[Review] Chilling Adventures of Sabrina

Chilling Adventures of Sabrina #5

Je ne sais pas vous, mais moi quand on me parle d’une sorcière appelée Sabrina, je pense à une vieille série des années 90 avec une jeune fille blonde et sa peluche mal animée (pardon : « son chat »). Sauf qu’à la base, c’est un personnage de comics ! Sabrina Spellman est une jeune sorcière habitant à Greendale, une ville voisine de Riverdale où Archie et ses amis vont au lycée.

Dans Chilling Adventures of Sabrina, une série très récente de la ligne Archie Horror, on suit la jeune fille à l’aube de son seizième anniversaire, dans les années 60. Son père, un puissant sorcier, avait enfreint les lois magiques en se mariant à une mortelle. Il disparut mystérieusement de la circulation, tandis que sa femme perdit la raison et fut internée dans un asile psychiatrique peu de temps après son accouchement. Sabrina fut alors confiée à ses deux tantes, sorcières elles aussi. Pour qu’elle puisse grandir loin de son lourd héritage familial, ses tantes décidèrent de déménager à Greendale, où d’autres dangers la rattrapent aujourd’hui : Madame Satan – une autre sorcière nourrissant une vieille rancœur à l’égard du couple Spellman – et le lycée.

Sabrina et sa mère Diana

Une esthétique et un ton surprenants

Cette série est antérieure au reboot d’Archie puisqu’elle a commencé en octobre 2014, mais elle témoignait déjà de la volonté de l’éditeur de diversifier leur offre. Avec Afterlife with Archie, leur autre titre horrifique, elle s’éloigne radicalement de l’esthétique habituellement associée à l’éditeur (et de la série TV avec Melissa Joan Hart). Pas d’adolescents gentillets ou de petites histoires inconséquentes dans une bourgade typique, mais une histoire glauque fermement ancrée dans les années 60, que Robert Hack habille de tons sépia.

Les looks et les décors indiquent clairement à quelle époque on se trouve, mais ce choix de tons renforce l’impression qu’on est ailleurs : un autre temps, une autre interprétation de l’univers d’Archie, d’autres règles. Ici les sorcières ne se contentent pas de transformer des princes en grenouilles : elles vénèrent Satan, parlent cannibalisme à table, dissimulent une apparence effroyable sous des glamours et règlent leurs affaires dans des bains de sang. Et surtout, ne vous aventurez pas dans les bois.

On dit souvent que pour susciter la peur, il vaut mieux suggérer que montrer. Chilling Adventures of Sabrina joue habilement sur les deux tableaux : le dessin nous montre certaines horreurs, tandis que le texte en suggère d’autres. Roberto Aguirre-Sacasa fait le choix d’une narration à la troisième personne qu’on ne retrouve plus beaucoup dans les comics récents, qui s’adresse parfois directement aux lecteurs et contribue au ton si singulier du récit.

Chilling Adventures of Sabrina

Des intrigues qui tiennent en haleine, des questionnements qui interpellent

Sabrina réussira-t-elle à démasquer Madame Satan avant qu’il ne soit trop tard ? Sa mère sortira-t-elle de l’asile ? Qu’était-il arrivé à son père ?

L’histoire multiplie rapidement les intrigues sans oublier d’y ajouter une dimension beaucoup plus personnelle. En effet, à l’aube de son baptême magique, Sabrina fait face à un énorme dilemme : préfère-t-elle devenir une sorcière à part entière et vivre très longtemps – à condition de renoncer à l’amour et aux plaisirs de la vie mortelle – ou faire une croix sur son héritage et ses puissants pouvoirs pour devenir normale ?

Chilling Adventures of Sabrina #3

Sabrina, son familier Salem et ses deux tantes Hilda et Zelda.

Etant lycéenne, il est compréhensible qu’elle pense à son petit ami Harvey et fasse des projets d’avenir. Surtout que ses tantes, aussi attentionnées soit-elles, sont parfois bien déconnectées de sa réalité. Le glamour qui dissimule leur véritable apparence ne suffit pas à masquer le fait qu’elles n’ont plus grand-chose d’humain. Difficile alors d’avoir envie de leur ressembler…

Entre deux scènes horrifiques, Chilling Adventures of Sabrina nous raconte donc une histoire assez universelle : celle du choix entre le devoir et le plaisir, entre l’héritage familial et l’envie de tracer son chemin… A moins qu’une troisième voie ne soit possible ?

On devrait en savoir plus quand la série aura repris. Son principal défaut est en effet son rythme de parution : depuis ses débuts fin 2014, seuls quatre (!) chapitres sont sortis. Le scénariste a promis un retour à une publication plus régulière à partir de mai 2016, mais il avait déjà juré qu’il n’y aurait plus de retard à l’occasion de la sortie du deuxième chapitre… six mois après le premier.

Malgré ses retards, Chilling Adventures of Sabrina est donc une petite pépite à découvrir, tant elle se joue de nos attentes pour proposer une histoire vraiment inquiétante et qui résonne avec nos vies. Les titres du reboot d’Archie sont pour le moment sympathiques mais peinent à convaincre totalement, par contre ceux de la ligne Archie Horror valent vraiment le détour.


Chilling Adventures of Sabrina Book OneLa sortie du chapitre #5 est prévu pour le 18 mai 2016. Le premier tome de la série sortira en même temps que le #6, soit le 27 juillet 2016, et contiendra les chapitres #1 à #5.

2 commentaires

  1. Merci pour cette review qui donne clairement envie. J’hésite du coup à démarrer toute suite la série en digital ou attendre le TPB, conseilles-tu plutôt de les lire au compte-goutte ou au contraire enchaîner les numéros à la suite ?

    1. Mmmh… le numérique peut te permettre de tester, voir si tu accroches vraiment. Un premier chapitre qui déçoit en papier, on ne sait pas toujours quoi en faire, alors qu’un fichier numérique, on l’archive et on passe à autre chose 😛 Autrement, je trouve qu’il se passe suffisamment de choses dans chaque chapitre pour attendre un moment la suite.

      Après, comme la série a *normalement* repris un rythme de publication régulier MAIS que la sortie des chapitres a été un peu erratique jusque ici, ça peut être rassurant d’avoir un TPB et de lire l’histoire arc par arc plutôt que de prendre le risque d’une longue interruption en plein milieu de l’histoire.

      C’est toi qui vois 🙂

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