Sorties des dernières semaines

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Au programme cette fois-ci :

  • Angela: Asgard’s Assassin #1
  • Moon Knight #9
  • Secret Six #1

Angela: Asgard’s Assassin #1

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Angela est à la base une création de Neil Gaiman pour l’univers de Spawn. Après qu’il en a eu récupéré les droits, il les a revendus à Marvel qui a fait débarquer cet ange dans son univers à l’occasion de l’event Age of Ultron (rien à voir avec le film qui débarquera en salle l’an prochain). Elle a alors rejoint les Gardiens de la galaxie (comme le film cette fois-ci, sauf qu’on s’ennuie), avant de découvrir pendant Original Sin qu’elle était la fille cachée d’Odin, et donc la sœur de Thor et de Loki. Mais surtout, elle était ce-personnage-dont-personne-ne-semble-savoir-vraiment-quoi-faire, qui passe d’un univers cosmique à la mythologie nordique dans un costume qui hurle “ANNÉES 90 !” sans qu’on ne comprenne vraiment ce que son arrivée avait d’événementiel.

Heureusement, au vu de ce premier chapitre elle a l’air d’avoir enfin atterri entre de bonnes mains. Kieron Gillen en est le scénariste principal, ce qui est déjà nous rassure si on a lu son excellent run sur Journey into Mystery, qui se déroulait également en Asgard. Aux pinceaux on retrouve Phil Jimenez, qui est notamment connu pour son travail sur Wonder Woman et revient ainsi dessiner une femme forte. Et la première particularité du titre, c’est qu’il proposera a priori à chaque fois une séquence flashback co-écrite avec Marguerite Bennett et dessinée par Stéphanie Hans, qui avait signé la plupart des couvertures de Journey into Mystery et illustré l’intégralité de son fameux dernier chapitre.

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J’avoue que j’avais un peu peur de cette séquence, n’appréciant que peu le style de Ms. Bennett qui, dans ce que j’ai lu d’elle, avait l’air de toujours verser dans la même introspection torturée bien qu’elle ait surtout fait de courts one-shots sur des personnages différents. Elle reste dans le domaine qu’on lui connaît, mais cette fois-ci le résultat est particulièrement intéressant. En effet, Angela souffre a priori du même syndrome que Black Widow ou Elektra, à savoir être une tueuse hyper-douée mais peu loquace et potentiellement peu attachante. Les auteurs évitent cet écueil de deux manières : premièrement, le flashback est l’occasion d’insister sur la façon de procéder d’Angela. Là où d’autres héros feront le bien au nom de la justice ou de l’honneur, Angela et la société dont elle vient établissent des marchés : toute action a un prix, toute dette doit être remboursée. Ni plus, ni moins. Un code moral qui lui donne déjà une certaine singularité et nous éclaire sur sa mentalité. Deuxièmement, dans l’histoire principale l’équipe introduit rapidement le personnage de Sera, une amie d’Angela typiquement gillenesque en cela qu’elle apporte souvent un commentaire décalé sur la situation malgré le sérieux du contexte. Son humour tranche avec le ton de la narration et la vulnérabilité qui se dégage de la séquence flashback, et c’est aussi par sa bouche qu’on apprend ce qu’il y a à savoir sur l’héroïne et le contexte, dans le cas où on n’aurait pas lu les récits précédents.

Aux pinceaux, Stéphanie Hans émerveille comme d’habitude. Je suis toujours fasciné par les ambiances qui se dégagent de ses choix de couleurs et par l’émotion qu’on lit sur ses visages. Un tout petit peu moins convaincu par Phil Jimenez qui livre une scène d’action pas toujours très claire et certains choix de découpages un peu étranges, mais on ne peut nier que ses personnages – notamment Angela – ont de la prestance et que ses expressions sont justes.

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Bref, un bon départ pour un personnage qui n’a sans doute pas marqué grand-monde depuis son arrivée dans l’univers Marvel. L’intrigue en elle-même reste encore très mystérieuse, mais avec ce premier chapitre on sait déjà à qui on a affaire, ce qui donne envie de la suivre.

Moon Knight #9

Comme vous le savez sans doute, l’équipe créative en charge de Moon Knight a changé au chapitre #7. Warren Ellis ne signait que le scénario des 6 premiers, Declan Shalvey ne souhaitait pas continuer à travailler sur le titre autrement qu’avec lui. Reste juste la coloriste Jordie Bellaire, qui contribue à une certaine unité graphique avec le travail de la nouvelle équipe, composée de Brian Wood et de Greg Smallwood.

Le chapitre #7 n’était pas vraiment décevant, mais on passait d’une série de done in one à une intrigue partie pour s’étendre sur plusieurs chapitres. D’une approche permettant de se dire “j’ai aimé / j’ai pas aimé” une fois le chapitre refermé à une autre qui nécessite toujours un peu d’attendre la suite afin de se prononcer sur l’intrigue. Le trait de Greg Smallwood est beaucoup plus simple, plus propre que celui de Shalvey, son Moon Knight moins inquiétant, mais on notait déjà une certaine recherche d’originalité dans les découpages. Quant à l’histoire, elle opposait le héros à un tueur engagé pour abattre un général africain lourdement suspecté de génocide mais qui a depuis tenté de se racheter auprès de la communauté internationale.

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Le chapitre #8 était déjà plus intéressant : le lien avec la précédente intrigue était plus ténu mais graphiquement, on ne voyait l’action qu’à travers une série d’écrans (caméras de surveillance et de télévision, smartphones…) et les différentes personnalités du héros apparaissaient enfin clairement.

Et dans le #9, l’équipe sort le grand jeu en proposant un gros renversement de situation, dans cette séance avec l’intrigante thérapeute de Marc Spector, où on ne sait pas très bien qui analyse qui. Le découpage est redevenu plus simple, mais je suis toujours épaté par le travail de Jordie Bellaire, dont les choix de couleurs donnent de subtils indices sur le renversement qui est en train de se produire. Là pour le coup on est cramponné à son siège, en se demandant bien comment le héros va se sortir du piège dans lequel il semble être tombé (difficile d’en dire plus sans tout spoiler). Après un début un peu mou en comparaison du punch des précédents chapitres, la nouvelle équipe nous montre donc qu’elle a de la ressource et que si elle a hérité des éléments mis en place par Ellis et Shalvey, elle sait nous surprendre d’une façon tout à fait différente.

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A noter que d’après les solicitations du mois de février, le chapitre #12 sera la conclusion de l’arc en cours. Et que d’après Axel Alonso, l’équipe du prochain arc sera annoncée très prochainement. Il semble donc qu’on ait affaire à une succession d’équipes sur le personnage, qui proposent chacune leur approche avant de laisser la place à d’autres. Ce concept me plaît.

Secret Six #1

Dans sa dernière itération, l’équipe des Secret Six rassemblait plusieurs vilains / personnages moralement ambigus de l’univers DC, le tout sous la plume de Gail Simone. Si je devais choisir un mot pour qualifier ce que j’ai lu de ce run, ce serait “imprévisible”. Avec des personnages qui ne sont pas vraiment des héros, on ne sait jamais à quoi s’attendre : comment les Secret Six vont-ils choisir de terminer ce travail pour lequel ils ont été engagés ? quelles sont les motivations cachées de tel ou tel membre ? sont-ils vraiment capables de travailler ensemble sur le long terme ? Gail Simone s’emparait de figures plus ou moins connues (surtout moins) pour les rendre attachants malgré leurs exactions, et créer un cocktail inattendu, à la fois sexy, étrange et rempli d’action. Puis les New 52 sont arrivés, la série a été arrêtée, et à part Bane et Deadshot (et dans une très moindre mesure Ragdoll), on était sans nouvelle du reste du cast. Catman, ce vilain de cinquième zone que l’auteure et les artistes ont immédiatement rendu ultra-charismatique, manquait notamment à l’appel.

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Mais il est de retour ! Cela fait quelques mois qu’on a appris que les Six revenaient, toujours écrits par Gail Simone et dessinés par Ken Lashley et Dale Eaglesham en alternance. Malheureusement, le premier chapitre sorti la semaine dernière peine à convaincre. Graphiquement, le résultat est plutôt intéressant : c’est Ken Lashley qui tient le crayon, et il nous propose un trait plutôt lâché, un peu brut, un peu sauvage, qui correspond bien à Catman (personnage central du chapitre) et à ce qu’on entraperçoit de la personnalité des autres Six. Encore une fois, on peut donc compter sur le Bat-office pour nous proposer quelque chose qui, visuellement tout du moins, se démarque un peu des autres productions de l’éditeur.

C’est au niveau de l’intrigue que le bât blesse : Thomas Blake (Catman, donc) passe du bon temps dans un bar, quand soudain des agents débarquent pour l’arrêter. Lorsque Blake se réveille, il est enfermé dans une pièce en forme de cercueil avec 5 autres personnes pour le moins étranges. Une voix leur ordonne de répondre à la question “What is the secret?” sous 15 minutes, sans quoi certaines “pénalités” pourraient être appliquées… Alors, pas quel problème commencer ? La révélation de dernière page qui ne tient pas du tout en haleine ? La scénariste qui en fait des caisses pour souligner le sex-appeal de Blake et sa claustrophobie ? Les personnages qui commencent par s’affronter avant de s’allier inévitablement ? Qui, du peu qu’on voit d’eux, n’ont rien d’attachant et ne donnent pas envie de suivre leurs aventures ? L’absence complète de subtilité avec laquelle Gail Simone tente de rendre ses personnages sulfureux et décalés ?

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Si je n’avais pas lu son précédent run sur les Six, je pense que je me serais arrêté là en me disant juste “pfft, encore un titre DC qui veut se la jouer dark et oublie d’être intéressant”, mais la scénariste a peut-être de bonnes choses en réserve. Tentons donc les quelques prochains chapitres pour voir si la suite relève le niveau…

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