Les séries dérivées de Spider-Verse, et Shaft

Allez, on décroche un peu de Dragon Age: Inquisition, et on parle des sorties comics (plus ou moins) récentes, avec un thème en S cette semaine apparemment. Saurez-vous deviner quel est l’intrus ?

J’en profite pour signaler que j’utilise de plus en plus mon Twitter pour donner des liens vers des interventions intéressantes ici et là sur des comics (en plus de prévenir des mises à jour du blog comme c’est le cas depuis le début), donc n’hésitez pas à y faire un tour si vous êtes aussi là-bas 🙂

  • Spider-Woman #3 et #4
  • Silk #1
  • Spider-Gwen #1
  • Shaft #1 et #2

Spider-Woman #3 et #4

Et voilà, Spider-Verse s’est achevé, avec une conclusion un peu décevante. En effet, celle-ci se résume finalement à une prophétie dont il aura fallu empêcher l’accomplissement, des vilains mis en déroute (mais pas trop, pour qu’il puissent resservir par la suite) et quelques nouveaux départs pour certains des héros. Une fin un peu bateau pour un event bourré de fantaisie jusqu’ici, avec des Spider-people parfois complètement improbables, dans des team-up et des dimensions qui l’étaient sont tout autant.

Et parmi tous ces personnages, Spider-Woman, qui… n’a pas vraiment de lien avec le célèbre Peter Parker. Créée à la base pour éviter qu’une autre maison que Marvel ne dépose de copyright sur ce nom et surfe sur le succès de Spider-Man sans leur accord, elle ne partage à peu de choses près que son nom de code avec le Tisseur. Et pourtant, son histoire aura été plutôt intéressante durant cet event. Dans l’intrigue principale, son rôle dans le grand tout fut un peu téléphoné, mais la confrontation avec son alter ego d’une autre dimension se révéla plutôt riche d’enseignements. Petit flash-back : durant Secret Invasion, la reine Skrull Veranke (à la tête de l’invasion secrète en question) avait utilisé son identité pour infiltrer les Avengers. Comme en plus Jessica Drew travaillait à l’origine pour l’Hydra, elle n’avait jamais vraiment inspiré la confiance et, même si elle fut une victime de cette invasion au même titre que les autres héros “remplacés”, son visage resta un moment associé à celui de l’ennemie en chef. Ici, Dennis Hopeless utilise intelligemment le principe des dimensions parallèles pour rester sur ce thème de l’identité et confronter Jessica à une adversaire qui restera toujours redoutable : elle-même. Son double dimensionnel est en effet a priori méprisable, profondément individualiste là où Jessica s’engage tous les jours pour les Avengers, et ici dans une guerre qui ne la concerne même pas directement. Sauf que… l’inversion marche dans les deux sens, et cette autre elle réussit également là où Jessica échoue, ce qui laisse entrevoir à cette dernière la possibilité d’une autre vie. Et là bam ! Changement De Statu Quo™ (et de costume, et de dessinateur).

Bref, si jusqu’ici la série aura surtout marqué par son humour, entre le ton blasé de Spider-Gwen, l’enthousiasme de Silk ou le cynisme de Jessica, elle aura aussi révélé une finesse inattendue. Le fun et l’action restent ses deux valeurs les plus fortes, mais en creusant un peu on réalise que le scénariste a bien cerné le personnage et est tout à fait capable d’y ajouter également de la profondeur, de mettre son héroïne face à des défis sur mesure qui ne donnent pas l’impression d’une Avenger de seconde catégorie. Voilà qui ne présage que du bon pour la suite.

Silk #1

Avant de lire Spider-Verse, j’étais très en retard dans les aventures de Spider-Man (je le suis encore, en fait). Bref, je ne sais pas grand-chose sur Cindy Moon alias Silk, si ce n’est qu’elle fut introduite à l’occasion d’Original Sin et présentée comme une jeune femme ayant elle aussi été mordue par l’araignée radioactive qui a donné ses pouvoirs à Peter Parker. Et que, depuis, elle a passé sa vie dans un bunker, coupée du monde pour éviter que les Inheritors ne la retrouve (le sujet même de Spider-Verse).

Ce qui tombe bien, c’est que sa série dédiée ne nous demande pas de connaître quoi que ce soit non plus. L’essentiel est rappelé dans un récapitulatif en première page, puis on suit Cindy dans ses efforts pour se renouer les fils de sa vie dans un monde où elle a plus d’un train de retard. Ce qui saute aux yeux dans ce premier chapitre, c’est que si on lit les autres récents titres du même style chez DC ou Marvel (Batgirl ou Ms. Marvel notamment), on n’est pas du tout dépaysé. Même genre d’humour, même façon d’aborder – ne serait-ce qu’en passant – des thèmes très actuels, même narration très introspective… En parlant de cette dernière, ça fait plaisir de découvrir une jeune femme un peu plus intéressante et posée que la débutante hyperactive qui agaçait tant Spider-Woman au début de sa série à elle.

Après vingt pages, la seule chose dont manque peut-être Silk, c’est une identité plus marquée. Batgirl se la joue à fond “hipster, réseaux sociaux, viens donc prendre un selfie”, Spider-Woman reste fidèle à sa façon de déguiser son manque de confiance en elle par une auto-dérision assez appuyée, Ms. Marvel se démarque par sa religion musulmane et son propos sur sa génération, Gotham Academy nage dans le gothique torturé adolescent, tandis que Silk propose “seulement” une quête personnelle pour retrouver sa famille, à laquelle s’ajoute un certain mystère lié au bunker dont elle est récemment sortie.

Visuellement, Stacey Lee possède un trait tout en courbes, et est particulièrement douée pour croquer des personnages jeunes et/ou féminins (= mignons). Ses personnages plus vieux ou plus masculins sont moins convaincants, mais elle est aussi à l’aise pour dessiner des scènes d’actions que des moments plus intimes et c’est l’essentiel étant donné l’histoire et le contexte. Quant aux couleurs de Ian Herring, qui officie déjà sur les aventures de Kamala Khan, elles sont comme d’habitude impeccables et servent parfaitement la narration : on reconnaît d’un coup d’oeil les flashbacks grâce à leurs tons désaturés, et l’alternance entre une lumière usuelle, un coucher de soleil et un appartement dans la pénombre nous fait ressentir l’air de rien que la journée s’écoule (et ces magnifiques couleurs chaudes quand le soleil se couche <3).

Bref, ce premier chapitre n’a pas l’impact d’un Ms. Marvel #1 ou d’un Batgirl #35 qui définissaient très clairement un ton précis, mais il reste quand même très agréable. Je l’avais lu juste par curiosité, je pense à présent continuer au moins quelque temps.

Spider-Gwen #1

Euuuuuuuuh… Hmm. Reprenons. Cette Gwen Stacy d’une autre dimension est apparue à l’occasion d’Edge of Spider-Verse #2, a connu un succès instantané dès la révélation de son costume, et surtout, cela s’est également traduit en terme de ventes : ce chapitre en est à son cinquième tirage, et on parle de 200 000 commandes du premier chapitre. Sauf que ce n’est pas vraiment un premier chapitre. EoSV #2 est le vrai #1, et celui-ci prend la suite (Gwen a juste participé à Spider-Verse entre-temps). Mieux vaut d’ailleurs l’avoir en tête en lisant le début de cette nouvelle ongoing, car la simple page de rappel en tête de chapitre ne sera peut-être pas suffisante pour se rappeler du rôle du Rhino dans cette affaire par exemple (moi depuis le temps, j’avais zappé :P). Etant donné que le concept n’était pas prévu au départ pour devenir une série à part entière, l’équipe créative a sans doute eu quelques difficultés supplémentaires à enchaîner sur EoSV qui n’a pas été pensé comme un premier chapitre, mais malgré ces circonstances atténuantes, l’exécution laisse un peu à désirer.

Ce qui m’a le plus dérangé, c’est que l’histoire semble tenir pas mal d’éléments comme acquis. Plusieurs personnages font leur apparition sans que leur rôle ou leurs motivations ne soient bien claires : si vous reconnaissez leur identité civile, alors vous aurez quelques indices, mais sinon débrouillez-vous et/ou attendez la suite. Gwen n’y échappe d’ailleurs pas : en évitant globalement une narration à la première personne, les créateurs se démarquent de la tendance actuelle, mais avec une Gwen relativement spectatrice/absente des événements, on ne sait pas vraiment qui elle est. La Mary Jane de cette dimension est quant à elle particulièrement insupportable, sans qu’on sache pour le moment si c’est une version inversée par rapport à la sympathique MJ qu’on connaît ou si ce n’est tout simplement pas fait exprès. En tout cas le segment sur son groupe de musique, qui était LA bonne idée d’EoSV #2, devient juste pénible à lire.

Graphiquement par contre, le titre reste fidèle à ce qu’on connaissait déjà, c’est-à-dire une identité visuelle à mille lieues du girly ou du mignon, comme du style classique des comics de super-héros (même si cette expression a de moins en moins de sens), le trait unique de Robbi Rodriguez étant réhaussé par la palette de couleurs audacieuse que choisit Rico Renzi (ce n’est pas tous les jours que vous verrez du fluo dans vos comics).

Après être autant tombé de haut, la principale raison pour laquelle je me pencherai sur le #2 est sans doute un des thèmes brièvement abordé dans ce chapitre :

Ooooh, un mec (blanc) qui pense que tout lui est dû, qui ne remarque pas les… mmh, privilèges ? dans lesquels il baigne et qui se dresse immédiatement contre ce qui remet en question son ego, ça ne me rappelle absolument pas tout un tas de polémiques récentes 😛 Je suis curieux de savoir si l’équipe va continuer sur ce thème et comment.

Shaft #1 et #2

Point Minorités™ : vous n’êtes sans doute pas passés à côté des dernières annonces de DC en ce qui concerne leurs titre post-Convergence. Dans tous les titres annoncés, en plus de Black Canary dessinée par Annie Wu (me suis-je enfin remis de cette nouvelle ? je ne sais pas), on note Cyborg par David F. Walker et la méga-star Ivan Reis ainsi que Midnighter par Steve Orlando et ACO. Deux scénaristes pas forcément très connus, mais une petite recherche nous fait découvrir que DC a confié des titres solo de personnages noir et LGBT respectivement à des scénaristes qui le sont tout autant. Il ne m’en fallait pas plus pour aller découvrir leurs précédents travaux.

Petite déception concernant Undertow #1, de Steve Orlando et Artyom Trakhanov : malgré le pitch de départ intéressant, le style graphique sympathique et les jolies couleurs, j’ai eu plusieurs fois du mal à comprendre ce qu’il se passait. Le plus souvent, les personnages étaient difficiles à différencier les uns des autres, il y eut aussi des cases que j’ai eu beau scruter sans comprendre ce qui était représenté, et parfois l’histoire n’était tout simplement pas claire. Bref, on passe et on se donne rendez-vous pour Midnighter #1.

Ce fut l’inverse avec les premiers chapitres de Shaft, publiés chez Dynamite. Il s’agit d’un éditeur que j’aimerais découvrir (comme un peu TOUS les éditeurs qui ne sont pas Marvel et DC en fait), cependant ils donnent beaucoup dans l’adaptation de licences existantes (et qui ne m’attirent pas), les couvertures sont parfois jolies (comme celles de l’excellente Jenny Frison sur Red Sonja) mais à l’intérieur ça devient souvent banal graphiquement, et puis surtout, avez-vous entendu parler de titres de chez eux à se procurer absolument ? Non hein ? A part le récent passage de Gail Simone sur Red Sonja ainsi que Flash Gordon par Jeff Parker, Evan Shaner et Jordie ‘je colorise TOUS les comics’ Bellaire, leurs titres ont l’air de sortir dans une certaine indifférence critique.

Tout ça pour dire que ce qui marque au premier abord avec Shaft, c’est que c’est joli. Que ce soit le trait de la dessinatrice Bilquis Evely ou les couleurs de Daniela Miwa, le résultat est vraiment beau, les personnages expressifs et facilement reconnaissables malgré des styles et des coupes de cheveux parfois similaires (l’inverse d’un manga, quoi :P), ce qui invite à se plonger dans l’histoire de John Shaft, après qu’il est revenu de la guerre du Vietnam et qu’il essaie de retrouver sa place dans le monde. Je ne connaissais le personnage que de nom, n’ayant jamais vu les films sur lui ni les romans dont il sont l’adaptation, mais l’approche très introspective de David Walker permet de rapidement comprendre qui est le héros, quel est son passé, comment celui-ci l’a façonné pour enfin devenir le détective privé que tout le monde connait (enfin tout le monde sauf le moi d’il y a quelques jours, visiblement). C’est tellement efficace que ça m’a donné envie de lire la suite, alors que j’ai a priori lu assez de Frank Miller pour avoir eu ma dose de boxeurs à qui on demande de se coucher, de ruelles sordides, de réchappés de la guerre et de membres de la pègre qui se la racontent. Gageons que l’auteur saura susciter le même intérêt pour Cyborg, personnage qui ne m’a jamais intéressé jusqu’ici. Mais comme il a également écrit Becoming Black: Personal Ramblings on Racial Identification, Racism, and Popular Culture, je ne me fais pas trop de soucis sur sa capacité à emmener le personnage là où les quadras/quinquas blancs hétérosexuels habituels le peuvent beaucoup moins facilement.

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