Les comics numériques sur iTunes Store et Google Play

Daredevil 2 (2001)

Dans un précédent article sur les comics numériques, je m’étais focalisé sur l’offre de Comixology. Comme ce n’est pas la seule plateforme à proposer de la bande dessinée en pixels, attaquons-nous à présent aux autres, en commençant par celles d’Apple et de Google. Je ne reviendrai pas sur les avantages et inconvénients du numérique en général, juste sur les points forts et les (nombreux) points faibles de ces plateformes. J’ai effectué mes tests avec le 2e TPB de Daredevil (2011), scénarisé par Mark Waid et dessiné par quatre artistes.

Point positif

Le prix

Après quelques rapides recherches, je tombe sur des prix très intéressants. Mon TPB papier de Daredevil indique un prix de 15,99 $, je l’avais donc acheté 16 € en boutique en France il y a plusieurs mois. Il est vendu 5,49 € sur l’iTunes Store français (mais 10,99 $ sur la boutique US) et 8,26 € sur le Play Store (au lieu de 8,69 €). Sur Comixology.fr, le même TPB est en vente pour 9,99 €, contre 10,99 $ sur Comixology.com.

Une rapide recherche sur d’autres ouvrages me confirme que les prix sont globalement très intéressants.

Points négatifs

Les limitations de plateforme

Restrictions de lecture sur le Play Store et l'iTunes Store

Si j’achète un comic book sur l’iTunes Store, je ne peux le lire que via l’application iBooks sur un appareil Apple. Je suis également limité à 5 appareils sur lesquels lire mes achats.

Du côté de Google c’est un peu mieux, étant donné que leur application Google Play Livres est disponible sur iOS et Android, et qu’ils permettent également la lecture via navigateur. Il est en plus possible de télécharger un titre sous DRM au format ACSM (Adobe Content Server Management) afin de le transférer sur une liseuse via le logiciel Adobe Digital Editions. Bien sûr, le Kindle n’est pas compatible (Google et Amazon ne s’apprécient pas vraiment), mais les autres liseuses le sont. Je n’ai pas testé avec un titre DRM-free (Saga par exemple), mais il est probable que dans ce cas, on ait un simple PDF.

La recherche dans la boutique

Résultats de la recherche dans le Play Store

Disons-le simplement, c’est le bordel. Là où Comixology indique la liste des différents créateurs et replace ce tome 2 dans l’ensemble de la série, le Play Store me dit juste que ce tome de « Dardevil » a été écrit par Mark Waid, me donne un petit résumé et me propose des articles similaires ou des ouvrages du même auteur. Chez iTunes c’est à peine mieux : en plus de ces informations, je peux savoir quels sont les chapitres rassemblés dans ce TPB, et celui-ci est rangé dans les « romans graphiques » alors que le Play Store le met dans les livres en général.

Dans les deux cas, on se rend compte que le système est conçu pour des romans qui n’ont a priori qu’un seul auteur et ne s’insèrent pas dans une série. Mais rien n’a été fait pour l’adapter aux comics, et à l’heure où les artistes, coloristes etc. se battent pour la reconnaissance de la notion d’EQUIPE créative, c’est dommage de voir que leur nom est souvent oublié (parfois, l’artiste est cependant mentionné… PARFOIS).

De plus, on retrouve pêle-mêle de la VO et de la VF, souvent des TPB mais parfois aussi des singles issues… On a vraiment intérêt à savoir ce qu’on cherche car ce n’est pas la boutique qui va nous aiguiller correctement, or chacun sait à quel point l’univers des comics peut sembler confus pour de nouveaux lecteurs.

A noter que si la page de l’iTunes Store ne donne pas accès directement à un extrait de l’ouvrage, il faut le télécharger, ce qui n’est absolument pas pratique (depuis quand faut-il télécharger une preview ?!). Dans les deux boutiques, cet extrait est cependant assez conséquent : on a souvent bien plus que les 3 pages habituelles.

La lecture

N’ayant qu’un ordinateur portable Mac, c’est sur celui-ci que j’ai fait mes tests avec iBook. On est obligé d’afficher deux pages à la fois, ce qui est dommage sachant que n’afficher qu’une seule page EST un avantage par rapport au papier, dans ces moments où la page droite « micro-spoile » la page de gauche. Il est également impossible d’augmenter le zoom. Si même en plein écran j’ai du mal à lire les textes les plus petits, tant pis pour moi. Il est possible de mettre des signets à certaines pages, et la table des matières permet d’aller rapidement d’un chapitre à l’autre. La recherche textuelle ne fonctionne pas.

La recherche textuelle du Play Livres n'est clairement pas adaptée aux bandes dessinées

Avec Play Livres, j’ai pu tester la lecture sur smartphone Android et via navigateur. Sur smartphone, la lecture est possible en choisissant de n’afficher qu’une page ou deux à la fois, mais la lecture case par case n’est pas possible (il faut donc zoomer pour lire confortablement : la lecture n’est vraiment pas prévue pour un écran aussi petit que celui d’un smartphone). Si je change d’appareil pour consulter le même livre, on me propose de reprendre ma lecture là où je m’étais arrêté, ce qui est toujours agréable. Le lecteur via navigateur permet le zoom avant, contrairement à iBooks. On découvre aussi l’existence d’un système de reconnaissance de texte, qui permet de surligner des passages pour y attacher des annotations ou les traduire, mais il a l’air un peu à la peine, tout comme la recherche textuelle qui ne fonctionne que de temps en temps. C’est particulièrement dommage car pouvoir consulter la définition d’un mot ou d’une expression serait un ENORME plus lors de la lecture de comics en VO. Enfin, une table des matières est également disponible, mais elle est un peu plus cryptique que celle de la version iBook.

Là encore, on se rend compte que le système est sans doute bien adapté aux livres qui ne proposent que du texte, mais que plusieurs fonctionnalités deviennent indisponibles ou défectueuses dès qu’on passe à une bande dessinée.

On remarque enfin que le contenu de la version numérique de ce TPB n’est pas le même que celui de la version papier : on dirait plus un assemblage de single issues avec des illustrations interstitielles bas de gamme pour que les doubles pages tombent comme il faut, et il manque la galerie de couvertures alternatives de la version papier.

L’étendue de l’offre

Sur Comixology, les nouveautés sont disponibles le même jour que les versions papier en magasin. Sur l’iTunes Store et le Play Store, c’est beaucoup plus variable (le 2e TPB de la dernière version de Ms. Marvel est disponible chez Google, mais pas chez Apple par exemple). Et aucun des deux ne propose le 1er TPB d’All-new X-Factor, alors que le 2e est dispo chez les deux et que le Play Store propose aussi le 3e (mais pas l’iTunes Store). Certains éditeurs sont même complètement absents : pas de trace de Valiant en VO sur l’iTunes Store par exemple (alors que la VF de Panini est présente).

Un des points forts de Comixology, c’est aussi son Submit, c’est-à-dire la possibilité pour des petits créateurs indépendants de proposer leurs titres sur la plateforme, et de bénéficier ainsi d’une certaine exposition. Bien pratique quand on veut lire autre chose que Batman ou Spider-Man sans devoir écumer le web, ou bénéficier de la lecture guidée au lieu de se contenter d’un PDF. Inutile d’espérer retrouver ces titres chez Google ou Apple.

De manière générale, il y a peu de single issues, et l’offre est plutôt comparable à celle d’un supermarché : uniquement certains volumes reliés pas très bien rangés, avec des trous incompréhensibles dans certaines collections.

Conclusion

Malgré des prix en € très attirants, il devient rapidement évident que les comics ont été intégrés de façon très imparfaite à des plateformes de vente de livres. C’est dommage car traduire un mot pendant la lecture sans avoir à le taper dans Google serait particulièrement pratique.

Comixology reste beaucoup mieux conçu et bien plus complet, que ce soit pour les lecteurs chevronnés qui savent exactement ce qu’ils veulent quand arrive le mercredi, ou pour les plus débutants qui ont besoin d’être guidés dans les multiples collections.

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