[Review] Scarlet Spider, par Christopher Yost

Il était une fois Kaine, un clone raté de Peter Parker (alias Spider-Man) qui faisait le mal autour de lui. Des choses affreuses. Suite aux événements de l’arc Spider-Island, celui-ci fut guéri de sa dégénérescence cellulaire, vit ses pouvoirs quelque peu modifiés et embarqua un costume rouge au passage. Son plan ? Profiter au mieux de cette toute nouvelle vie, cette seconde chance, en filant vers le soleil du Mexique, loin des super-héros et de leurs problèmes.

En arrivant au Texas, il ne put s’empêcher de sauver une jeune immigrée clandestine sur le point de mourir. Et quelques autres civils au passage. Et… TROP TARD : il avait mis le doigt dans l’engrenage. Le voilà devenu bien malgré lui le nouveau Scarlet Spider, super-héros local de la ville de Houston.

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La série commence plutôt bien : malgré son côté ronchon, Kaine a hérité de Peter Parker un certain sens de l’humour, plus noir, plus ironique étant donné tout ce qu’il a traversé, mais néanmoins présent. Quant à Aracely, la jeune fille que Kaine sauve au début de l’histoire, c’est une pile électrique sur pattes qui insuffle une sacrée fraîcheur à l’histoire et empêche Kaine de trop ressasser ses crimes passés. Cerises sur le gâteau : les beaux dessins très dynamiques de Ryan Stegman qui achèvent de faire de la série un vrai plaisir. Celle-ci n’a visiblement pour but que de divertir, et elle y arrive très bien.

La délocalisation de l’action à Houston, près de la frontière mexicaine, confronte également notre anti-héros à d’autres types de problèmes que les savants fous, super-vilains et autres menaces cosmiques qu’affrontent régulièrement le gros des héros Marvel, basés pour la plupart à New York. Le cas des immigrés clandestins notamment, victimes du trafic d’êtres humains auquel se livrent diverses bandes criminelles ainsi que la toute puissante multi-nationale Roxxon, contre laquelle les super-héros se sont cassés les dents à plusieurs reprises. Dans un registre plus fantastique, les dieux aztèques font aussi irruption dans la vie de Kaine, par l’intermédiaire d’Aracely qui serait peut-être la réincarnation de Huitzilopochtli (à vos souhaits), dieu de la guerre et du soleil.

Pour un clone de Spider-Man, Kaine gagne donc une vraie identité. Avec la présence dans son supporting cast d’un médecin marié à un policier de Houston et la récurrence du thème de la seconde chance, la série prendrait presque un côté social par les thèmes qu’elle aborde.

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Les choses commencent à se gâter vers le chapitre 7 : Ryan Stegman n’assure plus les intérieurs et n’illustrera plus que les couvertures jusqu’à la fin de la série. C’est Khoi Pham qui le remplace, avec un style pas mauvais, expressif mais peu dynamique. On voit aussi apparaître les Rangers, ainsi que les Lobo, des vilains de deuxième voire troisième zone de l’univers Marvel. L’Autre fait aussi une apparition, tout droit sorti d’anciennes histoires de Spider-Man. A de multiples égards, la série commence donc à perdre de sa fraîcheur et de son originalité.

On touche le fond avec le cross-over Minimum Carnage, qui comme son nom l’indique met en scène le vilain Carnage : il faudra au moins Scarlet Spider et Venom pour l’arrêter, dans plusieurs chapitres très sanglants, très bourrins et sans grand intérêt si ce n’est de faire culpabiliser Kaine de toutes les victimes de Carnage qu’il n’aura pas pu sauver à temps.

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La série redevient un peu plus plaisante à l’occasion du team up avec Wolverine : Kaine retrouve son sens de l’humour, Carlo Barberi n’atteint pas le niveau de Ryan Stegman mais son trait permet de renouer avec un certain dynamisme (même si la différence de traitement entre les personnages masculins et féminins saute aux yeux : là où les premiers respirent la force et la puissance, les secondes tapent régulièrement la pose sexy sans raison – un souci récurrent avec certains dessinateurs de comics). Dommage que la résolution de l’intrigue tombe un peu à plat.

Après une rapide confrontation avec le Superior Spider-Man et le Jackal, dernière ligne droite avec l’entrée en scène de Kraven le chasseur, dont l’ombre rôde depuis le début de l’histoire et qui passe enfin à l’offensive, menaçant tous les amis de Kaine et l’exhortant à retrouver son instinct de meurtrier. La plupart des intrigues restantes trouvent quant à elle leur conclusion dans les deux derniers chapitres de la série. David Baldeon s’occupe des dessins, avec un style dynamique et expressif mais des visages particulièrement laids.

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D’après une interview accordée au site ComicBookResources, l’auteur ne s’attendait pas à ce qu’une série sur un clone de Spider-Man puisse durer aussi longtemps avant d’être annulée, faute de ventes. Son éditeur tablait sur un an, lui pensait moins. Cette situation précaire explique sans doute l’apparition de pas mal d’ennemis assez récurrents de l’univers Marvel passé les premiers chapitres, ou l’entrée en scène du très (trop) populaire Wolverine, peut-être dans l’espoir de booster les ventes. Malheureusement tout cela s’est fait au détriment de l’identité de la série et des intrigues concernant les personnages créés pour l’occasion, des seconds rôles très attachants mais malheureusement jamais vraiment développés.

D’un bout à l’autre, Scarlet Spider aura également oscillé entre la très bonne série pop-corn légère et sans prétention, et une réflexion beaucoup plus amère sur la possibilité d’une seconde chance quant vos erreurs passées semblent ne jamais finir de vous rattraper. Les scènes où Kaine rechigne à enfiler ses collants pour aller jouer le héros ont commencé par être assez amusantes, avant de prendre un tournant beaucoup plus sérieux (et parfois plus agaçants quand Kaine partait dans de longs monologues intérieurs en ressassant ses idées noires). Côté familial, son créateur a pris un malin plaisir à lui rappeler son statut d’expérience ratée, de mauvaise copie ; son “frère” le jovial Peter Parker n’était pas là pour lui apporter son soutien depuis qu’il a été remplacé par le froid et cartésien Dr Octopus, sans que Kaine ne le sache. A Houston, il s’est heurté à l’impossibilité de vraiment faire changer les choses face à des organisations aussi tentaculaires que la mafia locale ou une multinationale sans scrupule. Face à Carnage, il s’est demandé s’il n’aurait pas mieux fait d’utiliser ses talents de tueur pour mettre fin aux agissement du criminel, plutôt que de le remettre dans une prison dont il finira tôt ou tard par s’échapper. Enfin, grand classique du héros, ses ennemis se sont servi de son entourage pour l’atteindre, et tout le monde n’en est pas sorti indemne. Malgré un ton volontiers léger et humoristique, c’est donc un véritable chemin de croix que l’auteur aura infligé à l’araignée écarlate, qui souhaitait tourner le dos à son passé de criminel mais n’aura jamais vraiment réussi à être un vrai héros – du moins à ses yeux – ni à trouver une famille qui aurait pu le réconforter et lui donner des raisons plus tangibles de faire le bien et de sauver son prochain.

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On n’atteint cependant pas le brio avec lequel Ed Brubaker a raconté la tentative de rédemption de Catwoman (parue en VF chez Urban dans la saga Ed Brubaker présente Catwoman) ou la descente aux enfers psychologique qu’a vécu Daredevil dans les runs de Brian Bendis et du même Ed Brubaker. Sans parler de talent, ces auteurs avaient cependant la chance de travailler avec des personnages beaucoup plus connus, ce qui leur a peut-être donné une plus grande marge de manœuvre quant aux histoires qu’ils souhaitaient raconter. Au rayon produits dérivés cependant, Nick Spencer s’en sort actuellement très bien avec ses Superior foes of Spider-Man, ou l’hilarante histoire de quelques vilains de seconde zone qui tentent de réussir un gros coups, entre petits arrangements bidons et gros mensonges.

Bref, une petite déception face à une série bien partie mais qui aurait pu être brillante si elle avait mieux équilibré ses aspects les plus légers et divertissants ainsi que son exploration du côté sombre de la psyché de Kaine. Les fans de Kaine et d’Aracely peuvent cependant suivre la suite de leurs aventures parmi les New Warriors, toujours scénarisé par Christopher Yost, dont le premier chapitre est sorti tout récemment et qui commence exactement là où Scarlet Spider s’était terminé.

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Kaine a perdu son beau tatouage, drame de ma vie :’(

La série compte 4 TPB en VO, ainsi que celui consacré au (médiocre) cross-over Minimum Carnage. En VF, elle est publiée dans le magazine kiosque Spider-Man de Panini.

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