Un tour du net : l’apport des coloristes, le budget dans les comics et les réalités économiques du creator-owned

*enlève les toiles d’araignées, passe un petit coup d’aspirateur*

Pour me remettre en selle après une longue absence, je vous propose quelques liens vers des publications intéressantes de pros des comics :

  • un aperçu de tout ce que peuvent apporter les coloristes à une planche, par Romulo Fajardo Jr ;
  • les histoires ont un budget à respecter même dans les comics, et Kieron Gillen explique pourquoi ;
  • la suite d’une analyse très complète sur les ventes d’un titre creator-owned au fil du temps, par Jim Zub.

Romulo Fajardo Jr nous rappelle l’étendue du travail des coloristes

Wonder Woman #33

Crayonnés : Emanuela Lupacchino ; encrage : Ray McCarthy.

Il n’est pas rare qu’une review s’épanche sur ce qu’on pense être le travail du scénariste, avec éventuellement 2-3 lignes consacrées aux dessins sur la fin. Et si on a de la chance, une mention vite fait du travail du/de la coloriste (« les couleurs sont jolies »). Ce n’est pas comme ça qu’on va affûter notre regard critique. Heureusement, les coloristes pensent à nous (ou en ont marre d’être les grand·e·s oublié·e·s, au choix) et postent de temps à autre des exemples de leur travail, qui permettent de mieux apprécier leur contribution à nos comics préférés.

Romulo Fajardo Jr est un coloriste particulièrement intéressant à étudier car en plus de combler les espaces laissés vides au moment de l’encrage, ses choix de couleurs aident la narration d’une façon très évidente. Exemple avec cette double page de Wonder Woman #33 (cliquez pour agrandir).

  • La côte où se déroule l’action a tout de suite plus de charme grâce aux nuages qu’il a dessinés et à la façon dont il fait se refléter la terre et les bâtiments dans l’eau. C’est là qu’on se rend compte qu’à moins d’avoir comme ici la planche en noir et blanc et sa version colorisée côte à côte, on ne sait pas toujours qui de l’artiste ou du coloriste a contribué à quoi.
  • On remarque aussi la marque de fabrique de Fajardo Jr : des personnages dans des couleurs très franches, qui ressortent très bien sur des fonds beaucoup plus clairs. Alors que les contours des persos restent très noirs, les lignes du décor derrière eux sont beaucoup plus claires. Ainsi, notre œil identifie immédiatement les éléments importants de chaque case, qui se détachent bien car ils sont comme placés dans la lumière.

Pour plus d’exemples de ses choix de colorisation, rendez-vous sur le Tumblr de Romulo Fajardo Jr.

Kieron Gillen nous explique la notion de « budget » dans les comics

On dit souvent que, comparées au cinéma ou aux séries TV, les bandes dessinées n’ont pas de souci de budget et n’ont comme limite que l’imagination de l’équipe créative.

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Quand des artistes doivent sortir 20 planches par mois tous les mois, ils ne peuvent pas représenter sur chaque case des hordes de démons surgis de l’enfer que tous les héros d’un éditeur combattent tandis que New York/Gotham City s’écroule, que la Terre s’ouvre et que des flottes extra-terrestres envahissent le ciel. Sans parler des coloristes arrivent derrière.

C’est là qu’intervient la notion de budget, c’est-à-dire ce que les scénaristes peuvent raisonnablement demander à leur équipe artistique tout en faisant en sorte que les délais soient tenus. C’est à lire sur le blog de Kieron Gillen.

Jim Zub a des graphiques sur la rentabilité d’une série creator-owned

On sait bien qu’il se vend plus de comics en tomes qu’en single issues. On sait aussi que les estimations de ventes mensuelles ne représentent pas la réalité des ventes, puisqu’elles ne concernent que les ventes de single issues et de TPB dans les comic shops, en ne tenant pas compte du numérique et de tout ce qui se vend en librairie généraliste ou en ligne.

Mais ça n’empêche pas que ce sont ces estimations-là qui sont toujours décortiquées.

Et puis des fois on entend des horreurs dans des podcasts, comme « nan mais de toute façon Image ne se rémunère que sur les 3 premiers singles d’une série » (ce qui est juste absurde d’un point de vue business plan).

Du coup, c’est bien quand un professionnel qui a accès à la vraie vérité des véritables chiffres nous explique un peu mieux comment ça fonctionne. Jim Zub a suivi de près la rentabilité de sa série Wayward à court, moyen et long terme, et propose plusieurs billets sur le sujet, dont deux datant d’octobre 2017. Une lecture intéressante si vous vous êtes déjà demandé quel impact pouvait avoir le numérique sur la rentabilité d’une série… ou bien la sortie d’une version française.

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