[Review] The Trial of Jean Grey

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Au début de la série All-new X-men, Hank McCoy a ramené du passé les 5 X-men d’origine : Angel, Beast, Cyclops, Iceman et Jean Grey. Cette dernière en particulier n’a pas été épargnée par les événements : en plus d’apprendre en accéléré qu’elle est morte (plusieurs fois !), que sa relation avec Cyclops ne s’est pas vraiment bien terminée, qu’elle a suscité des passions profondes comme des jalousies dévorantes que son arrivée a ranimées toutes en même temps, elle est capturée par les Shi’ar au début de l’arc, pour répondre de ses crimes. Lesquels ? Eh bien l’annihilation d’un système planétaire tout entier, lorsqu’elle s’était laissée consumer par l’immense pouvoir du Phénix. Problème : la Jean Grey capturée n’est techniquement jamais devenue le Phénix, puisqu’il s’agit d’une version passée d’elle-même…

The trial of Jean Grey, est un cross-over entre les séries All-new X-men et Guardians of the galaxy, qui raconte cet enlèvement et la mascar- le procès qui s’ensuit. C’est aussi la démonstration que la somme de talents fabuleux et de personnages passionnants, associés au fonctionnement de l’industrie, peut donner un résultat proche de zéro.

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Résumé de l’histoire, sans grand spoiler :

  • Chapitre 1 (AnXm #22) : alors qu’elle tente de digérer toutes les révélations qu’elle a reçues de plein fouet pendant les événements précédents, Jean Grey est capturée par les Shi’ar.
  • Chapitre 2 (Gotg #11) : Star Lord, le leader des Gardiens de la galaxie, est recherché par son père le roi de Spartax. Celui-ci apprend que Gladiator, des Shi’ar, a bien l’intention de juger Jean Grey pour ses crimes-passés-qu’elle-n’a-pas-encore-commis. Lorsque les gardiens interceptent cette communication, ils se précipitent vers la Terre mais trop tard, Jean a déjà été enlevée (2 chapitres qui se déroulent en parallèle donc, et ne font que très peu avancer l’intrigue).
  • Chapitre 3 (AnXm #23) : les Gardiens emportent les jeunes X-men dans l’espace, Jean apprend qu’elle a détruit un système planétaire lorsque son ex-future-elle-même était le Phénix (vous suivez ?), tandis que le jeune Scott Summers découvre que son père est encore vivant (TINTINTIN, vous commenciez à vous endormir mais la dernière case de la dernière page vous donne envie de savoir la suite)
  • Chapitre 4 (Gotg #12) : le procès commence (oui oui, ce chapitre se résume bien en 3 mots)
  • Chapitre 5 (AnXm #24) : ah oui mais ce que Gladiator omet depuis le début, c’est que les Shi’ar ont déjà exercé des représailles à l’encontre de Jean Grey et de sa famille. Jean réussit à s’échapper, tandis que les Gardiens et le reste des X-men originaux débarquent chez les Shi’ar.
  • Chapitre 6 (Gotg #13) : Jean montre qu’elle peut faire prendre à son histoire un tournant différent, Scott aussi étant donné qu’il part avec son père, et les Gardiens ont des ennemis de plus sur le dos.

L’événement le plus marquant de cet arc est finalement le départ de Scott Summers, qu’on s’attendait à voir rester avec ses collègues X-men du passé. Cela aurait pu constituer une vraie révélation… sauf qu’on le savait déjà ! En effet, une nouvelle série signée Greg Rucka sur le jeune Cyclops et son père a été annoncée au même moment que la parution du 3e chapitre, dans lequel on apprenait que ce dernier était encore en vie. Le plus ironique est que l’histoire se répète, car l’annonce de The trial of Jean Grey gâchait déjà une partie du cross-over précédent Battle of the atom, où certains protagonistes voulaient forcer les 5 X-men originaux à retourner dans le passé, tandis que d’autres souhaitaient les laisser choisir leur destin (or si Jean Grey est jugée, c’est qu’elle n’est pas retournée dans le passé…).

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On se demande aussi à quoi servent les Gardiens de la galaxie dans cette histoire, à part jouer les chauffeurs de luxe pour les X-men en leur permettant de se rendre en territoire Shi’ar. Ils apportent certes une bonne dose d’humour au titre (qui n’en manquait pas à la base), mais leur histoire ne progresse pas vraiment. Bien que les solicitations annonçaient “deux équipes dévastées” à l’issue de l’arc, ces événements semblent n’avoir eu aucun impact sur les Gardiens (et la dévastation est ma foi toute relative chez les X-men). Les deux équipes se neutralisent d’ailleurs mutuellement en terme de caractérisation, car avec autant de personnages à gérer en même temps, cela laisse peu de place au développement de chacun.

Certes, la question du possible retour du Phénix allait forcément se poser un jour, et il fallait bien l’aborder à un moment. Mais de là à créer un cross-over avec une autre série qui n’en retire rien ? A utiliser SIX chapitres pour raconter globalement du vent ? Après un Battle of the atom décevant car lui aussi plein de vide, Bendis et Marvel rempilent avec une autre intrigue quasi-inexistante. Au lancement d’All-new X-men, le scénariste avait annoncé qu’il avait encore plus d’idées que pour son run sur les Avengers, qui avait déjà duré 8 ans. Est-il simplement en train d’avancer ses pions très tranquillement, en sachant qu’il est parti pour rester sur le titre un bon moment, pas comme d’autres petits nouveaux qui dégainent des histoires plus intenses tout de suite, pour que leurs séries ne soient pas annulées rapidement ? Est-ce qu’on est de plus en plus habitué à des arcs plutôt courts et qu’on n’a plus la patience d’attendre des mois voire des années pour savoir où l’auteur veut en venir ?

La réponse est sans doute un peu tout ça à la fois, même si personnellement je me demande ce qui est arrivé à l’auteur d’Alias, de Daredevil ou de Spider-Woman : Agent du S.W.O.R.D., qui savait mêler des dialogues finement ciselés ET une intrigue consistante. Bien que l’histoire avançait parfois très lentement, c’était juste un autre rythme, des récits faisant la part belle à l’introspection, et on avait confiance en le pilote pour savoir où il allait. A présent, ses séries les plus mainstream ressemblent plutôt à des halls de gare géants où certains personnages s’occupent gentiment en attendant le début de leur série solo (Magneto, Cyclops), où l’on suit un peu tout le monde et vraiment personne.

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Un aspect que je ne peux pas critiquer par contre, c’est toute la partie visuelle. Stuart Immonen et Sara Pichelli, aidés de leurs encreurs et coloristes respectifs (ainsi que David Marquez qui vient donner un coup de main sur le dernier chapitre) livrent un travail exceptionnel. Leurs styles graphiques sont sans doute ce qui se fait de plus esthétique dans la catégorie “style comics classique”, les doubles pages explosent d’action et de couleurs… Ce qui rend la déception encore plus amère, car si l’histoire avait été à la hauteur des graphismes, on aurait pu tenir entre les mains un chef d’œuvre, tant sur le fond que sur la forme.

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