Squirrel Girl #1, Ant-Man #1 et quelques autres

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Je ne sais pas vous, mais avec toutes les bonnes séries qu’il y a à lire en ce moment, une partie de moi espère parfois secrètement que les prochaines seront au mieux “bien mais sans plus”, afin d’arrêter de me ruiner. Mais à en juger par les derniers #1 de Marvel cette semaine ainsi que toutes les annonces de l’Image Expo de jeudi dernier (alias “le moment où tous les créateurs que vous aimez annoncent qu’ils lancent de nouveaux titres cette année et TOUT a l’air génial”), ben c’est mal parti.

  • The Unbeatable Squirrel Girl #1
  • Ant-Man #1
  • Angela: Asgard’s Assassin #2
  • X-men #23
  • Batgirl #38
  • Memetic #3

The Unbeatable Squirrel Girl #1

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Squirrel Girl est un peu une blague au sein de l’univers Marvel, avec ses pouvoirs d’écureuil qui lui ont pourtant permis de vaincre Wolverine, le Dr. Doom ou encore – excusez du peu – Thanos. L’annonce de sa série dédiée laissait cependant entrevoir de vraies bonnes choses. Elle est en effet scénarisée par Ryan North, qui signe déjà le délirant Adventure Time (disponible en français chez Urban Comics) et avait écrit pour Marvel une courte histoire autour des Young Avengers dans Original Sins. Ce récit était parfois un peu bancal, entre le dessin un peu crade de Ramon Villalobos qui tranchait après l’approche ultra-stylée de Jamie McKelvie, et l’alternance entre scènes d’action et énormes pavés de texte limite assommants. La fin se révélait cependant très astucieuse et plusieurs passages valaient leur pesant de cacahuètes, en plus de démontrer – comme dans Adventure Time – que l’auteur sait écrire pour les petits comme pour les grands (enfin, les grands qui ne confondent pas “sombre et violent” avec “adulte”). Je ne connaissais pas spécialement Erica Henderson avant ça, mais un rapide coup d’oeil sur ses dessins permet de vérifier que les éditeurs de comics de super-héros ont de plus en plus tendance à aller chercher des artistes au style radicalement différent de celui dont on avait encore l’habitude il y a quelques années.

Dans ses nouvelles aventures, Squirrel Girl (alias Doreen Green) décide de quitter le grenier du manoir des Avengers pour se rendre à l’université. Quand soudain Kraven the Hunter menace Tippy-Toe, son écureuil de compagnie…

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Ce qui marque en premier lieu, c’est le physique de l’héroïne. Alors qu’on est habitué à des filles aux dimensions parfaites, Doreen Green débarque avec ses dents de lapin et son immense queue d’écureuil cachée dans son pantalon, pour un effet très nickiminajien. A en juger par sa nouvelle colocataire aux hobbies pas très djeun’s, on sent tout de suite qu’on est dans le même esprit que Ms. Marvel, ou She-Hulk dans une moindre mesure, voire Batgirl avant de se faire tirer dessus par le Joker. Je m’explique : en lisant les débuts de Spider-Man, on voit un jeune homme pas très populaire, qui n’a pas de succès avec les filles et qui se fait ridiculiser par les brutes de son lycée. Quand soudain il acquiert des super-pouvoirs, il a enfin la force pour en imposer à ceux qui le regardaient de haut auparavant et les filles sont à ses pieds, notamment une mannequin (quelle chance tout de même). Et dans les origines du dernier Nova en date (Sam Alexander), on retrouve exactement les mêmes clichés : le jeune garçon a priori sans rien de spécial mais qui se fait un peu humilier à l’école (son loser de père nettoie les toilettes de l’établissement) tout en ayant quand même tapé dans l’oeil de la plus belle fille du coin. Quand soudain, il est un super-héros ! En un mot : FANTASME. Un fantasme de puissance et de succès directement adressé à l’idée qu’on se faisait (et qu’on se fait encore parfois) du lecteur de BD lambda : un jeune homme un peu renfermé et sans doute pas très populaire, peut-être bourré de qualités mais qui ira les chercher sous ces atours insignifiants ?

Mais les années ont passé, le lectorat a évolué et les éditeurs commencent à le prendre en compte petit à petit. C’est ce qui nous permet d’avoir par exemple Kamala Khan, une jeune geek bien dans ses baskets, loin de l’image de l’intello renfermée ou du loser patenté, elle est une figure édifiante non pas par son image, mais par ses actions. Comme elle le dit elle-même : Good is not a thing you are. It’s a thing you do. Certes, elle a des soucis comme tout le monde (ses parents, sa religion, sa quête d’identité…) mais elle échappe au stéréotype. Doreen Green est dans le même cas : par son humour et sa personnalité décomplexée, elle est extrêmement attachante dès la page 1, mais elle ne donne jamais l’impression qu’il faudrait lui ressembler. S’inspirer de son attitude face à la vie peut-être, mais ne pas essayer de la copier, plutôt assumer sans peur ces petits trucs qui nous rendent uniques. Et si on en doutait après quelques pages, les hobbies pas très in de sa nouvelle colocataire nous font nous dire que décidément, la série a l’air bien partie pour être une ode rigolote à la personnalité et à la diversité. On note aussi un refus du sordide pour expliquer les motivations de l’héroïne : elle fait le bien parce qu’elle le peut et qu’elle trouve ça juste/fun, pas parce que ses parents seraient morts dans des circonstances ignobles etc. Daredevil, bien qu’il ait aussi eu son lot de souffraaaaances affreuses étant petit, le résume très bien :

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Le scénario se révèle quant à lui bourré de bonnes idées : la présentation de Squirrel Girl comme de Kraven se révèle à la fois drôle et maline dans les deux cas, et l’affrontement entre les deux prend une tournure surprenante. Comme Squirrel Girl est “imbattable” d’après le titre et que Kraven, sans être faible, n’est pas le plus dangereux des vilains, on aurait éventuellement pu craindre un affrontement sans intérêt et qui tourne vite court, mais le scénariste avait de bonnes idées dans son sac pour rendre l’histoire prenante de bout en bout.

Côté graphique, Erica Henderson nous régale d’un dessin aussi mignon qu’expressif, que Rico Renzi (qui colorise aussi Spider-Gwen) habille de couleurs pop tout à fait dans le ton de l’histoire. Bref, c’est un sans-faute.

Ant-man #1

Avec l’arrivée prochaine de Scott Lang sur grand écran, Marvel a sauté sur l’occasion pour relancer une série sur l’homme-fourmi, notamment scénarisée par Nick Spencer, qui avait déjà commis l’hilarant The superior foes of Spider-Man avec Steve Lieber. C’est donc avec plaisir qu’on retrouve le talent de l’auteur pour camper un personnage de deuxième voire troisième catégorie, qui postule ici chez Tony Stark pour devenir chef de la sécurité afin de mieux gagner sa vie, tout en essayant de voir la fille qu’il a eue avec son ex-femme (Cassie Lang, fraîchement ressuscitée dans une autre série o_O).

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Un peu comme avec les superior foes qui tordaient le cou à l’idée que les personnages les plus secondaires ne peuvent pas être intéressants, Ant-man s’intéresse à un personnage un peu en marge des personnalités les plus connues. A priori on est ici du côté héroïque de la barrière, mais avec le passé criminel de Scott, ce n’est pas tout à fait sûr. Ce qui l’est par contre, c’est qu’on a affaire à un héros aux méthodes peu communes, qui compense l’apparente inoffensivité de ses pouvoirs et son manque de moyens matériels par une approche des problèmes très personnelle (et un bon sens de l’auto-dérision).

Les 33 pages de ce premier numéro permettent de bien poser le contexte, avec une histoire complète qui nous renseigne bien sur la mentalité du héros et ce qu’on peut attendre de la suite (ou plutôt comment l’histoire risque de déjouer nos attentes quant à un récit super-héroïque). On retrouve également avec plaisir des personnages dont on est sans nouvelle depuis l’arrêt de telle ou telle série. Est-ce qu’on les reverra ? Probablement pas. Est-ce qu’on en croisera d’autre du même acabit ? Il y a des chances.

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Les pages de la preview pouvaient laisser penser que Ramon Rosanas avait un style très Chris Samnee, mais même si on reste dans une mouvance un peu BD indé, il a clairement une patte à lui, et sait utiliser des angles de vue variés pour mettre en valeur les changements de taille de l’homme-fourmi, tout en découpant astucieusement les passages plus humoristiques. Bref, un titre qui s’annonce assez sympathique. Pour peu que le film soit un succès, il pourrait permettre à ce titre de durer plus longtemps que les superior foes, qui en dépit de leurs qualités, du “Spider-Man” dans leur titre et de leur excellent accueil critique, n’ont jamais brillé par leurs ventes.

Et le reste

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Je ne sais pas si c’est moi qui ai lu trop de Gillen ou que celui-ci commence à sérieusement développer des tics d’écriture, mais Angela: Asgard’s Assassin #2 continue de me plaire tout en ne me convainquant toujours pas totalement non plus. On retrouve en effet le goût qu’a l’auteur pour le mystère (on sait à présent dans quelles circonstances Angela a volé le paquet qu’elle porte au début du chapitre #1, mais on ignore toujours ses motivations), le féminisme (When they put their mind to it, women can match and exceed men in all things. Including the hatred of women.), l’incursion d’éléments farfelus en plein milieu d’une situation plutôt sérieuse, mais il est toujours difficile de voir où il veut en venir. Peut-être qu’on est un peu désorienté par la construction particulière du récit, avec un flash-back en plein milieu de chaque chapitre (moins bien amené cette fois-ci), plus un autre au début de celui-ci, ainsi qu’aux différents changements de lieu. Peut-être que le fait qu’on parle beaucoup d’Angela à la troisième personne sans pouvoir accéder à ses pensées la rend un peu opaque, pas antipathique mais pas sympathique non plus. Surtout quand elle est présentée comme étant “la meilleure”. Quand on a déjà lu d’autres oeuvres de l’auteur, on sait qu’il a toujours un plan précis en tête, ce qui donne confiance pour la suite, mais bien que les planches de Phil Jimenez et Stephanie Hans soient toujours aussi somptueuses, l’histoire manque un peu d’un attrait immédiat. Voyons ce que nous réservera la conclusion du premier arc.

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Sinon, le mini-événement caché de la semaine, c’était X-men #23, écrit par G. Willow Wilson qui entame un arc en 4 chapitres : The Burning world. Mettant en scène une équipe constituée de Storm, Monet, Rachel Summers et Psylocke (+ Jubilee qui mène l’enquête à la Jean Grey School), cette histoire promet de se focaliser sur chacune des 4 femmes de l’équipe, en commençant ici par Storm. Un récit a priori très introspectif donc, où les X-women sont confrontées à un phénomène naturel étrange, une tornade apparemment couplée à un énorme trou dans le sol, qui ne serait peut-être pas sans lien avec Krakoa…
La plongée dans la psyché de Storm est intéressante, permettant de comprendre/se rappeler comment elle contrôle les éléments, tout en mettant en évidence le conflit entre son tempérament presque altier et la façon dont elle n’a pas vraiment géré la mort de Wolverine. C’est un peu dommage que les dessins clashent à ce point avec la délicatesse de la narration. Le trait de Roland Boschi encré par Jay Leisten donne un résultat assez brut voire maladroit, encore plus souligné par la colorisation de Lee Loughridge. Un peu comme dans All-new X-Factor, on ressort avec l’impression que les couleurs et le trait s’affrontent plus qu’ils ne se complètent… peut-être qu’une colorisation en aplats aurait mieux convenu que ces subtils dégradés ?
A titre personnel, j’ai cependant hâte d’arriver au chapitre consacré à Monet, qui était surtout l’élément comique de la précédente version de X-Factor mais dont les failles étaient moins souvent abordées.

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Après un chapitre #37 où on ne comprenait pas très bien où les auteurs voulaient en venir avec leur vilain du mois, Batgirl #38 s’ouvre sur une scène déjà lue cent fois en plus d’être extrêmement bavarde : grâce à Hooq, Barbara a un rencard avec un jeune policier qui lui explique longuement en quoi il désapprouve le comportement de Batgirl. S’ensuit un affrontement avec un “vilain” très actuel, une sorte de Kim Kardashian au masculin ayant surtout l’air inutile. On passe donc une bonne partie du chapitre à se dire “mais pourquoi Barbara fait-elle ça ? elle est bête ou quoi ?” On comprend cependant que c’était le but : après des actions discutables, Batgirl est confrontée à ses erreurs et découvre ce que ça fait de voir sa popularité en chute libre. Sans doute pour mieux se relever et prendre un peu plus de recul vis à vis des réseaux sociaux notamment, mais il est difficile de ressentir de l’empathie pour elle tellement son comportement semble incohérent. Voyons comment les auteurs géreront la crise dans les chapitres suivants…

Reste Black Canary, qui est paradoxalement LE personnage fort du titre, avec son franc-parler et son mauvais caractère.

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Avec la parution du chapitre #3, fin de la courte série Memetic, mettant en scène une apocalypse commençant par se propager via un meme sur Internet. Dans les bonus de fin, le scénariste dit notamment la chose suivante :

That’s all I wanted to do here. Write something that made you guys feel something palpable and strange. Something that made you look at the world a LITTLE differently.

Et j’avoue que c’est le cas. Après avoir tourné la dernière page, j’étais incapable de dire si j’avais vraiment aimé ou pas (enfin vu que j’ai lu les 3 chapitres, a priori ça m’a quand même plu), par contre la fin m’a marqué.

Point Minorités™ : James Tynion IV ne cache pas qu’il est bi, et quand on regarde ses dernières oeuvres publiées on pourrait avoir l’impression qu’il est un peu la caution queer de tel ou tel éditeur. Ses deux derniers chapitres chez Marvel mettaient par exemple en scène le jeune mutant gay Anole (Amazing X-men #13), terrifié que le jeune homme qu’il draguait depuis des semaines sur Internet (et qui ne l’avait jamais vu en vrai) puisse le rejeter à cause de son apparence reptilienne, en incluant aussi Northstar, LE X-men gay le plus connu (le X-men juste *connu* parce qu’il est gay, c’est selon). Quant à sa seule participation à Death of Wolverine: The Logan legacy (dans le chapitre #6), elle mettait en scène Mystique avec sa défunte amante Destiny. Et donc dans Memetic le héros est gay, daltonien et malentendant. Mais dans cette dernière série, cela prend une résonance plus grande étant donné la conclusion de l’histoire. SPOILERS. La fin est plutôt amère dans le sens où le héros, tout comme le reste de l’humanité, rejette finalement sa propre unicité pour aller se fondre avec les autres dans un grand tout, présenté comme l’évolution naturelle d’un monde qui vise à nous rendre toujours plus connectés, et déborde d’outils pour nous permettre de tout partager de façon immédiate. L’apocalypse comme abandon de son identité, déposer les armes pour aller se dissoudre dans une humanité qui est juste devenue une masse informe et homogène au lieu d’une somme de personnalités qui cohabitent, j’avoue que ça me fait réfléchir.

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