[Review] The Unbeatable Squirrel Girl

Squirrel Girl #3

La grande question qui obsède beaucoup de fans de super-héros est : « qui est le plus fort ? » Bon personnellement la réponse ne m’intéresse pas trop, pour bien des raisons mais surtout parce qu’elle est évidente et incontestable : c’est Squirrel Girl.

Elle a vaincu Wolverine, Thanos et plus récemment Galactus ainsi que le redoutable Dr Doom (dans Secret Wars elle n’était pas là et ils ont dû s’y mettre à plein + un puissant artefact mystique + un hamburger pour y arriver, je dis ça je dis rien). Il était donc tout naturel qu’elle ait sa propre série – The Unbeatable Squirrel Girl – qui est forcément devenue la meilleure chose que Marvel a publié dernièrement. Voici pourquoi.

Squirrel Girl

Squirrel Girl, de son vrai nom Doreen Green, a décidé de quitter sa chambre du manoir des Avengers pour suivre des études d’informatique à la fac, tout en continuant à combattre le crime. Ses super-pouvoirs ? Comme son nom l’indique : la maîtrise du langage écureuil, une force et une agilité supérieures à la normale, et surtout un bon sens de l’humour allié à une inébranlable confiance en elle. Qu’il s’agisse de faire sortir sa camarade de chambre de sa coquille ou de faire face à Galactus seule sur la Lune, elle a cette certitude qu’elle trouvera la solution, qu’elle est imbattable.

Doreen rayonne en effet d’une positivité contagieuse. Elle n’a pas le physique habituel d’une super-héroïne mais s’en fiche, et lorsqu’elle se retrouve projetée dans les années 60, la dessinatrice Erica Henderson en profite pour l’habiller de tenues qui célèbrent la mode de l’époque. Sa queue d’écureuil pourrait compromettre son identité secrète ? Aucun problème : il lui suffit de la rentrer dans son pantalon pour donner l’impression d’un cul qui ferait pâlir Nicki Minaj.

Squirrel Girl #5

Et c’est ça le principal tour de force de Squirrel Girl : ne jamais se prendre au sérieux, mais ne jamais se reposer sur ses lauriers. A chaque chapitre, l’équipe créative trouve de nouvelles idées pour nous surprendre et nous faire rire. Clins d’œil facétieux à la continuité, références directement adressées aux jeunes fans qui partagent leur enthousiasme sur les réseaux sociaux (la page de récap’ façon timeline Twitter, Nancy qui dessine les aventures de Cat Thor lorsqu’elle s’ennuie en cours, les running gags sur Wikipédia…), il y en a pour tout le monde.

Les seuls moments où la série se moque, c’est lorsqu’elle épingle gentiment certaines pratiques des éditeurs de comics de super-héros (lisez bien le petit commentaire tout en bas). Et plutôt que de donner des leçons, Squirrel Girl préfère montrer l’exemple, en détournant les contraintes et les lieux communs de ces comics pour se les approprier complètement (personnellement j’ai un faible pour le chapitre #4 et son utilisation inédite du courrier des lecteurs, mais tous les épisodes valent leur pesant de, euh, noisettes ?).

Squirrel Girl theme song

Pourquoi partir dans de longs monologues face à ses ennemis quand on peut tout simplement customiser le thème de Spider-Man ?

Powers of squirrel, powers of girl

Bien qu’elle soit douée pour le combat, la vraie raison pour laquelle Squirrel Girl arrive à vaincre des adversaires ultra-puissants n’est pas sa force physique. Certes, elle a parfois recours à des stratégies improbables, mais elle en utilise surtout une à laquelle trop peu de super-héros ont recours : le dialogue. Là où d’autres donnent tout de suite dans la répression, Squirrel Girl tente toujours la communication. Que son adversaire tente de braquer une banque ou de détruire la Terre, Doreen obtient la victoire car elle a cherché à comprendre ce qui le motivait, et trouvé une solution qui permette de ne pas en venir aux mains. En cela, elle n’est pas très éloignée d’une Wonder Woman qui, bien qu’elle soit une guerrière hors pair, aura pour premier réflexe de tendre la main et n’utilisera la violence qu’en dernier recours.
Que les fans d’action se rassurent cependant : la série de Squirrel Girl inclut bien des scènes plus musclées, ce n’est simplement pas là que la victoire se joue.

Une équipe créative qui se joue des apparences

Ces qualités ne surprendront sans doute pas les lecteurs de Ryan North, dont vous connaissez peut-être les Adventure Time parus chez Urban en VF, ou To be or not to be, son adaptation de Hamlet façon aventure dont vous êtes les héros. Sous des apparences de récits un peu crétins pour gamins, on retrouvait déjà tout son humour, son imagination débordante et son goût de la science, qui venaient accompagner un propos tout sauf stupide, et notamment féministe.

Squirrel Girl s’inscrit dans cette lignée, avec son héroïne et sa meilleure amie particulièrement douées en informatique à une époque où on s’interroge sur la représentation des informaticiens, et la façon dont elle donne l’impression aux jeunes étudiantes que ce n’est pas vraiment fait pour elles.

Nancy Whitehead

Squirrel Girl, la série qui installe le Bluetooth à Asgard et donne vie aux fanfics (Loki nous présente son cosplay de Cat Thor, ne ratez pas l’apparition de son marteau « Mewnir »).

Quant au trait d’Erica Henderson, il n’attirera sans doute pas les amateurs de dessin très esthétique et de cases remplies de décors fouillés, mais il est particulièrement efficace pour l’humour et l’action. N’oublions pas le coloriste Rico Renzi qui habille les planches de couleurs pop et entérine la volonté du titre de tourner le dos au « dark » gratuit, et saluons la prestation de Clayton Cowles, à qui incombe la lourde tâche de lettrer les dialogues de personnages volontiers bavards.

Squirrel Girl #8

S’il y a un message à retenir dans Squirrel Girl c’est donc : soyez vous-mêmes, faites les choses à votre manière. Ne cherchez pas à être cool ou à faire comme les autres, faites ce pour quoi vous êtes le/la plus doué•e. C’est ce que nous dit littéralement l’héroïne, par ses paroles et son attitude, et c’est aussi ce que montre le succès de la série, sur qui peu de monde aurait parié à son annonce et qui s’est révélé être un gros succès en librairie.


Squirrel Girl TPBsLes deux premiers tomes de The Unbeatable Squirrel Girl sont disponibles en VO, et le troisième est prévu pour fin mai 2016.

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