Relaunch, reboot… Est-ce qu’on s’y retrouve ?

Howard the duck, le relaunch

Depuis quelque temps, Marvel relaunche de plus en plus souvent ses comics, et DC a annoncé il y a quelques jours que la quasi-totalité de leurs titres allaient repartir au #1 à partir de juin. Qu’est-ce qu’un relaunch exactement ? Qu’est-ce qu’un reboot, terme qui est parfois utilisé comme si les deux étaient interchangeables ? (Alors qu’en fait PAS DU TOUT ! *nerd rage*) Explication.

Le relaunch

The Amazing Spider-Man #700

Si je n’ai pas lu les SIX CENT QUATRE-VINGT-DIX-NEUF chapitres précédents, j’ai une chance de comprendre ou comment ça se passe ?

Débuter dans les comics de super-héros semble parfois très difficile. Entre les séries qui portent presque le même nom (X-Men, Uncanny X-Men, Astonishing X-men, Amazing X-MenNew X-Men, All-New X-men, Extraordinary X-men…) et les sagas au très long cours (comme The Amazing Spider-Man qui est allé jusqu’au chapitre #700), ce n’est pas franchement évident de s’y retrouver quand on commence.

Comme un tout nouveau public s’intéresse aux super-héros grâce à de nombreuses adaptations qui cartonnent, les éditeurs de comics tentent de plus en plus de fournir des portes d’entrées, des points d’accès facilement identifiables.

Une de ces techniques est le relaunch, qui consiste à faire repartir une série au chapitre #1. L’histoire commencée auparavant se poursuit, mais elle a atteint un stade où de nouveaux lecteurs peuvent prendre le train en marche : le #1 sur la couverture est comme un gros panneau disant « vous pouvez commencer ici ! » En d’autres termes, le chapitre #1 d’un relaunch est comme le premier épisode d’une nouvelle saison de série TV… sauf qu’on ne vous précise pas le numéro de la saison.

Est-ce qu’on s’y retrouve ?

Pour certaines séries, c’est très facile : Ms. Marvel et Squirrel Girl ont vu leurs séries être relaunchées récemment, et leur nouvelle situation évoque vraiment une nouvelle saison : alors qu’auparavant elles opéraient en solo, elles font à présent chacune partie d’une équipe d’Avengers, ce qui perturbe plus ou moins leur vie.

Pour d’autres, c’est moins évident : la série Uncanny X-Men a par exemple été relaunchée une énième fois récemment, mais l’équipe de X-Men qui la compose n’a plus rien à voir avec celle de la version précédente. Qui elle-même était déjà bien différente de la version d’avant. Comme les lecteurs ont plus de chances d’acheter un titre qui leur est familier, Marvel utilise juste la notoriété du titre « Uncanny X-Men » pour raconter une histoire qui parle toujours de mutants mais n’a parfois qu’un vague lien avec la série d’origine.

A propos de Marvel, en ce moment l’éditeur abuse complètement des relaunches et relance ses séries au #1 de plus en plus rapidement. Certaines en ont connu un alors qu’elles n’avaient que… 5 chapitres au compteur (vous êtes perdus après 5 chapitres et vous avez absolument besoin d’un nouveau point d’entrée ? non hein).

Squirrel Girl #1

« C’est seulement notre deuxième #1 cette année ! » ou comment les auteurs de Squirrel Girl se moquent du relaunch du catalogue Marvel lorsqu’il touche des séries qui viennent de commencer.

L’opération n’est cependant pas anodine, car un chapitre #1 bénéficie toujours de meilleures ventes que les suivants :

  • certains lecteurs ont acheté le #1 pour tester mais n’ont pas accroché à la série ;
  • les #1 bénéficient souvent de nombreuses couvertures alternatives, qui boostent les ventes ;
  • un #1 est collector et peut bien se revendre, surtout si la série dure pendant longtemps… ce qui est de moins en moins le cas avec les relaunches de plus en plus courants, donc c’est un peu le serpent qui se mord la queue.

Mais les estimations de vente pour Marvel montrent que beaucoup de séries relaunchées très rapidement reviennent vite à leurs chiffres de vente précédents. Le fait de repartir au #1 pour proposer littéralement la suite de la même histoire n’a donc qu’une incidence mineure sur les ventes, en plus de provoquer :

  • la confusion chez les nouveaux lecteurs : « pourquoi ça repart déjà au #1 ? » « mais alors ce qu’il s’est passé avant, ça compte toujours ou pas ? » (oui)
  • le départ de certains autres : un nouveau #1 est autant un point d’entrée qu’une porte de sortie, surtout quand Marvel augmente la pagination de ses #1 et donc leur prix.

Pour reprendre l’exemple de Squirrel Girl et Ms. Marvel, on note cependant que la numérotation des tomes n’a pas été affectée : les premiers chapitres de leur relaunch seront dans les tomes 3 et 5 respectivement. Mais les tomes de Spider-Woman, qui avait moins de chapitres au compteur que Ms. Marvel, repartent au #1 avec le relaunch. Comme les deux premières séries se vendent très bien en tomes, on peut penser que Marvel n’a pas souhaité embrouiller les lecteurs qui suivent ces séries par ce biais, mais on a aussi l’impression que l’éditeur tâtonne, et essaie de trouver le meilleur moyen que ce soit clair et facile d’accès pour tout le monde, sans vraiment y arriver.

Le reboot

Contrairement au relaunch qui dit : « il s’est passé des trucs avant, mais vous pouvez prendre le train en marche ICI », le reboot est une manœuvre radicale qui fait table rase du passé : « ce qui s’est passé avant ne compte plus, tout recommence MAINTENANT ». Tout repart aussi au #1 forcément (avec les avantages cités ci-dessus en terme de ventes), mais il s’agit vraiment d’un nouveau départ.

Summer of Valiant 2012

Le nouveau départ de l’éditeur Valiant, à l’été 2012.

C’est ce qu’a fait l’éditeur Valiant en 2012 lorsqu’il est ressorti de l’oubli après de nombreuses années, ou DC en septembre 2011 à l’occasion des New 52, qui rebootaient quasiment l’ensemble de leur ligne. Le principe est assez extrême et est donc utilisé beaucoup plus rarement que le relaunch, mais peut s’avérer efficace. Personnellement je lisais quelques comics de super-héros avant les New 52, mais souvent des histoires terminées ou des récits un peu en marge avec des jeunes héros récents (Runaways, Young Avengers), ayant du mal à m’y retrouver dans les titres en cours. Le reboot avait vraiment quelque chose de sécurisant : si rien ne s’était passé avant, ce n’était a priori pas possible d’être perdu.

Comme il rend caduque toute la continuité précédente, le reboot peut par contre agacer les lecteurs les plus anciens et donner le sentiment qu’ils se sont investis pendant des années dans des histoires qui ne comptent plus. Ou séduire sur le moment car tout est « tout nouveau tout beau » puis rendre l’engagement plus difficile par la suite car rien n’est vraiment comme avant.

DC semble d’ailleurs faire plus ou moins marche arrière à propos de son dernier reboot et utilise le principe des terres parallèles pour expliquer que ce qui s’est passé avant « compte toujours », qu’on est dans un nouvel univers mais que l’ancien pourrait venir se mélanger à l’actuel.

Mes conseils

Qu’on l’aime ou qu’on la déteste, l’énorme continuité qui accompagne les récits de super-héros est quelque chose d’unique. Certains auteurs vont adorer y faire beaucoup de références, certains lecteurs vont apprécier que leur connaissance de la continuité soit « récompensée » par un récit qui puise énormément dedans, d’autres préféreront des récits plus faciles d’accès, mais aucun n’a plus raison que l’autre.

Les éditeurs doivent tout de même attirer régulièrement de nouveaux lecteurs, mais difficile de ménager la chèvre et le chou quand des approches radicalement opposées sont toutes valables. Le principe des séries qui totalisent des centaines de chapitres semble cependant tomber en désuétude, au profit de récits plus courts qui se rapprochent de plus en plus du modèle des séries TV et de leur découpage en saisons. Mais aucun éditeur ne semble avoir trouvé LA méthode qui fonctionne.

En attendant, quelques idées pour mieux s’y retrouver :

  • Demandez conseil. Aux libraires, aux autres lecteurs sur les forums, aux amis… C’est une chose de lire des guides sur Internet, c’en est une autre de dire : « j’ai aimé ça / j’ai regardé les films, qu’est-ce que vous me conseillez pour poursuivre ? » Tout le monde a commencé un jour et a sans doute eu l’impression d’être complètement paumé·e, vous n’êtes pas seul·e.
  • Les super-héros sont partout actuellement : films, jeux vidéos, dessins animés… et les origines de Batman n’ont pas changé depuis les premiers films de Tim Burton. Il y a de fortes chances que vous ayez déjà les bases sans le savoir, par osmose culturelle.
  • A part quelques rares auteurs qui adorent multiplier les références obscures, les récits sont souvent accessibles et contiennent au moins le minimum nécessaire pour comprendre : personne n’a intérêt à ce que le nouveau lecteur potentiel soit largué et aille directement voir ailleurs. Un tome 1, un chapitre #1 seront dans 99% des cas de bonnes portes d’entrée, même s’ils correspondent à des relaunches et que le « vrai » début date d’avant. (Mais avez-vous forcément envie de lire un truc qui date de 1938 ou de 1961 ?)

4 commentaires

  1. Dans ma bibliothèque, j’ai les Action Comics #330, #400, et cela monte jusqu’à #439. Je ne pense pas revoir ça de mon vivant…

    Rétrospectivement, le reboot de DC Comics est une arnaque, peu de choses ont réellement été remises à zéro. Il y a une astuce : le reboot est censé commencer avec le premier arc de Justice League, mais lui-même se déroule 5 ans avant tous les autres #1 (hormis cas particuliers comme Demon Knights ou All-star Western). Or, 5 ans dans un univers de comics, c’est minimum 30 ans de publication (temps qu’il aura fallu à Kitty Pryde pour passer de 13 ans à 18 ans). Si cela avait été une véritable remise à zéro, il aurait fallu réintroduire tout le monde, ça aurait été ingérable. Ainsi, Batgirl #1 commence alors que Barbara Gordon vient d’abandonner son identité d’Oracle (donc Killing Joke est toujours canon), Bane continue de se vanter d’avoir briser la colonne de Batman (donc Knightfall est toujours canon),… et la numérotation de Batwoman a continué comme si de rien n’était, alors qu’elle appartient au même univers. Non, cela peut donner l’illusion sur OMAC ou Captain Atom, mais pour le reste, c’est de la poudre aux yeux. Quand Goerge Pérez écrit Wonder Woman après Crisis on Infinite Earths, là oui, c’est un cycle qui recommence.
    Ce qui n’empêche pas plusieurs titres du New 52 d’être excellents, même si ce ne sont pas ceux qui ont duré le plus longtemps : Dial H, All-star Western, Demon Knights, on ne vous oubliera pas. J’avais commencé pas mal de séries à leur lancement, je ne suis plus que Catwoman (et Gotham Academy débuté plus récemment). Dans le lot, au moins un relaunch intempestif qui m’a fourni une bonne occasion d’aller voir ailleurs : Suicide Squad. Dommage, le premier TPB était bien jouissif, mais ensuite…

    Multiplier les tomes #1 en espérant que cela se vende, Panini Comics fait pareil avec les manga. Quand ça marche, tant mieux, et quand ça marche pas, tant pis pour le lecteur.

    1. Là avec les débuts qui se multiplient, l’avantage qu’on a c’est que l’annulation arrive toujours à la fin d’un arc, même si c’est le premier. A partir du moment où on peut lire en VO (ce qui est plus facile avec l’anglais que le japonais), on sait qu’on peut lire toute l’histoire. Un manga VF qui est interrompu, on n’a pas tellement de solutions, à part espérer qu’il soit paru aux US ou qu’une team de scantrad l’ait terminé (coucou Aria !) 😐

      Ceci dit, pour revenir aux comics VO, en tant que lecteur, on se retrouve de plus en plus souvent à croiser les doigts dès le chapitre #1 pour que l’équipe créative ait le temps de raconter son histoire avant que le titre se casse trop la figure en terme de ventes, et ce n’est pas très agréable… Après il y a de très bonnes surprises comme Ms. Marvel ou (dans une moindre mesure niveau ventes) Squirrel Girl qui ouvrent la voie à des titres différents, mais dès que je commence un titre avec une héroïne par exemple, je ne peux pas m’empêcher de me demander « pour combien de temps ? »

      Pour ce qui est des New 52, c’est vraiment l’appauvrissement des personnages qui m’a dérangé. J’aime beaucoup Black Canary par exemple, mais même dessinée par la géniale Annie Wu, le personnage n’a tellement plus grand-chose à voire avec la version du dessin animé JLU ou ce qu’on pouvait trouver dans de précédents titres que c’est décevant : plus de mariage, plus de profonde amitié avec Barbara Gordon, de team-up avec Huntress…

      Après, les problèmes de continuité du style « mais ils sortent d’où les 3 Robin en 5 ans, là ? o.O ah en fait y en a un qui n’a jamais été Robin ? euh, OK » me dérangent un peu moins, le côté « porte d’entrée idéale » avait déjà eu cet effet rassurant qui permettait de se lancer. Bon finalement ça a surtout été une porte d’entrée vers Marvel, Image et des petits éditeurs vu la médiocrité de pas mal de titres, mais tant pis !

      The Omega Men et Midnighter, c’est franchement cool par contre 🙂 Et la série anthologique Sensation Comics feat. Wonder Woman était tellement plus fidèle au personnage que sa série New 52, même en proposant un assemblage d’interprétations variées.

      1. Récemment, j’ai bien aimé l’approche de Marvel Comics, de reprendre des personnages qui n’avaient pas/plus de séries en solo, de le confier à une nouvelle équipe créatrice, et de voir ce qui se passe. Cela a donné quelques bonnes petites surprises, comme Moon Knight par Warren Ellis puis Brian Wood, She-Hulk par Charles Soule, ou Hawkeye par Matt Fraction. Cela me convient assez bien : une proposition parfois originale, la série dure le temps qu’elle dure, et puis on passe à autre chose (même si la fin de She-Hulk reste effectivement trop brutale). J’aime beaucoup Ms Marvel, parmi les pures nouveautés de ces dernières années. En fait, je me suis vraiment remis à Marvel Comics dernièrement, après une grosse période DC Comics suite au New 52. Sauf que ce-dernier a fini par m’énerver : soit les séries qui me plaisaient se sont arrêtées, soit elles ont changé d’équipe créatrice (Wonder Woman), et je n’ai pas forcément accroché à des nouveautés pourtant attendues (une Harley Quinn faussement subversive).

        Quelque chose que j’ai noté, dernièrement, c’est que les séries avec des héroïnes sont beaucoup plus intéressantes que celles avec des héros : la plupart sont peu populaires, donc les auteurs ont plus de libertés, cela se sent. Pour ma part, et je sais que je ne suis pas le seul, je me moque du personnage tant que le comics est intéressant ; or, je trouve les titres moins formatés plus intéressants. Un signe qui ne trompe pas, c’est que Wonder Woman et Catwoman sont les seules séries du New 52 que j’ai continué à suivre avec plaisir, même si Catwoman m’énerve régulièrement avec ses numéros « crossover » dont je me contrefous puisque je ne lis pas les autres comics du Batverse…

        1. Je te rejoins tout à fait sur leur côté moins populaire : comme elles sont dans l’ensemble moins connues, il y a sans doute plus de choses à dire, on ne part pas avec le sentiment que plein d’auteurs ont déjà eu l’occasion de faire le tour pendant des décennies. Ca vaut pour les héroïnes, mais aussi pour tous les personnages un peu méconnus que Marvel a été repêcher dernièrement pour les confier à des équipes créatives qui ont proposé une identité forte.

          J’ai aussi la nette impression qu’avec des personnages féminins, les auteurs s’autorisent à aller beaucoup plus loin dans l’introspection, dans la vulnérabilité… qu’avec des personnages masculins. Ca rend souvent les premières plus fouillées, plus humaines. Dennis Hopeless et Javier Rodriguez m’ont beaucoup surpris sur Spider-Woman dernièrement, surtout à partir du moment où elle a été enceinte : on sent que tout le monde dans l’équipe a puisé dans son expérience de jeune parent et/ou a posé plein de questions à sa femme pour être sûr de livrer quelque chose d’authentique.

          Sinon, pareil : les équipes créatives sont ce qui m’intéressent le plus. Et surtout les thèmes qu’ils vont aborder à travers leur histoire, plus que l’intrigue en elle-même la plupart du temps.

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