Sorties des dernières semaines

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Wouah, il s’en est passé du temps depuis le dernier post sur le sujet. Voici les chapitres qui seront abordés aujourd’hui :

  • BOOM!
    • Memetic #1
  • DC
    • Earth 2 #27 et Earth 2 World’s end #1 à #4
    • Teen Titans #3
  • Image
    • The Wicked + The Divine #5
    • Thought Bubble Anthology #4
    • Trees #6
  • Marvel
    • AXIS – Revolutions #1
    • Loki: Agent of Asgard (#6 et) #7
    • Spider-Man 2099 (#3 à) #5
    • She-Hulk #9

BOOM!

Memetic #1

Ce qui est assez rigolo avec la diversité dans les comics, c’est qu’elle peut prendre des formes très contrastées. Dans certains comics mainstream, on peut avoir des levées de bouclier comme des vagues d’enthousiasme énormes pour UN personnage qui n’est pas un jeune homme blanc hétérosexuel, alors qu’à l’inverse, dans des séries plus confidentielles, certains auteurs y vont à fond les ballons dans une certaine indifférence. C’est le cas de Warren Ellis dans Trees sur lequel je reviendrai plus bas, comme c’est celui de James Tynion IV ici.

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L’auteur, qu’on connaît surtout pour être le protégé de Scott Snyder et pour son travail sur différentes séries de chez DC, nous présente ainsi un héros gay, malentendant et un peu daltonien aussi (triple combo)(daltoniens riprizent m/). Plus sérieusement, la déficience visuelle est au centre de l’histoire, qui tourne autour d’un dangereux meme. Tout commence par l’image du Good Times Sloth, un paresseux visiblement heureux de vivre, dans une image qui fait le tour du monde en quelques heures et provoque une inexplicable sérénité chez ceux qui la regardent. Sauf qu’un deuxième effet Kiss Cool se révèle plusieurs heures après avoir vu cette image pour la première fois, et menace de plonger le monde dans le chaos. Les seuls à ne pas pouvoir être atteints par cette image qui s’affiche partout, des écrans de télévision à ceux des appareils mobiles, sont justement les déficients visuels, qu’ils soient daltoniens comme le héros, ou malvoyants comme un certain vétéran de l’armée amené à être un personnage principal de l’histoire.

Quand je parlais de The Pride il y a quelques semaines, je remarquais que le dessin n’atteignait pas les standards d’Image ou de Marvel, mais je réalise en m’intéressant à de plus petits éditeurs que ce style se rencontre moins rarement que je ne le pensais, comme ici avec Eryk Donovan dont le trait ne séduira sans doute pas les foules mais se révèle tout à fait correct. Comme il est clairement question d’horreur dans ce titre, un dessin très léché n’aurait de toute façon pas convenu. Pour rester dans les questions de forme, on note aussi qu’il s’agit d’une mini-série en 3 chapitres, qui feront a priori tous 30 pages au lieu des 20-22 auxquels on est plutôt habitués. Un format qui change un peu donc, et qui proposera peut-être un rythme différent des arcs en 5-6 chapitres qui semblent être devenus la norme.

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Hinhinhin je suis immunisé (bon par contre vous allez vous mettre à pleurer des larmes de sang d’ici 12 heures, désolé~).

Pour ce qui est du fond, j’avoue que je suis intrigué. Les réseaux sociaux sont évidemment un thème de société, mais dans les comics ils sont plus souvent utilisés pour donner un côté cool et tendance à certains titres, comme Young AvengersTeen Titans ou Batgirl, même si les deux derniers ont l’air d’explorer leurs dérives. Ici, ils font également partie de la vie du jeune héros et de son entourage, mais c’est l’horreur qui vient s’y nicher. Et si on inventait une arme qui voyageait via ces réseaux, en combien d’heures voire de minutes pourrait-on atteindre la majorité de la population ? Une idée de départ intéressante, que je suis curieux de voir se développer dans une série qui ne pourra pas traîner en longueur.

DC

Earth 2 et Earth 2: World’s end

On peut disserter pendant des heures sur les différences entre Marvel et DC, mais j’avoue que LA différence qui me saute aux yeux actuellement, c’est que contrairement à son grand rival (et à plein d’autres éditeurs), DC ne fait pas de résumé de l’intrigue en début de chapitre è_é

Ce n’était pas gênant au début d’Earth 2: World’s end #1 car les 21 premières pages de ce chapitre plus épais qu’à l’accoutumée nous résumaient rapidement ce qui s’était passé jusqu’ici dans Earth 2 « tout court ». Par contre il fallait se débrouiller pour savoir que ce chapitre était à lire avant Earth 2 #27 car il narrait la rencontre entre Power Girl et Huntress d’une part, et les nouveaux Batman, Superman et Lois Lane d’Earth 2 d’autre part, qu’on voit tous faire équipe dans la série-mère alors qu’au chapitre #26 les deux premières n’étaient pas encore arrivées. Et depuis, il faut tout autant de débrouillardise / patience / indulgence pour continuer à lire cette série hebdomadaire, qui saute sans cesse d’une situation à l’autre sans nécessairement expliquer qui est qui ou qui fait quoi. Ou se permet de consacrer régulièrement une page ou deux aux Grayson pour nous rappeler qu’ils sont dans un camp de réfugiés où on se bat pour des rations de nourriture, alors que telle autre scène est difficilement compréhensible car on passe trop vite dessus (on a aussi le droit à une grosse case qui nous informe que Constantine est arrivé sur les lieux, même s’il faut visiblement lire un chapitre pas encore paru pour savoir le pourquoi du comment…). Bref, on est clairement à l’opposé de Trees (encore elle), qui fait brillamment progresser plusieurs intrigues en parallèle : elles ne figurent pas forcément toutes dans chaque chapitre, mais lorsqu’elles y sont, c’est toujours pour apporter des éléments nouveaux.

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En fait, on est aussi à l’opposé des “petites séries” en général, celles qui ne sont pas portées par des personnages connus ou l’annonce d’un gros événement à venir, et qui ne peuvent compter que sur leurs qualités pour se faire une place : la clarté d’une intrigue et son intérêt soutenu, la personnalité d’une l’équipe créative, l’originalité d’un pitch… Autant de choses qu’on ne retrouve pas dans Earth 2: World’s End pour le moment, qui est de toute façon assurée de faire un minimum de ventes avec son Batman et son rôle majeur dans le grand tout chez DC, quitte à proposer une histoire fouillis dans laquelle l’identité des différents auteurs se dilue, avec des dessins confiés à une pelletée d’artistes où on ne sait même pas qui dessine quelle page.

Cela dit, avec deux séries consacrées au même univers, on aura sans doute beaucoup plus l’occasion de voir les 3 héros de départ en action, qui commençaient enfin à devenir attachants dans les derniers chapitres de la série-mère. Bref, je continuerai à la lire au moins pour quelques chapitres, même si je ne peux décemment pas la recommander.

Teen Titans #3

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Comparé à Marvel, DC ne s’est pas vraiment lancé dans des relaunches à gogo. Seules les séries Suicide Squad et Teen Titans sont passées par une annulation immédiatement suivie d’un nouveau départ au #1 Marvel-style, tandis que Batgirl et Catwoman connaissent un important changement d’équipe créative tout en gardant leur numérotation. Je n’ai pas encore lu le dernier Catwoman, mais si Batgirl avait bénéficié d’un #1, ça n’aurait sans doute pas choqué grand-monde vu le virage effectué et cette impression très nette de nouveau départ.

Chez les jeunes titans, j’ai l’impression que c’est l’inverse. On est reparti au #1 mais le scénariste n’a pas l’air pressé de nous dire qui sont ses personnages ni d’établir des liens entre eux. A part l’amitié entre les sympathiques Beast Boy et Bunker qui est assez mise en avant, les autres personnages restent assez plats et on ne sent pas vraiment ce qui fait d’eux une équipe, comme si tout cela avait été raconté précédemment et que ce n’était pas la peine de revenir dessus. A moins qu’il ne s’agisse d’un style voulu par les éditeurs, ce qui expliquerait pourquoi sur Earth 2 comme chez les titans, personne ne s’embarrasse à creuser un peu les personnages ni à nous les rendre attachants. On se contente de raconter des actions, de mettre en scène des combats, et puis c’est tout. C’est comme toujours très joli grâce à Kenneth Rocafort, mais je ne pense pas continuer.

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The Wicked + The Divine #5

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Dans mes avis précédents, j’exprimais ma difficulté à parler de l’intrigue de cette série étant donné que jusqu’ici, je la lisais surtout pour être ébloui par les visuels du tandem McKelvie/Wilson et les dialogues de Kieron Gillen. Mais avec ce chapitre, je n’ai plus ce problème. Alors que l’histoire de meurtre introduite dans le premier épisode était l’occasion de découvrir à chaque fois de nouveaux dieux pour savoir s’il fallait les laisser sur la liste des suspects ou non, ce chapitre fait le point. Le tour d’horizon des différents dieux est quasi achevé, et le fait de voir la plupart d’entre eux en action nous conforte dans cette impression que l’introduction est terminée : les acteurs sont pour la plupart entrés en scène, et que la tragédie commence (ceux qui ont lu Journey into Mystery savent de toute façon que Gillen est un maître dans l’art de créer des personnages attachants… pour mieux nous BRISER LE CŒUR avec ce qu’il leur fait subir).

En regardant en arrière, on mesure aussi toute l’évolution de Laura, qui est passée d’une fangirl parmi tant d’autres à une jeune femme capable d’un courage dont elle ne se serait sans doute pas sentie capable quelques jours auparavant. On prend aussi conscience de tous les petits indices que Gillen a semés ici et là, et qui prennent tout leur sens à présent. Les solicitations nous le promettent souvent, mais ici c’est vrai que rien ne sera plus pareil. Je parlais d’introduction un peu plus haut, mais le mot ne rend pas honneur au travail effectué sur le scénario, qui était bien plus qu’un savant défilé de mode…

Thought Bubble Anthology #4

Quand j’achète un recueil de nouvelles écrites et dessinées par différents auteurs à 10-15 € voire plus, j’ai tendance à être assez méfiant et à espérer que la majorité des histoires seront au moins correctes. Quand par contre on me demande de débourser 3,59 € pour une petite anthologie contenant des histoires dont certaines réalisées par des grands noms, je ne me pose pas autant de questions 😛 J’espère juste pouvoir dénicher quelques perles qui me feront passer un bon moment, voire me feront découvrir de nouveaux auteurs.

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Dans celle-ci, je retiens surtout les magnifiques noir et blanc agrémentés d’une touche de rouge de Tim Sale dans When the night comes (même si je n’ai pas tout compris à l’histoire, rien que les dessins valaient le coup) et les mots d’Ales Kot dans son poème adressé à quelqu’un de 16 ans (lui-même quand il était plus jeune ?). Bien que je me demande ce que la légère mise en images leur apporte réellement, ils me confirment que je devrais sans doute dépasser la mauvaise impression laissée par ses Secret Avengers et m’intéresser au reste de son travail, notamment Zero dont j’entends tant de bien.

La page intitulée Untitled par Hwei Lim et Emma Rios réussit magnifiquement à restituer l’ambiance de certains étés de quand on était petit, et m’a brièvement rappelé la Mari Okazaki de 12 mois, qui arrivait elle aussi à capter la magie éphémère de cette saison. Enfin, la Space hype de Biz Stringer-Horne et Jordan Collver, qui n’occupe qu’une demie page, est plutôt marrante et fait mouche plusieurs fois malgré le peu d’espace qu’elle occupe. Ne lisez pas ce recueil juste pour Cliff Chiang par contre, l’histoire en une page qu’il a réalisée est loin d’être la plus mémorable du lot…

(pour information, le Thought Bubble Festival est une convention qui se déroule chaque année à Leeds en Angleterre)

Trees #6

Dans les commentaires de l’article sur l’anthologie Moto Hagio, on parlait de la quête d’identité, bien plus présente dans les mangas que dans les comics où généralement les auteurs passent sur les questionnements identitaires pour nous présenter directement des personnages qui savent qui ils sont.

Avec ce 6e chapitre de Trees, en plus de donner une leçon de narration à World’s End, Warren Ellis nous prouve que les généralisations, c’est mal 😛 L’intrigue qui se déroule à Shu, la ville des artistes et des marginaux qui s’est développée aux pieds d’un des fameux “arbres”, est en effet pour lui l’occasion d’aborder le thème du questionnement sexuel, et notamment de la fluidité des genres.

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Ce thème est souvent abordé sur Tumblr, mais ailleurs, beaucoup plus rarement. Même dans les milieux gay d’ailleurs, où s’accepter et se faire accepter a déjà demandé tellement d’efforts que brouiller encore un peu plus les genres et les étiquettes n’est pas forcément envisageable.

Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, une mystérieuse menace sourd de plus en plus, sans qu’on sache vraiment à quoi s’en tenir. C’est en fait valable pour l’ensemble de la série, si difficile à décrire : histoire d’invasion d’extra-terrestre qui ne donne pas vraiment l’impression d’avoir eu lieu ? histoire très humaine qui s’attache à décortiquer ce que révèle la présence des arbres sur les habitants qui vivent à proximité, que ce soit d’ordre sexuel ou géopolitique ? Sans doute un peu des deux, ce qui la rend si riche et intrigante.

Marvel

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Merci Spider-Man pour cette “version TL;DR” des premiers chapitres d’AXIS !

Je suis très mitigé sur cet event en lui-même, qui souffre du même souci que les récents gros events Marvel ou DC, à savoir le fait que les solicitations nous spoilent une partie des développements, ce qui fait qu’on ne se demande même plus ce qu’il va se passer, on se demande plutôt comment on va en arriver à tel point du scénario qu’on connaît déjà depuis des mois (la fameuse inversion notamment, qui devrait rendre certains méchants gentils et inversement et qui se produit à la fin du chapitre #3 sans que personne ne s’en rende vraiment compte, donc il faudra attendre le 4e pour la voir en action, alors qu’on est au courant de son arrivée depuis belle lurette). Et comme en plus j’ai tendance à préférer les histoires qui font la part belle aux personnages à celles qui les utilisent comme des pions au profit d’un grand tout, on n’est vraiment pas dans mon style d’histoires préféré.

Notons que cette mini-série a une mini sœur en 4 chapitres, AXIS – Revolutions (JEU DE MOTS !), qui raconte ce qu’il se passe à côté. Pour être honnête, j’avais assez peur. N’étant pas non plus très fan des héros qui se battent entre eux, je redoutais une série du même tonneau qu’AvX: versus, qui détaillait un peu plus les combats qui n’étaient qu’évoqués dans Avengers vs. X-men. Mais la moitié du 1er chapitre est écrite par Dennis Hopeless (qui scénarise la série Spider-Woman à venir) et dessinée par Ken Lashley, qui s’occupera des dessins de Secret Six en alternance avec Dale Eaglesham (je vous ai déjà parlé de mon amour pour Catman ? non ? ne vous inquiétez pas ça va venir), donc j’étais curieux.

Eh bien j’étais complètement à côté de la plaque sur le principe : il ne s’agit pas de montrer les héros en train de se battre aux quatre coins de la planète, mais plutôt de les voir essayer de stopper les émeutes qui éclatent ici et là. Quand Spider-Man explique à un jeune garçon qu’il ne faut pas succomber à la haine, c’est quand même laborieux même si assez touchant sur la fin. Les dessins de Ken Lashley sont tout à fait corrects, leur côté anguleux étant dans la droite lignée de ce qu’on a l’habitude voir avec Humberto Ramos sur le Tisseur. Quand le Dr Strange essaie de trouver quelqu’un qui a résisté aux vagues de haine de Red Onslaught dans la deuxième histoire du chapitre signée Si Spurrier, c’est par contre très verbeux et assez poussif, surtout qu’on sent venir un certain rebondissement à des kilomètres…

Je me demande si on aura une histoire avec des haters qui tweetent des menaces de viol et de mort, ça ce serait un thème d’actualité~ Plus sérieusement, explorer les raisons de ne pas se lancer dans des guéguerres stupides peut donner naissance à de chouettes histoires qui changeraient un peu du “mettons-nous tous sur la gueule” donc je suis curieux de lire les prochaines histoires.

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Du côté des tie-ins, Loki: Agent of Asgard s’en sort magnifiquement bien pour le moment, même si les deux chapitres parus depuis la fin de The tenth realm nous amènent à AXIS plus qu’ils ne traitent de ses conséquences. Al Ewing écrit en effet un excellent Dr Doom, extrêmement redoutable mais aussi très drôle malgré lui grâce à son ego démesuré. Le scénariste continue également de développer le thème de la magie comme une histoire qu’on raconte, tout en créant des interactions assez jubilatoires entre Verity Willis et Valeria Richards ou Loki lui-même.

Je suis beaucoup moins convaincu par Spider-Man 2099, qui après avoir commencé par deux chapitres excellents et complètement hilarants qui lançaient d’intéressantes intrigues, a totalement changé de ton dans les deux suivants qui se déroulaient à l’autre bout de la planète, tandis que le 5e est un tie-in à Edge of Spider-Verse qui fait intervenir des Miguel O’Hara d’autres réalités. Le retour de Rick Leonardi a sans doute fait plaisir aux nostalgiques de la première série, mais pour un nouveau lecteur son style un peu daté n’a rien de très impressionnant. Et puis surtout, la série part un peu dans tous les sens… Je ne doute pas que Peter David sache relier les différents fils de ses intrigues avec brio, mais l’amateur de petites séries qui ne se vendent pas trop qui est en moi commence à se demander si les lecteurs seront encore là d’ici quelques chapitres, tellement on ne sait pas trop ce que cette série raconte vraiment…

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A ce propos, dans la catégorie “petites séries qui ne se vendent pas trop” : NAOOOOOOON, She-Hulk est annulée et ne dépassera pas le chapitre #12 :’(( Bon, ce n’est pas si surprenant que ça compte-tenu des faibles ventes de la série, mais après All-new X-Factor, c’est une deuxième de mes séries favorites chez Marvel qui tire déjà sa révérence. Dans le chapitre #9 récemment paru, j’ai encore cru que Charles Soule allait définitivement nous assommer avec ses considérations légales, mais je me repens une nouvelle fois d’avoir douté. Même si le chapitre est comme d’habitude assez bavard, les échanges entre Jen, Matt Murdock et Steve Rogers révèlent une sensibilité qu’on n’avait pas vue venir, et on comprend beaucoup mieux pourquoi ces deux avocats se retrouvent l’un contre dans le procès du troisième. Ahlala, encore un bon chapitre d’une série qui nous quitte trop tôt.

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