Petit bilan d’un mois de Marvel Unlimited

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Avec son offre Marvel Unlimited, la Maison des Idées propose la lecture d’une gigantesque partie de leur catalogue pour 10$ par mois. Quand je dis gigantesque, cela signifie vraiment énormément de titres, à l’exception de ceux parus durant les 6 derniers mois. Là où ça devient intéressant, c’est qu’à l’occasion de la dernière San Diego Comic-Con, on pouvait bénéficier d’une importante réduction : un mois d’accès pour 0,99$.

Alors que ce mois touche à sa fin en ce qui me concerne, voici ce que j’ai pu lire :

  • Uncanny X-men par Gillen
  • Avengers vs. X-men
  • Avx: Consequences
  • Spider-Woman: Origin

Uncanny X-men par Kieron Gillen, Avengers vs X-men et AvX: Consequences

L’idée à la base était surtout de lire des petits runs de Kieron Gillen dont on ne parle pas beaucoup, afin de me faire un avis dessus. Et puis comme Uncanny X-men avait des tie-ins à AvX, autant en profiter pour enfin lire cet event très controversé.

Uncanny X-men

J’avais déjà dû feuilleter les TPB correspondants à ce run, me dire “eurgh Carlos Pacheco, euuurgh Greg Land”, les reposer promptement et passer à autre chose. C’est fou comme on devient plus indulgent envers les artistes qu’on n’aime pas trop quand on sait qu’on ne paye (quasiment) rien.

Et finalement, sans qu’il s’agisse du run le plus mémorable sur les X-men, j’ai beaucoup aimé l’approche de Gillen. A ce moment-là de la chronologie, le schisme entre Cyclops et Wolverine vient d’avoir lieu, et le premier est parti sur Utopia diriger une équipe principalement composée de Colossus, Danger, Emma Frost, Hope Summers, Magik, Magneto, Namor, Psylocke, Storm et lui-même (plus quelques élèves qui font des apparitions plus sporadiques, et la grandiose Abigail Brand qui intervient également de temps en temps). Ce qu’on note immédiatement, c’est la proportion de personnages à haut potentiel gillenesque dans le roster : entre la cartésienne Danger, le fier Magneto, l’encore plus fier Namor, la royale Storm et l’altière Emma Frost, c’est un festival permanent de répliques finement ciselées. Et si en plus on rajoute des vilains qui aiment bien s’écouter parler tels Mr Sinister, un membre de la civilisation Apex ou l’énigmatique UNIT, et qu’on rajoute Abigail Brand en cerise sur le gâteau, on obtient un run très écrit, qui ravira sans doute les amateurs de beau verbe saupoudré de considérations artistiques et de petites réflexions sur le genre (aucune idée de ce que ça donne une fois traduit en VF cela dit). A un moment, Emma Frost est totalement absente pendant plusieurs chapitres car elle est grièvement blessée… et je ne m’étais même pas rendu compte de son absence o_O Je pense que ça dit beaucoup de choses.

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Si les vilains sont extrêmement mis en valeur, la caractérisation des différents héros demeure quant à elle impeccable, et plutôt que se complaire dans des histoires qui se regardent le nombril comme Bendis actuellement, Gillen préfère mettre en scène les mutants face à diverses menaces extérieures. Alors certes le monde n’est pas forcément menacé à chaque page, mais les ennemis sont plutôt fouillés et intéressants par leurs motivations. Je regrette juste que l’intrigue liée à UNIT s’achève aussi rapidement (même s’il joue un rôle dans AvX), et que celle sur Mr Sinister manque un peu d’impact comparée au choc des titans qu’est AvX au même moment, même si elle aura constitué un intéressant filigrane d’un bout à l’autre. C’est peut-être ça qui fait que ce run n’est pas resté dans les mémoires : de beaux développements, mais une conclusion qui reste dans l’ombre du gros event du moment. On attendait peut-être plus du titre phare sur les X-men ? En tout cas j’ai quand même aimé certaines libertés que prend le scénariste, comme le fait de proposer une petite histoire isolée et assez touchante dès le chapitre 4, sur un membre de la Phalanx qui réalise avec effroi qu’il est le dernier de son espèce…

Avengers vs. X-men

Je comprends que l’event ait suscité des réactions très mitigées. Quand on dit “event”, on pense “grosses ventes pour l’éditeur”, mais en parlant entre lecteurs, on se rend compte que ce genre de récit est l’occasion de prendre la température de l’univers Marvel pour ceux qui auraient un peu lâché l’affaire ou suivraient le tout de loin. En gros, il doit pouvoir s’adresser à des lecteurs très occasionnels. Le souci c’est qu’en le lisant, on se rend compte que les auteurs font appel au plus petit dénominateur commun entre ces lecteurs : la grosse bastoooooooon.

Résumé de l’intrigue (avec spoilers) : le Phénix, énorme incarnation cosmique de la destruction et de la renaissance, se dirige vers la Terre. Comme il a besoin d’un hôte, tout laisse à penser qu’il vise Hope, la mutante messie, la première née après que Scarlet Witch ait dépossédé 99% des mutants de leurs pouvoirs. Les Avengers se souviennent de l’épisode Jean Grey et sont effrayés par le côté “destruction”, Cyclops quant à lui voit plutôt le côté “renaissance” et est persuadé que ce retour annonce le renouveau de la race mutante. Baston générale sur Utopia, puis baston en 5 points du globe à la recherche de Hope. Alors que le Phénix s’apprête à posséder celle-ci, tout ne se passe pas comme prévu : une invention de Tony Stark disperse en effet le pouvoir du Phénix entre 5 mutants : Cyclops, Emma Frost, Magik, Colossus et Namor. Ceux-ci s’en servent pour rendre le monde meilleur, mais se laissent petit à petit corrompre par l’énorme pouvoir du Phénix. Grosse baston au Wakanda et Namor est vaincu, la fraction du pouvoir qu’il avait obtenu allant renforcer ceux des “Phoenix Five” restant. Colossus et Magik se neutralisent mutuellement à la recherche de ce pouvoir, laissant Emma et Scott tout puissants. Ce dernier finit par convoiter tout le pouvoir pour lui tout seul puis tue le professeur Xavier alors qu’il cherchait à l’arrêter, ce qui le transforme en Dark Phoenix. Pendant ce temps, les Avengers avaient battu en retraite à K’un-Lun et découvert que seuls les pouvoirs de Scarlet Witch semblaient affecter efficacement les hôtes du Phénix. Hope et Wanda s’allient alors pour déclarer “No more Phoenix” et dispersent son pouvoir. Emma et Scott sont emprisonnés, les autres “Phoenix five” ainsi que Magneto étant en fuite.

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Comme je le disais précédemment, beaucoup de baston, et il faut se tourner vers les tie-in et AvX: Consequences pour grappiller un peu d’humanité chez les personnages (j’ai particulièrement aimé la discussion entre Magik et Colossus à propos de ce que ça fait d’être corrompu, ou le repas entre Scott et Emma où ils se rendent comptent qu’ils perdent leur humanité). On touche le fond quand Avengers et X-men sont à la recherche de Hope en 5 points du globe (alors qu’elle est finalement ailleurs), ou comment justifier que les héros se mettent sur la gueule en plusieurs endroits différents sans que ça ne fasse avancer du tout l’intrigue (heureusement que l’affrontement entre Namor et Ben Grimm se termine de façon hilarante dans les tie-in d’Uncanny X-men ^^). En plus les premiers chapitres sont tous assurés par John Romita Jr, dont le style très quelconque est facilement éclipsé par toute l’armada de dessinateurs au trait extrêmement esthétique que Marvel emploie régulièrement (Olivier Coipel notamment, qui s’occupe de certains chapitres ultérieurs). Le deuxième GROS problème réside en Scarlet Witch, dont les pouvoirs sont beaucoup trop puissants (modifier la réalité, rien que ça) et qui, depuis sa dépression, est réduite à une chouineuse qui passe son temps à se lamenter que tout le monde la déteste, et ce à raison, tout en ayant des pouvoirs complètement cheatés. L’event se termine donc de façon assez décevante par une sorte de claquement de doigts magique (plus la mort d’un personnage majeur car visiblement il faut toujours que quelqu’un meure lors d’un event). Et puis cette impression désagréable que “changer l’univers Marvel à jamais” consiste surtout à bouger quelque chose dans un sens (“no more mutants”), voire ce qu’il se passe pendant quelques années, puis faire l’opération inverse (“no more phoenix” = “mutants again”) et regarder ce qu’il se passe. En résumé, on fait un peu de ménage, et on revient à la situation précédente. Wouhou. Et ils se sont mis à plusieurs scénaristes pour accoucher de ça ._.

AvX: Consequences

Scott est incarcéré dans une prison tout à fait normale grâce à un inhibiteur de pouvoir, ce qui le laisse à la merci de la violence des autres détenus. Mais c’est surtout l’occasion d’étudier le personnage : comment Wolverine le voit-il ? comment lui-même se perçoit ? On se rend compte qu’il a petit à petit glissé vers une version assez extrémiste de lui-même… version qui est d’ailleurs totalement passée aux oubliettes depuis, tout comme les côtés les plus inquiétants de Magik qui n’a pas franchement été tendre envers son grand frère. Actuellement Magik est plutôt l’élément comique des X-men, et tout le monde déteste Cyclops parce qu’il a tué le professeur Xavier-mais-non-mais-si-mais-non-c’était-Dark-Phoenix-mais-si-etc. Et Emma Frost suscite haine et suspicion mais ça, ça a toujours été le cas. Bref, 5 chapitres qui apportent un supplément d’âme qui manquait à cet event, mais ces “consequences” semblent malheureusement être restées sans suite…

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Je vous ai dit qu’Emma Frost était typiquement le genre de personnage dont la façon de parler hurlait “GILLEN !” ?

Spider-Woman: Origin

Le dernière version des origines de Jessica Drew. Pendant un bon moment j’avais hésité entre acquérir ce récit, scénarisé par Brian Wood et Brian Reed et dessiné par les frères Luna, ou bien Agent of S.W.O.R.D. du même Bendis mais dessiné par Alex Maleev. Comme les dessins du second étaient beaucoup plus jolis, j’avais choisi celui-ci. Avais-je fait le bon choix ?

Aujourd’hui je peux dire que oui. Origin revient sur l’enfance de Jessica, la raison pour laquelle elle a obtenu des pouvoirs, ses débuts à l’HYDRA et finalement son entrée au S.H.I.E.L.D. Sauf que le récit se focalise beaucoup sur les autres acteurs de sa vie : ses parents notamment, mais aussi ceux qui l’ont manipulée par la suite, donc rien qui ne nous dise véritablement qui est Jessica Drew à l’intérieur. On apprend aussi d’où viennent précisément ses pouvoirs, mais ce n’est pas le plus intéressant (surtout qu’entre projeter des rafales électriques, planer/voler, émettre une phéromone qui suscite confort ou malaise et adhérer aux murs, rien ne semble aller vraiment ensemble et seul le dernier pouvoir à une connotation très “spider”). En effet, tous ces éléments ne sont que des faits, mais s’ils ne sont pas interprétés, ils ne nous disent rien sur ce qui caractérise l’héroïne.

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Le très introspectif Agent of S.W.O.R.D. nous en apprenait en effet beaucoup plus sur la façon dont elle se voit elle-même, la double-page résumant son passé en utilisant notamment des extraits d’Origin étant largement suffisante pour savoir d’où elle venait. Ce qui définit le plus le personnage à l’heure actuelle, c’est plutôt le fait d’avoir été mêlée à son insu à des ennemis de grande envergure, ce qui la laisse penser que les autres héros ne lui font pas vraiment confiance. Et qu’elle même n’a pas confiance en ses possibilités ainsi qu’en sa capacité à établir des relations saines et durables. Et quand en plus on peut émettre une phéromone qui fait que les autres nous aiment sans se rendre compte qu’ils sont manipulés, il y a vraiment de quoi penser qu’on n’est soi-même qu’une vaste imposture.

Bref, plutôt que ces origines, je recommande plutôt l’autre mini de Bendis et Maleev, ainsi que le travail de Kelly Sue DeConnick sur le personnage dans Avengers Assemble, en espérant que la prochaine équipe créative sur le personnage (Dennis Hopeless et Greg Land) saura voir les doutes qui se cachent sous les blagues et le costume moulant.

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