[Review] X-men: No more humans, par Carey et Larroca

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Raze, le fils de Mystique et de Wolverine débarqué du futur avec sa confrérie dans Battle of the atom, s’introduit dans un laboratoire pour y dérober une certaine technologie. Peu de temps après, un avion manque de s’écraser sur l’école Jean Grey. Croyant tout d’abord à une attaque, les X-men découvrent avec stupeur que l’avion est complètement vide… tout comme la majorité de la Terre. En effet, les êtres humains se sont complètement volatilisés de la surface de la planète, seule la population mutante n’a pas été affectée. Les X-men de Wolverine et l’équipe de Cyclops vont alors devoir mettre leurs différends de côté pendant un temps pour enquêter sur cette mystérieuse disparition. Mais au fait, après des années passées à protéger sans trop de succès un monde qui les craint et les déteste, est-ce tous les mutants tiennent vraiment à voir revenir les humains ?

L’histoire de cet Original Graphic Novel (ici, un récit d’une centaine de pages d’un seul tenant, et non publié au préalable en plusieurs chapitres) se déroule après Battle of the atom et juste avant The trial of Jean Grey (plus précisément : juste après Uncanny X-men #16, All-new X-men #21 et le retour de Nightcrawler). Alors qu’on se demande encore parfois quel a été le réel apport du premier crossover et quand est-ce qu’on verra enfin les nouvelles recrues de Cyclops en action, X-men: No more humans a la bonne idée d’utiliser des personnages très récents en leur donnant une place importante au cœur de l’intrigue : Raze en premier lieu, mais aussi quelques jeunots introduits par Bendis à son arrivée sur les titres mutants. De plus, depuis le schisme entre Cyclops et Wolverine, on n’avait que peu eu l’occasion de voir les plus célèbres X-men collaborer : c’est donc un plaisir de les voir s’allier pour un temps, même si cela se fait au prix de nombreuses prises de bec sur les actions à entreprendre. En effet, par son action pour le moins extrême, Raze a apporté une solution au problème de la persécution des mutants d’ici et d’ailleurs, ce qui pourrait convenir aux plus extrémistes d’entre eux mais choque les défenseurs d’une cohabitation pacifique.

Au niveau du rythme de l’intrigue, on sent également qu’on a affaire à un OGN. Alors que les précédents crossovers mutants étaient un peu mous du genou et avaient tendance à garder LA révélation d’un chapitre pour la fin après des pages plutôt vides, ici on assiste aussi à la réunion de plusieurs équipes mais l’histoire suit son cours de façon beaucoup plus fluide. Le fait que le dessinateur ne change pas toutes les 15-20 pages participe également de cette impression.

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J’ai néanmoins plusieurs reproches à faire à ce récit. Tout d’abord, il y a tellement de mutants rassemblés du côté des X-men et autour de Raze que les possibilités de lutter les uns contre les autres sont virtuellement infinies. Du coup, même si j’ai été ravi de voir tel ou tel personnage mis enfin en avant, le fait qu’une stratégie se base souvent sur les pouvoirs d’un seul mutant m’a un peu déçu. Au vu de l’ampleur de l’affrontement, j’aurais aimé un peu plus d’imagination de la part de l’auteur dans l’utilisation des capacités des uns et des autres. On touche sans doute la limite d’un cast aussi démesuré : les différences d’opinion des uns et des autres sont soulignées (sans être énormément approfondies non plus), mais sorti des utilisations les plus évidentes (Nightcrawler téléporte, les psychiques assurent les communications etc.), les affrontements physiques sont un peu simplistes.

La résolution du problème et de sa complexité (comment faire réapparaître sans les tuer des humains qui étaient dans un avion en plein vol, et qui s’est crashé depuis ?) déçoit aussi par sa facilité, en plus de m’avoir fait hurler intérieurement “encore ?!” quand j’ai vu débarquer la solution. De plus, les pouvoirs prétendument détraqués des mutants qui entourent Cyclops n’ont toujours pas l’air de l’être vraiment : Magneto peut démonter finement une machinerie sophistiquée grâce à ses pouvoirs ; la rafale optique de Cylops a juste gagné des effets visuels supplémentaires ; seule Emma doit passer par Jean Grey pour utiliser ses capacités télépathiques, mais globalement rien n’a changé. A propos de Jean d’ailleurs, sa caractérisation est totalement différente de celle de Bendis. Alors qu’on est habitué à une adolescente qui débarque du passé et qui essaie tant bien que mal de faire face aux révélations qui la frappent de plein fouet et à toutes les passions qu’elle réveille, la Jean de Mike Carey est plutôt sûre d’elle-même et maîtrise bien ses pouvoirs.

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Du côté des dessins, Salvador Larocca n’impressionne pas. Son encrage toujours très fin rend souvent ses visages disgracieux, même si certains gros plans sont assez réussis. Autrement, la plupart de ses mises en scène n’ont rien de particulièrement exceptionnel… A titre personnel, ça m’agace de voir aussi souvent Raze, dont l’apparence est juste un paresseux mélange des looks de Wolverine et de Mystique 😛 Il emprunte à son père ses griffes, ses rouflaquettes et son torse musclé, tandis qu’il a la peau bleue et les cheveux rouges de sa mère (sa tenue blanche inclut même sa ceinture en têtes de mort caractéristique !). Pour revenir à Larocca, il faut avouer qu’il est difficile de tenir la comparaison quand on est habitué à voir les mêmes personnages dessinés régulièrement par Stuart Immonen, Chris Bachalo et récemment Sara Pichelli, qui sont parmi les artistes les plus éblouissants de Marvel dans ce style.

Bref, une histoire qui se laisse lire mais qui manque du petit truc brillant qui donnerait envie de la recommander : que ce soit dans les dessins, les dialogues ou l’intrigue, rien n’impressionne vraiment passé le plaisir de voir un autre auteur utiliser les nouveaux jouets créés par Bendis.

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