[Review] Le reboot d’Archie

Jughead, Betty, Archie et Veronica par Fiona Staples

Avant, la vie d’Archie à Riverdale ressemblait un peu à ce qu’on pouvait trouver en ouvrant un Picsou Mag : un univers gentillet, un style graphique simple et des petites histoires qu’on pouvait commencer à n’importe quel moment (donc exactement l’inverse des univers de super-héros). Mais en juillet 2015, l’éditeur a complètement rebooté son univers en le confiant à une équipe créative de stars : Mark Waid et Fiona Staples, qui ont modernisé Riverdale en proposant cette fois-ci une histoire suivie. Est-ce que ce reboot tient ses promesses ?

Betty, Jughead, Archie, Veronica et Reggie

Betty, Jughead, Archie, Veronica et Reggie dans le style classique d’Archie Comics.

Dans l’univers classique d’Archie, le héros est un jeune lycéen sans rien d’exceptionnel, mais qui est courtisé par deux jolies filles : Betty la fille d’à côté, blonde et simple, et Veronica la riche héritière, brune et sophistiquée. Quant à son meilleur ami Jughead, il ne pense qu’à manger et ne s’intéresse pas vraiment aux filles. Tout l’inverse d’un certain Reggie Mantle, qui n’a de cesse d’intriguer et de convoiter Veronica – sans grand succès généralement.

Des relations qui sonnent plus juste…

La première réussite du reboot, c’est d’avoir modifié la dynamique entre Archie, Betty et Veronica. En effet, une histoire où deux filles s’arrachent éternellement un jeune homme lambda n’est pas vraiment crédible. Elle peut fonctionner en tant que fantasme si on s’identifie à Archie, mais difficile de croire que deux personnes réelles se comporteraient de la sorte aussi longtemps. Sans compter qu’en 2015, en être encore à définir ses héroïnes par leur rivalité autour d’un mec, c’est un peu chercher le suicide médiatique pour plein de raisons évidentes.

Sous la plume de Mark Waid, Archie et Betty viennent de rompre après avoir été ensemble depuis le jardin d’enfants : c’est le coup de tonnerre, c’est le #LipstickIncident, qui ne sera révélé qu’au chapitre #4 (bon en vrai tout le monde a surtout tweeté autour de #HotArchie). Peu de temps après, la riche famille Lodge s’installe en ville, et leur fille unique Veronica jette son dévolu sur Archie, semblant faire de lui son laquais. Jughead et Betty vont-ils laisser passer ça ?

Veronica Lodge et son père

Les Lodge arrivent en ville.

Les amitiés et inimitiés entre les personnages principaux restent fidèles à celles qui étaient déjà en place avant le reboot, mais ce simple changement permet à Mark Waid de faire briller son talent pour les relations qui sonnent juste. Dans Daredevil par exemple, il faisait ressortir le subtil mélange d’admiration, d’agacement et d’amitié sincère qu’il y avait entre Matt et Foggy par exemple. Dans Archie, les meilleurs moments de la série sont ceux où on réalise que les personnages tiennent sincèrement les uns aux autres… même si étant adolescents, ils le montrent de façon parfois maladroite ou inattendue.

Malheureusement, d’autres passages sont beaucoup moins réussis, comme la blague sur le mille-pattes qui structure le chapitre #5 et tombe complètement à plat. Ou bien une scène très similaire à celle de la rupture entre Archie et Betty, qui se déroule chronologiquement après mais donne l’impression que cette rupture n’a jamais eu lieu.

On alterne donc régulièrement entre des passages excellents, et d’autres beaucoup moins convaincants. Mais cela ne vient pas que de l’histoire : la succession de différentes artistes explique aussi cette impression mitigée.

Archie #1 (eep.)

…mais difficile de passer après Fiona Staples

En effet, embaucher Fiona Staples pour ce reboot était une idée à la fois excellente et discutable. Excellente parce que celle-ci a apporté :

  • sa notoriété : c’est la première fois qu’Archie reboote son univers, Mark Waid est de plus un scénariste révéré, mais y ajouter la dessinatrice de Saga en a fait un événement.
  • son sens du style : on remarque d’un coup d’œil les différences de look et donc de personnalité entre Betty (ses tenues simples, ses coiffures à l’arrache…) et Veronica (ses tenues bien coupées, sa coiffure très graphique…), Jughead trimballe sa minceur et sa nonchalance avec beaucoup d’élégance, quant à Archie… je vous ai parlé du hashtag #HotArchie je crois ?
  • son talent pour le rythme et l’expressivité des personnages : l’humour du titre naît des répliques entre les personnages mais aussi des expressions irrésistibles qu’elle leur dessine, et du rythme qu’elle applique, qui fait que les passages humoristiques fonctionnent. Cette nouvelle mouture d’Archie adopte en effet un ton assez moderne, tout en gardant un style de gags sorti tout droit de l’univers classique. Et c’est le talent de Staples qui permet ce fragile équilibre entre les deux approches, sans quoi le titre ne serait qu’une énième histoire de lycéens américains.
Veronica, Jughead et Betty par Fiona Staples

(╯°□°)╯(Fiona Staples)

Hélas, il était prévu dès le début qu’elle n’assure que les 3 premiers chapitres (elle a toujours Saga à dessiner). Annie Wu, qui dessine juste le #4, possède un bon sens du style mais qui colle beaucoup mieux à un univers rock et un peu trash comme celui de Black Canary, pas vraiment à la gentille Riverdale et aux couleurs douces d’Andre Szymanowicz et de Jen Vaughn. Lors de son court passage, elle semble proposer des planches à mi-chemin entre son style usuel et celui de Staples, moins convaincantes que d’habitude.

Betty, Archie et Jughead par Annie Wu

Annie Wu

Veronica Fish, devenue artiste régulière de la série à partir du chapitre #5, sait dessiner des personnages expressifs mais n’a pas encore le style et la précision de ses consœurs pour les attitudes : sous son trait plus gras, la troupe d’Archie redevient beaucoup plus banale, et leurs expressions plus exagérées : le timing des passages humoristiques en souffre beaucoup, et la série perd de son charme. L’air de rien, Fiona Staples avait mis la barre tellement haut que sa prestation est difficile à égaler.

Veronica et Reggie par Veronica Fish

Veronica Fish

Bilan mitigé donc pour ce reboot d’Archie : les bonnes idées sont là et les personnages attachants, mais le dessin s’est dégradé au fil des chapitres : la narration et l’identité du titre en ont alors souffert. Peut-être faut-il le temps à l’équipe créative de vraiment trouver leurs marques après une rapide succession de plusieurs artistes ?


Archie vol. 1Le premier tome d’Archie est disponible depuis 16 mars 2016 et contient les chapitres #1 à #6 de la série, ainsi que le chapitre #1 de la nouvelle série Jughead, par Chip Zdarsky et Erica Henderson.

7 commentaires

  1. Attends, tu veux dire qu’il y a des êtres humains qui travaillent sur Archie ? La majorité des histoires que j’ai lu de cet univers – donc Archie, Betty & Veronica, Josie & The Pussycats, Sabrina… – n’indiquaient aucun nom d’auteur…

    Ce que tu dis ne me donne guère envie. Mais si l’éditeur sort une nouvelle série Josie & The Pussycats, je me laisserai tenter.

    Quant à la relation triangulaire, je ne crois pas que le problème réside dans le fait que Betty et Veronica courrait après le même garçon : c’est surtout cette nouille d’Archie qui est incapable de choisir ! J’avais lu un épisode de la série régulière, dans laquelle Salem transformait les garçons de Riverdale en filles, et inversement ; la couverture résumait toute l’histoire de la série : Archie (fille) entourée de ses deux prétendants et déclarant : « I still can’t choose. »

    1. C’est pour ça que je parlais de Picsou Mag au début : c’était vraiment le genre de titre où on s’attend à retrouver un style qui ne change jamais, sans forcément réaliser que plusieurs artistes se succèdent aux pinceaux. Mais c’est troublant de lire des « digests » qui rassemblent plusieurs histoires datant d’époques très différentes : à part les très vieux chapitres (vraiment datés) ou les très récents (où les techniques de colorisation ont évolué) qu’on peut facilement identifier, impossible de dire à quelle époque tel ou tel autre a été réalisé : les 80’s ? les 90’s ? les années 2000 ?
      La mise en avant des équipes créatives sur les titres me semble très récente, mais c’est pas plus mal en même temps : annoncer Jughead par – notamment – la dessinatrice de Squirrel Girl, ça vend déjà tout de suite plus du rêve à certains lecteurs :p

      Pas de série Josie & The Pussycats de prévue : juste une Betty & Veronica par Adam Hughes qui vient d’être confirmée, et une autre sur Kevin Keller par Dan Parent et J. Bone qui avait été évoquée au moment de leur Kickstarter annulé et dont on n’a pas ré-entendu parler depuis. Mais des actrices ont été castées pour l’adaptation live « Riverdale » sur la chaîne CW :p

      Pour Betty et Veronica, je me souviens d’une histoire où la seconde disait qu’elles étaient meilleures amies et ne se chamaillaient que sur les sujets superficiels, comme les garçons. Dans l’idée oui pourquoi pas, après je trouve que ça fait quand même d’elles des trophées. Je préfère la dynamique actuelle, où les raisons pour lesquelles Veronica et Archie se tournent autour sont un peu plus subtiles et complexes (idem pour les sentiments de Betty à l’égard d’Archie).

    1. Mais merci à toi 🙂 Le chapitre #8 sorti récemment est un de ceux que j’ai préféré depuis le début, j’ai l’impression que la dessinatrice est à présent plus à l’aise sur le titre. J’espère que ça continuera sur cette lancée ! L’arrivée de Ryan North sur Jughead me rend très enthousiaste aussi, il a toujours tout un tas d’idées géniales que j’ai hâte de lire.

  2. Merci pour ce retour Cosmos. Je dois dire que la série Archie m’a toujours intéressé de manière anecdotique puisque seul le portrait de l’époque à laquelle la série se déroulait attirait mon attention. Du coup je ne me suis jamais top tourné vers ce reboot mais ton avis me donne néanmoins envi d’y jeter un coup d’œil, au moins juste pour Waid et les dessins de Fiona Staples dont le trait correspond assez bien à celui original mais de façon réactualisé.

    1. Coucou ! En fait l’univers d’Archie a suivi les époques, mais du fait du style maison assez simple, c’est difficile de savoir à vue de nez à quel moment telle histoire a été publiée. Les années 80 ? les années 2000 ?

      On sent plutôt un univers très accessible, à tout point de vue. D’une part on trouve les titres de l’univers classique ailleurs qu’en comic shop (newsstands, supermarchés…) donc c’est très facile de tomber dessus. D’autre part on peut vraiment les mettre entre toutes les mains vu que l’univers est assez gentillet ; même les personnages les moins sympathiques ne sont pas trop méchants.

      La série TV qui va bientôt débarquer sur les écrans devrait être plus « subversive » apparemment, mais le fait qu’elle soit diffusée sur la CW n’est sans doute pas anodin, vu l’ambiance de l’univers classique :p J’ai acheté un pavé de 1000 pages en soldes sur Comixology un jour, j’avoue ne jamais être arrivé au bout. C’est sympa mais… à petites doses. Je trouve les univers alternatifs récents plus intéressants dès qu’on dépasse un certain âge, car on retrouve les dynamiques qu’on connaît entre les personnages, mais sans cette perpétuelle absence d’évolution : des enjeux dramatiques apparaissent clairement.

      Si tu cherches le portrait d’une époque, Chilling Adventures of Sabrina te plaira sans doute davantage 🙂

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