[Review] Velvet tome 1 (Brubaker, Epting, Breitweiser)

Années 70. Velvet Templeton est une secrétaire travaillant pour ARC-7, une agence d’espionnage internationale qui emploie les meilleurs des meilleurs. Quand l’un de leurs agents (je dirais bien “le meilleur” mais ça commence à faire beaucoup de répétitions) est retrouvé mort, les rapports qu’elle passe au peigne fin la lancent sur une piste qui, de fil en aiguille, l’amène à déterrer bien des secrets et s’attirer autant d’ennuis. Son passé d’espionne de haut vol – dont elle a gardé plus que de beaux restes – lui devient alors bien utile…

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Dans Criminal et Incognito du même auteur (mais avec Sean Phillips au dessin), on baignait déjà dans l’ambiance très noire, très polar, qu’affectionne beaucoup Ed Brubaker. Mais le trait était volontiers dur, un peu sale et collait parfaitement à l’ambiance désespérée qui se dégageait de ces titres. L’auteur dépeignait également des univers très masculins, où les rares personnages féminins étaient des seconds rôles avec qui le héros finissait par coucher. Dans Velvet, c’est l’inverse : Ms. Templeton est une sorte de James Bond au féminin, un agent d’âge mûr aussi à l’aise dans une soirée costumée parmi la jet-set que dans une course-poursuite automobile, capable de séduire pour passer un bon moment comme pour soutirer de précieuses informations.

Titre d’espionnage oblige, les personnages vont plutôt tâcher de mener leur mission à bien sans trop se faire remarquer, de fait l’histoire est assez chiche en dialogues et fait la part belle à une narration à la première personne. Le procédé est parfois risqué, tant le fait de passer son temps dans la tête d’un personnage peut devenir lassant quand on n’accroche pas vraiment à sa façon de commenter l’action. Ici ça fonctionne très bien : entre deux commentaires pragmatiques sur le monde des espions, on sent toute l’intelligence de Velvet, son talent pour lire entre les lignes mais aussi l’acceptation de ses limites, ses erreurs. Cela nous donne un personnage à la fois badass et attachant, et comme l’intrigue multiplie les destinations et égrène savamment ses révélations et rebondissements, les aventures de cette super-espionne se lisent toutes seules.

Visuellement, le contexte 70’s ne saute pas aux yeux. En y regardant de plus près, les ordinateurs sont vraiment gros et certaines coiffures masculines sont effectivement un peu datées, mais le fait que les polars aiment leurs ambiances rétro fait qu’on est peut-être habitué ? En revanche, les flashbacks situés dans les années 40 et 50 sont un régal pour les yeux, le dessinateur réanimant toute l’élégance de ces périodes (pour continuer la comparaison avec l’agent 007, certaines scènes rappellent l’atmosphère des premiers films de la licence). Le mélange entre le trait léché de Steve Epting et les magnifiques couleurs d’Elizabeth Breitweiser est d’ailleurs un des gros points forts de la série. Les coloris des nombreuses scènes dans la pénombre m’ont d’ailleurs particulièrement marqué : on n’est pas dans quelque chose de trop dark ou froid, mais plutôt dans des ambiances feutrées, curieusement accueillantes.

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Bref, un premier tome rondement mené, réalisé par une équipe qui n’a plus à faire ses preuves, chez un éditeur (Image) qui n’en finit pas de multiplier les bons titres. Ce tome est disponible depuis quelques mois en VO, mais il sera disponible en VF dès le 8 octobre chez Delcourt.

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