Sorties d’en gros récemment

Moon Knight #13

Retour sur quelques sorties des semaines précédentes. Il y aurait également beaucoup à dire sur la fameuse couverture alternative de Batgirl #41, mais après avoir tenté de défendre / expliquer les raisons de son retrait ici et , je n’ai plus vraiment le courage de répéter les raisons pour lesquelles cette illustration allait complètement à l’encontre de tout ce que l’équipe créative avait fait sur le titre depuis le chapitre #35.

  • The wicked + The divine #9
  • Silk #2
  • They’re not like us #3
  • Moon Knight #13
  • Spider-Woman #5 et #6
  • Pendant ce temps, chez les X-men de Bendis…

The wicked + The divine #9

The wicked + The divine #9

Lors de la lecture des chapitres précédents, je me plaignais que le titre donnait trop dans le discours et les exercices de style graphiques, en donnant certes beaucoup à analyser, décortiquer, mais sans que la première lecture ne soit réellement enthousiasmante.

Et donc forcément, le chapitre #9 me donne tort. Comme l’indique la couverture, celui-ci est centré sur Ananke, qui accepte de s’entretenir avec Cassandra à propos de la Récurrence et de son rôle dans le grand ordre des choses. Certes, il s’agit en grande partie d’un discours, mais le gros changement vient de l’interlocutrice. Là où Laura avait tendance à commenter intérieurement les déclarations très discutables de Woden par exemple, Cassandra ne lâche pas l’affaire et réussit à faire de cet entretien une rencontre qui ressemble vraiment à une conversation, et non à une juxtaposition de monologues émaillés de répliques cool.

En tant que lecteurs, on en apprend enfin plus sur le fonctionnement de la Récurrence, mais il y a surtout ce moment qui permet à ce chapitre de rivaliser avec le #5 en terme de « omg omg omg omg omg omg GNAAAAAAAH ! » Un rebondissement qu’on n’avait pas du tout vu venir, quelque chose qui ne nécessite pas d’aller lire trois analyses sur le net pour comprendre où Gillen a voulu en venir, juste du plaisir de lecture évident, immédiat. Ca fait du bien.

Silk #2

Silk #2

Robbie Thompson est un scénariste qui vient des séries TV, et qui a notamment travaillé sur Supernatural. Même en ne le sachant pas, on s’en doute assez rapidement en lisant ce chapitre tant il rappelle un épisode de série lambda, avec son freak of the week (enfin, of the month ici) sans grand intérêt, une coïncidence un peu grosse et les toutes dernières pages qui nous rappellent qu’un mystérieux personnage de plus grande envergure tire les ficelles dans l’ombre.

Non, l’intérêt du chapitre vient plutôt de la séquence du début, toute en introspection, où l’on voit Cindy se rendre sur les lieux de son enfance et tenter de recoller les morceaux de sa vie. Pour le coup, toute l’équipe créative met la gomme afin de nous faire ressentir sa nostalgie et ses souvenirs qui reviennent, que ce soit via les mots, les expressions du corps et du visage où les ambiances colorées, toujours magnifiques.

On n’a pas forcément l’impression d’avoir beaucoup avancé depuis la fin du premier chapitre, mais en quelques dizaines de pages l’héroïne est devenue vraiment attachante.

They’re not like us #3

They're not like us #3

Comme la série est centrée sur un groupe de jeunes gens ayant des capacités extraordinaires, on pouvait penser que le « They » du titre les concernait, que c’était eux les autres, ces gens pas comme nous. Dans celui-ci, où The Voice leur propose de passer à tabac un pédophile replet qui mate depuis un banc, on comprend que le titre de la série marche dans les deux sens. Le « They » peut également désigner ceux qu’on considère au fond de soi comme des petites gens sans envergure, les mesquins, la masse, le troupeau. Eric Stephenson fait remonter à la surface ces moments où, un peu inconsciemment, on en vient à penser qu’on est supérieur à telle ou telle personne qui a l’air de ne jamais rien remettre en question, ou semble prendre plaisir à rendre misérable les autres juste parce qu’elle le peut. Bref, les instants fugaces où une petite voix nous dit qu’on vaut mieux qu’eux. Cependant, à la lecture de la série, on en vient à se demander avec l’héroïne « what does that make us? » Ce mépris qui ne dit pas son nom nous place-t-il vraiment au-dessus ?

They’re not like us continue donc de souffler le chaud et le froid : d’un côté, il mélange des actions très discutables à des raisonnements qui en appellent à nos aspects les moins reluisants. D’un autre, le tout est toujours habillé des somptueuses couleurs de Jordie Bellaire et du trait fin de Simon Gane. On n’est en fait pas très éloignés des thématiques de certains récits de super-héros, où parfois des justiciers font tout simplement appliquer leur version très personnelle du bien et du mal, avec des corps idéalisés et des costumes bariolés. Ici l’équipe reprend grosso modo les mêmes matériaux de base mais tord le tout pour en faire ressortir ce qu’il y a de plus dérangeant. Une lecture difficile donc, mais pas stupide, qui donne envie de savoir comment l’auteur va dérouler son raisonnement et où il veut en venir.

Moon Knight #13

Moon Knight #13

Le chapitre #12 de la série avait marqué la fin du run de Brian Wood et Greg Smallwood sur le personnage. Rien à dire du côté des dessins, impeccables, c’est l’histoire qui laissait finalement un peu à désirer. Certes, elle maintenait en haleine grâce à ses multiples rebondissements et révélations, mais tombait un peu à plat sur la fin. Le statu quo revenait par exemple à un état proche du début sans qu’on sache vraiment ce que le changement avait apporté, si ce n’était un cliffhanger très efficace à un moment. Quant à l’adversaire principale, elle perdait un peu de sa substance après de multiples révélations qui affaiblissaient ses motivations plus qu’elles ne renforçaient sa crédibilité, sa dangerosité. On notait aussi que le scénariste réutilisait certains personnages introduits par l’équipe précédente, mais sans vraiment leur faire gagner en épaisseur. Il y eut pourtant de bons moments, comme ce chapitre uniquement raconté via des images sur des écrans, c’est donc dommage que l’intrigue soit retombée comme un soufflé sur la fin.

Avec le chapitre #13, Cullen Bunn prend en charge le scénario de la série pour cinq nouveaux épisodes, et promet de revenir à des récits en un seul chapitre. Dans celui-ci, des fantômes qui hantent la nouvelle base de Marc Spector lui font comprendre que quelque chose les tourmente. Khonshu l’incite alors à enquêter sur l’origine de ses perturbations…. Alors que le précédent run partait surtout dans des considérations géopolitiques, Bunn semble orienter le sien vers le surnaturel, comme dans l’épisode du premier arc où Moon Knight combattait des punks fantômes. Le résultat est plutôt honnête, même si on est évidemment tenté de comparer avec la prestation de la première équipe créative du relaunch. Et ce qui saute aux yeux, c’est que le titre est à présent plus bavard. Marc Spector a sans doute un peu moins confiance en Khonshu après les événements du précédent run, ce qui le pousse à se poser plus de questions, mais en étant moins assuré, moins laconique, il perd en charisme ainsi qu’en singularité et devient un peu plus banal. Visuellement, le trait de Ron Ackins (déjà aperçu sur le médiocre cross-over No end in sight) est cette fois-ci beaucoup mieux mis en valeur par la colorisation de Dan Brown, même si pour le moment l’artiste reste plus convaincant quand il s’occupe de tout, au lieu que ses crayonnés passent entre les mains de 3 encreurs (!) et d’un coloriste. Le résultat n’est donc pas aussi assuré que précédemment avec le duo Shalvey / Bellaire, mais comme l’histoire, le tout reste honnête.

Spider-Woman #5 et #6

Spider-Woman #6

Après les événements de Spider-Verse, Jessica Drew choisit de ne plus être une Avenger à plein temps, de laisser derrière elle les menaces cosmiques et inter-dimensionnelles pour retourner aider les gens normaux. Assez rapidement, le reporter Ben Urich lui propose de faire équipe pour résoudre une importante affaire dont tout le monde semble passer à côté.

Le chapitre #5 était vraiment excellent : Dennis Hopeless sait y faire pour créer des dialogues à la fois naturels et hilarants, et Javier Rodriguez créait des découpages très inventifs et des personnages expressifs qu’il habillait de couleurs somptueuses. Avec le chapitre #6 par contre, on a l’air de partir dans quelque chose de très similaire au Superior foes of Spider-Man, dans ce mélange de méchants de quatrième catégorie, de situations assez ridicules et de dialogues très fun. Le bon côté, c’est que cette série était très chouette. Les mauvais, c’est qu’en dépit d’un très bon accueil critique, elle s’est complètement ramassée en terme de ventes, qu’Ant-Man du même scénariste reste exactement dans la même veine, et que 3 séries sur le même principe qui sortent dans un laps de temps assez court, ce n’est peut-être pas nécessaire, et pas très convaincant niveau identité.

Jessica Drew me fait également beaucoup rire avec ses gaffes, mais en solo ce n’est pas dérangeant tant qu’elle s’en sort bien en fin de compte. En lui collant Ben Urich comme partenaire, par contraste, Dennis Hopeless prend le risque de la faire apparaître un peu incompétente face à ce vétéran : entre « humaine et donc imparfaite » et « un peu gourde quand même », la frontière est parfois ténue… Enfin, gardons confiance.

Pendant ce temps, chez les X-men de Bendis…

Uncanny X-men #32

Dans Uncanny X-men #31, on assistait enfin au dénouement de l’intrigue autour du testament de Charles Xavier, et si The trial of Jean Grey aurait pu avoir comme sous-titre « L’art du vide joli », celui-ci pourrait s’appeler « Comment retrancher au vide » tellement le peu qui s’y est produit n’a finalement aucune conséquence. Dans All-new X-men #37, on voyait enfin Emma Frost enseigner à Jean Grey, un développement qui nous était teasé depuis le chapitre #30 et qui nous rappelle que, même s’il ne l’a plus trop montré ces dernières années, Bendis est encore capable de parfaitement saisir ses personnages et de leur écrire des dialogues justes et sensibles, et pas uniquement des échanges vains même si vaguement amusants, posés sur une intrigue qui prend trop son temps. Même constat dans le chapitre #32, avec d’un côté une conversation poignante entre Emma Frost et Cyclops, d’un autre la confirmation que la fameuse révolution mutante de Scott qui donnait l’impression d’être un peu du flan eh bien… oui, c’en est.

Tout cela amène une grande question, à savoir : le scénariste a-t-il eu un moment quelque chose à raconter ? L’idée de ramener du passé les 5 X-men originaux était astucieuse, mais depuis c’était un peu le désert. On nous a teasé des futurs qui n’arriveront sans doute pas étant donné que Secret Wars vient tout casser. On nous a parlé de pouvoirs défectueux, puis cette intrigue a été quasi-complètement oubliée. On a ouvert devant nos yeux un testament dont les conséquences menaçaient d’être si catastrophiques qu’en fait, non, rien. Et alors qu’il a annoncé quitter la franchise, Bendis semble commencer à tout remettre en ordre comme si rien ne s’était passé. Son run n’est pas tout à fait fini, donc on peut encore lui laisser un tout petit peu le bénéfice du doute, mais quand on voit les fulgurances dont il est à nouveau capable récemment, on a juste envie de lui dire « POURQUOI ? » Pourquoi tout ce temps passé sur des intrigues qui ont débouché sur des impasses, pourquoi tous ces personnages non-développés alors qu’il nous rappelle dans les derniers chapitres que c’est justement une de ses spécialités ?

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