[Review] Young Avengers saison 1, par Heinberg et Cheung

On était fin 2006. Ça faisait quelques années que je ne lisais quasiment plus que des mangas, beaucoup de mangas et j’avais envie de voir autre chose. Le 3e film des X-men venait de sortir et, si ce n’était clairement pas le meilleur, la saga qu’il concluait avait réveillé ma curiosité pour les mutants et les comics en général.

Première constatation : ben c’était le bien bordel, rien que chez les X-men avec les Uncanny, les Astonishing, les “tout court”… qui avaient l’air d’avoir commencé il y a une éternité. A la limite, l’univers Ultimate de Marvel n’était vieux que de quelques années, tout comme cette série sur des ados avec des super-pouvoirs qui se faisaient appeler les Runaways. Et encore plus récents, les Young Avengers, des héros tout neufs. Voilà ce qui semblait être un bon point de départ.

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Le jeune Nate Richards débarque du futur à la recherche des Avengers, pour apprendre qu’ils se sont malheureusement séparés. OK, plan B : sa technologie lui permet de trouver quelques adolescents ayant chacun un lien avec les Avengers (qu’ils le sachent ou non), afin de reformer une équipe pour lutter contre une menace imminente – le retour de Kang le conquérant – et attirer l’attention des vrais Avengers en se faisant passer pour une version teen. Au fil des pages, on apprendra que ces jeunes vengeurs sont plus que des modèles réduits de leurs héros.

Comme on s’en rend compte en résumant l’intrigue, l’héritage joue un rôle prédominant dans la vie de ces jeunes héros. Le gentil Nate est amené à devenir le super-vilain Kang le conquérant mais refuse ce destin et retourne dans le passé en espérant le réécrire. Autre exemple : Billy et Teddy sont deux gros geeks incollables sur les aventures de leurs héros préférés, et créent leur identité en devenant un Thor et un Hulk junior, avant de se rendre à l’évidence : leurs pouvoirs sont différents et surtout plus vastes. A l’inverse, Kate a du mal à trouver son nom de code, n’étant pas très fan de Hawkeye, Mockingbird ou de toute combinaison entre les deux.
Comme la série met en scène des adolescents, la métaphore est facile à deviner : il s’agit de grandir et de s’affirmer, en commençant par se définir par rapport aux autres et à ce qu’ils nous ont légué. Parfois en se construisant dans l’opposition (“plutôt crever que de ressembler à Machin quand je serai grand !”), parfois en voulant être quelqu’un d’autre, comme une célébrité par exemple (dans notre monde ça pourrait être un artiste, dans le leur un super-héros). Et réaliser qu’on ne peut jamais être que soi-même car, comme le disait Oscar Wilde, “les autres sont déjà pris.”

Un questionnement par lequel tout le monde est sans doute déjà passé, et auquel il est facile de trouver une résonance personnelle. Mais c’est encore mieux quand les héros nous ressemblent, et c’est là que les Young Avengers sortent leur deuxième atout : la diversité.

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Depuis plusieurs décennies, les comics exploitent en boucle les mêmes personnages, créés à l’image de leur lectorat, à une époque où ils s’adressaient principalement à de jeunes hommes blancs hétérosexuels. Au fil des années, ce lectorat a largement eu le temps d’évoluer, mais les pages des comics ont toujours un peu de mal à refléter cette diversité, même si l’amélioration est de plus en plus notable, surtout ces dernières années. Créer de nouveaux héros était l’occasion de proposer autre chose.
Visuellement, l’exemple le plus frappant est sans doute celui d’Eli Bradley, un jeune afro-américain qui arbore un costume inspiré de la bannière étoilée. Le symbole en lui-même est déjà audacieux, mais Eli nous réserve d’autres surprises : en plus de l’origine surprenant de ses pouvoirs, il se révèle être le petit-fils d’Isaiah Bradley, le seul survivant parmi de nombreux afro-américains utilisés comme cobayes pour tenter de recréer le sérum du super-soldat. En d’autres termes, un Captain America noir qui s’est battu pour son pays mais que celui-ci a quasi-totalement oublié. Pas facile tous les jours de se faire appeler Patriot avec un tel héritage, dans un pays qui symbolise de très belles idées mais qui est aussi passé par l’esclavage et la ségrégation raciale.

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Autre particularité pour laquelle la série est connue : inclure parmi ses héros un couple de jeunes gays. Les comics avaient déjà inclus quelques personnages LGBT, mais ils étaient rarement des personnages principaux, et encore plus rarement en couple. Même quelques années plus tard, croiser dans des comics un couple de gays ou de lesbiennes bien dans leurs baskets et qui ne donnent pas l’impression d’être là pour remplir un quota demeure assez rare. Ici, on soupçonne puis on apprend officiellement que Billy et Teddy sortent ensemble et… ça change à peu près rien. Ça ne résume ni leur personnalité, ni leur identité, ça fait juste partie d’eux, au même titre que plein d’autres choses.

Et ce qui est bien avec Young Avengers, c’est qu’en plus des thèmes abordés ci-dessus, le titre possède toutes les qualités qu’on attend d’un récit de super-héros. Avec Jim Cheung qui assure la grande majorité des dessins, on sait par exemple que ce sera beau. C’est d’ailleurs un plaisir de voir son trait s’affiner au fur et à mesure du premier volume de la série, en même temps que les couleurs de Justin Ponsor deviennent de plus en plus éclatantes, pour aboutir à des doubles pages qui explosent de couleurs et de super-héros dans The children’s crusade (du côté de chez DC, pensez aux doubles pages d’Ivan Reis dans Blackest Night).

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En plus de cela, l’humour et l’action sont bien sûr au rendez-vous. Tout le côté “héritage” de la série pourrait donner l’impression d’un titre difficile d’accès, mais je trouve que malgré l’utilisation de nombreux éléments de la continuité, les auteurs trouvent le bon dosage. Connaître un minimum l’univers Marvel permet certes de repérer certaines références et d’un peu mieux s’y retrouver, mais lorsqu’on débute, c’est aussi l’occasion de voir sa curiosité titillée par un personnage, une intrigue… développés dans d’autres titres du même univers.

Et il y a la géniale Jessica Jones. Vous ne la connaissez pas ? Il faudra que je vous parle d’elle un jour. Ex-super-héroïne, ex-détective privée, à présent journaliste et enceinte de sa fille, c’est un peu la grande sœur des jeunes vengeurs à leurs débuts. Plus âgée qu’eux mais pas encore mère, elle a gardé ses pouvoirs en laissant à d’autres l’héroïsme. C’est donc la figure parfaite pour accompagner ces adolescents dans la découverte de leurs pouvoirs et, je vous le donne en cent, je vous le donne en mille, de leurs responsabilités !

En VF, les aventures des jeunes vengeurs sont principalement disponibles dans 2 gros tomes dans la collection Marvel Deluxe chez Panini :

  • Young Avengers, Affaires de famille vol. 1 qui raconte la formation de l’équipe et la découverte de leurs liens avec les Avengers adultes ;
  • Avengers, La croisade des enfants (le retour de la Sorcière rouge) paru beaucoup plus récemment, et qui comme son nom l’indique raconte comment nos jeunes vengeurs partent à la recherche de Wanda Maximoff.

Entre ces deux histoires, l’équipe a effectué plusieurs apparitions à l’occasion de divers events Marvel, mais la plupart sont très anecdotiques. On ne perd donc pas grand-chose à passer à côté de celles qui ne figurent pas dans les 2 gros tomes mentionnés ci-dessus.

En 2013, une autre équipe créative a pris le relais pour proposer une saison 2, avec des thèmes similaires mais une approche résolument différente. Ce sera pour un prochain post 🙂

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