[Review] She-Hulk par Dan Slott, saison 1

Comme la série She-Hulk écrite par Charles Soule est un petit concentré de bonne humeur chaque mois, ça fait un moment que je me dis que je lirais bien le run de Dan Slott sur le personnage. J’ai hésité de nombreuses fois en le voyant en boutique… jusqu’à tomber dessus il y a quelques jours, en VF dans une bibliothèque du quartier.

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Au début de cette histoire, notre héroïne avoue adorer être She-Hulk, la grande, forte et verte héroïne qui brille au tribunal, s’éclipse sauver le monde et revient faire la fête, plutôt que la discrète Jennifer Walters. Sauf qu’elle subit coup sur coup deux déceptions :

  • les Avengers qui l’hébergent dans leur manoir lui font comprendre qu’ils l’apprécient beaucoup mais qu’ils préféreraient qu’elle aille vivre ailleurs (et puis rentrer le soir avec un mec différent aussi souvent, ce n’est pas terrible pour la sécurité du manoir) ;
  • le cabinet d’avocats pour lequel elle travaille lui explique qu’ils préféreraient aussi se passer de ses services.

Tout n’est pas perdu cependant, car un autre cabinet extrêmement prestigieux lui propose de la recruter, mais à une condition : ils veulent Jennifer Walters, pas She-Hulk, pour travailler au service traitant du droit méta-humain. Pas très emballée, Jennifer accepte tout de même…

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La voici donc partie pour plaider dans une affaire de meurtre où elle va devoir expliquer que le fantôme du défunt est un témoin tout à fait recevable, puis aider Spider-Man à intenter un procès à J. Jonah Jameson pour la diffamation dont il a été victime toutes ces années. Assez rapidement, elle va aussi être mêlée à une tentative d’évasion d’une prison où les criminels sont miniaturisés, avant de se voir offrir un poste parmi les Magistratis (agents d’un tribunal opérant à l’échelle cosmique) et enfin d’affronter une de ses némésis.

Je dois dire que je n’ai pas été plus enthousiasmé que ça. En cherchant des images afin d’illustrer cette chronique, je me suis rendu compte que la VF était particulièrement plate comparée à la VO sur les planches que je trouvais. Par exemple, dans ce chapitre, Jennifer lit des comics Marvel, que son cabinet considère comme des documents juridiques (ils sont approuvés par la “Comics Code Authority”, ce sont donc des documents légaux tout à fait authentiques, voyons !) :

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La “pull list” désigne l’ensemble des titres qu’on s’engage à suivre auprès de son comic shop afin d’être sûr d’avoir notre exemplaire de chaque nouveau chapitre le jour de sa sortie, sans risquer que celui-ci soit déjà épuisé avant qu’on arrive au magasin. On l’utilise parfois pour parler des titres qu’on suit de manière générale, mais cette expression a un sens bien précis. “Origin story” ou “origin issue” est assez clair : c’est l’histoire ou le chapitre où on découvrira les origines d’Untel, comment a-t-il eu ses pouvoirs, ou à l’inverse pourquoi est-il si méchant etc.

En VF, ça donne : “Stu trie tous les récits relatant les origines de héros et de criminels. Et je passe sept heures d’affilée, payées, à lire des comics. Et finalement… je tombe sur le bon épisode. (suite : I approved these years ago, back when I first became an Avenger / Je revis mes débuts, quand j’étais chez les Vengeurs).” Le sens global est là, mais on perd tous les clins d’œil adressés aux lecteurs de comics.

Je n’ai pas pu tout comparer page par page car je n’ai pas accès à toute la VO, mais cela explique peut-être la différence entre la bonne réputation de ce run et l’ennui que j’ai ressenti. On ne croise principalement que des seconds couteaux de l’univers Marvel, que ce soit du côté des gentils ou des méchants, mais The superior foes of Spider-Man a par exemple montré qu’avec le bon ton et surtout des dialogues au poil, on pouvait rendre passionnantes les aventures de tels personnages. Dans la VF, les dialogues qui pouvaient faire le sel de l’intrigue sont affadis, de fait tout reste gentillet, bon enfant et pas particulièrement mémorable.

La lecture devient limite désagréable quand She-Hulk se retrouve flanquée d’une ado rebelle de quinze ans sur laquelle elle doit garder un œil, tandis que celle-ci se sent obligée de tout commenter sur un ton invariablement cynique. Mais pas cynique drôle, plutôt cynique genre “je suis anonyme sur Internet et je dis du mal de tout, ça me donne l’impression d’avoir un esprit critique”. Hi-la-rant.

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En VF : “Whoa. Bienvenue dans le monde de Godzilla… Version Titania.”

Ajoutons que la version de Panini, qui regroupe les différents chapitres de cette saison dans une Monster edition, est imprimée sur un papier extrêmement cheap avec des couleurs ternes et bénéficie comme d’habitude d’un contenu éditorial quasi-inexistant. En plus d’une présentation très sommaire de la série et d’une très courte biographie des principaux auteurs, j’aurais par exemple apprécié que l’éditeur nous informe que le dernier chapitre se déroule juste après Avengers disassembled, ce qui a un certain impact sur l’histoire.

Du côté des dessins, Juan Bobillo et Paul Pelletier alternent aux pinceaux. Le premier (extraits 2 et 3) possède un style pas franchement virtuose mais tout en rondeur, ce qui correspond bien au physique de l’héroïne. Le second (extraits 1 et 4), qui officie sur Aquaman en ce moment, a un trait beaucoup plus maîtrisé mais sans vraiment sortir de l’ordinaire (un peu celui auquel on s’attend quand on n’a jamais lu de comics mais qu’on se rappelle vaguement d’hommes et de femmes au look de culturistes).

Si jamais ce personnage ou cette série vous intéressent, je ne peux pas vous promettre que la série en VO sera absolument géniale (elle risque tout de même d’être très sympathique), par contre je vous conseille vivement de fuir la VF, qui a l’air de n’être qu’un pâle reflet de la VO.

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