[Review] Earth 2 (New 52)

Batman, Superman et Wonder Woman sont morts. Bon, pas dans l’univers d’origine je vous rassure, seulement sur la Terre-2. Mais qu’est-ce que la Terre-2 ? Pour le comprendre, il faut remonter au début des comics.

A la fin de la seconde guerre mondiale, l’intérêt du public pour les super-héros était allé en s’amenuisant, ce qui conduisit à l’arrêt de beaucoup de leurs titres : on parle de la fin de l’âge d’or des comics. Après une période de transition, on assista au début d’une nouvelle ère, l’âge d’argent, où DC Comics donna notamment de nouvelles identités à certains de ses héros. Hal Jordan succéda à Alan Scott dans le rôle de Green Lantern, Ray Palmer devint le nouvel Atom à la place d’Al Pratt, Barry Allen fut le second Flash après Jay Garrick et ainsi de suite.

Quelques années plus tard, les deux Flash se rencontrent dans l’histoire Flash of two worlds (inclus dans l’Anthologie DC Comics parue chez Urban) qui introduisit l’explication officielle à la disparition des héros de l’âge d’or. Ceux-ci avaient exercé dans un monde parallèle, sur une autre Terre qu’on appela Terre-2, tandis que les héros de l’âge d’argent faisaient régner la justice sur Terre-1. Suite à plusieurs crisis et autres reboots, cette terre parallèle disparut, réapparut modifiée etc. Les New 52 nous offrent une Terre-2 toute nouvelle, dont Earth 2 nous relate les événements.

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Grâce à l’intelligence de Batman et au soutien de Superman et Wonder Woman, la célèbre Trinité a réussi à mettre un terme à la guerre contre les troupes de Darkseid, au sacrifice de leur vie malheureusement. 5 ans plus tard, de nouvelles forces menacent la Terre, et de tous nouveaux héros apparaissent pour lui faire face.

Ce que j’aime beaucoup dans les mondes parallèles, c’est la possibilité qu’ils offrent de jouer avec les éléments-clés de l’univers de base. Ce petit jeu de piste qui consiste à relever les différences, les autres interprétations des grands moments etc. est assez stimulant quand on connaît bien l’univers de base ou qu’on aime jouer au petit archiviste.

Ainsi, Alan Scott devient Green Lantern suite à un accident ferroviaire dont il est le seul survivant, comme à l’âge d’or. Cependant, la lanterne est son symbole, pas la source de son pouvoir, qui est lui un amalgame entre celui des green lanterns et de Swamp Thing, la créature des marais. Cela fait de lui le champion de la Sève (The Green) ce qui comme chez la Terre d’à côté l’oppose à la Nécrose (The Grey). Enfin, l’avatar terrestre de cette force de destruction n’est autre que Solomon Grundy, un des premiers grands ennemis d’Alan Scott à l’âge d’or : la boucle est bouclée. Earth 2 commence donc de façon très réjouissante, mélangeant la reprise tel quel du matériau de base et sa réinterprétation originale.

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La dessinatrice Nicola Scott dessine un magnifique Doctor Fate.

Malheureusement, le bonheur est de courte durée. On pourrait dire que le run de James Robinson sur Earth 2 est à la fois l’opposé de Marie-Antoinette et de la saison 2 de Young Avengers. Là où Stefan Zweig mettait la psychologie de ses protagonistes au centre de l’histoire, James Robinson passe lui complètement à côté. Les personnages nous parlent de leurs pouvoirs, de leurs objectifs, de leur passé… sans qu’on ne sache qui ils sont, ce qui les caractérise en tant qu’humains. Sous les masques réinventés, des coquilles vides.

La confrontation entre Alan Scott et la Nécrose est à ce titre extrêmement pauvre. Cette dernière décide de mettre un terme à la Vie… parce que. Voilà, c’est tout. Ça aurait pu être parce que les humains ont fait n’importe quoi de leur planète, ça aurait pu être un ennemi venu d’ailleurs pour envahir la Terre, mais non, la Nécrose souhaite tout faire pourrir pour tout faire renaître, juste comme ça, façon Orangina rouge.

Et comme si la fadeur de ses personnages n’était pas suffisante pour nous menace de nous faire lâcher la lecture, James Robinson nous assomme régulièrement de gros pavés explicatifs. Là où une bonne équipe créative créera une synergie entre l’image et le texte pour raconter une histoire, lui se spécialise dans la profusion de bulles, tandis que les dessinateurs n’ont plus qu’à illustrer vaguement ce qu’il se passe.

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Je prends une aspirine et je reviens.

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Nombre de pages utilisées pour nous raconter les origines et les capacités de Captain Steel : 3. Utilité du personnage jusqu’à présent : 0.

Coup de théâtre en mai 2013 quand l’auteur annonce qu’il quitte la série ainsi que DC Comics après le chapitre 16. Tom Taylor le remplace au pied levé, et en un chapitre la différence est tout simplement impressionnante. Fini les pages ultra-bavardes, scénariste et dessinateurs travaillent à présent main dans la main pour nous raconter l’histoire. Celle-ci s’attache (temporairement ?) à d’autres personnages auquel elle insuffle rapidement pas mal de charisme et, surtout, une bien meilleure caractérisation. La version Earth 2 de la famille Wayne est d’ailleurs très intéressante, tant elle s’éloigne de l’idéal de vertu qu’elle représente pour notre Batman. Enfin, si l’action est assez bourrine, elle a le mérite d’être efficace. Seule ombre au tableau : comme le focus change, certaines intrigues secondaires sont laissées en suspens pour une durée indéterminée. D’un côté on a envie de trouver ça regrettable, d’un autre elles étaient tellement peu intéressantes qu’il est difficile d’être sincèrement déçu. Espérons cependant que l’auteur n’oubliera pas complètement les premiers personnages.

Avant de se quitter, n’oublions pas notre Point Minorités™. A sa sortie, cette série a également fait parler d’elle car son Green Lantern était gay ! Comme les New 52 effaçaient de la continuité Obsidian, le fils gay d’Alan Scott, James Robinson a proposé que son père le soit dans les New 52 (à l’origine, son anneau de Green Lantern est d’ailleurs la bague avec laquelle il venait de demander son petit ami en mariage). Assez rapidement, on n’en a cependant plus vraiment entendu parler, sans doute pour deux raisons principales. Premièrement, il s’agissait d’un personnage cantonné à un univers parallèle dans une seule série ; deuxièmement, son petit ami meurt dès la fin du chapitre où il est introduit. Mais alors, qu’en est-il vraiment ?

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Eh bien le résultat est mitigé. D’un côté, on apprend que l’explosion du train juste après laquelle Alan Scott reçut ses pouvoirs visait vraisemblablement Sam, son petit ami ; celui-ci reste donc au cœur d’une des intrigues secondaires. D’un autre, utiliser la mort de son partenaire pour motiver le héros est un cliché usé jusqu’à la corde (ceci dit, d’habitude c’est la petite amie du héros qui y passe, là c’est le petit ami : l’homosexualité des personnages devient un fait tellement banal qu’elle est même utilisé dans les ressorts narratifs les plus éculés ! j’aurais presque envie de parler de pas en avant). Mais comme James Robinson n’a pas vraiment creusé la psychologie de ses personnages, qu’il a quitté le titre précipitamment et que Tom Taylor met actuellement d’autres héros sur le devant de la scène, on ne sait pas trop ce qu’il faut espérer quant à cette intrigue.

Par contre on notera que l’équipe de héros actuelle est beaucoup plus mixte, en incluant beaucoup plus de femmes et de personnages de divers horizons. ET qu’en plus, ils sont intéressants (oui parce qu’en tant que lecteur, on veut avant tout des personnages qui donnent envie de les suivre – représenter des minorités via des personnages fades à souhait n’apporte pas grand-chose à qui que ce soit…). Et on peut toujours compter sur Nicola Scott pour nous rappeler que les hommes aussi ont leurs formes moulées dans le spandex !

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Earth 2 en est actuellement rendu à son chapitre #21 en VO, et on peut y ajouter 2 annuals ainsi qu’un chapitre du Villains month dédié à Solomon Grundy (un autre parle de Desaad, qui n’intervient pas dans la série). Côté volumes reliés, le 3e recueil est prévu pour avril. En VF, la série paraît dans le magazine Green Lantern Saga.

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