modifié jusqu’au dernier moment. Plusieurs scénaristes racontent en effet que lorsqu’ils ont reçu telle ou telle planche, l’expression donnée à tel personnage par le dessinateur et le coloriste était tellement précise, tellement évocatrice qu’ils ont supprimé une partie du texte, qui n’était alors plus nécessaire.

 

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3 commentaires

  1. Ah je n’avais pas vu ce nouveau billet ! Excellent boulot comme d’habitude ! Merci.

    On sous-estime souvent le travail de certains membres de la chaîne créative des comics, alors que c’est vrai qu’ils ont tous leur importance. Merci de les remettre tous en avant, et surtout le fait que c’est la combinaison des différents membres qui fait un bon ou mauvais (selon ses goûts bien entendus) comics. Et quand il y a une alchimie entre les auteurs, ça se sent tout de suite, comme dans le cas de Squirrel Girl, Superior Foes ou Sex Criminals.

    Et puis vu que dans cette industrie, les différents artistes (que ce soit scénariste, dessinateur, encreur, coloriste, lettreur) changent régulièrement de collaborateurs, on peut vraiment voir l’impact de chacun d’entre eux sur le résultat collectif.

    Ceux qui arrivent à faire de bons comics en team sont vraiment des champions, car c’est peut-être ce qui est le plus difficile. Un auteur qui fait tout lui-même sait où il veut aller. Certes il doit essayer d’être excellent dans tous les domaines, mais il a moins de risque de se trahir lui-même, de se desservir, tout au long du processus. Une team ou chacun arrive à mettre en valeur l’autre, c’est toujours impressionnant. Je me souviens de Art Spiegelmann qui disait dans la préface de « Cité de Verre » adapté du bouquin de Paul Auster par Mazzucchelli et Paul Karasik qu’il n’imaginait pas, avant de lire cette BD là, qu’on puisse faire un chef-d’oeuvre avec une collaboration.

    Bon et j’ai énormément de respect pour ses artistes qui arrivent à tenir le rythme mensuel. D’ailleurs la citation de Smallwood qui cite Latour est excellent. Et j’ai du rester aussi pour celle qui fait des aplats de planche en 2h max, parce que moi pour avoir fait ça occasionnellement pour certains auteurs, je peux dire que je n’avais pas la même cadence (ok, c’est du franco-belge, donc y avait sûrement plus de cases, mais quand même). Et je suis toujours impressionné par ces coloristes qui ne se perdent jamais dans leur colo et qui n’oublie jamais de mettre en avant la lisibilité et de parfaire l’ambiance d’un titre.

    Bon voilà, je vais arrêter là mon pavé. C’est toujours un plaisir de te lire en tout cas, Cosmos, et vivement une autre analyse des comics de ta part.

    1. Merci, ça me rassure que tu ne les trouves pas trop long, j’ai toujours peur de perdre les gens avant la fin avec ce genre de dossiers xP

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