DeadEndia, au croisement du webcomic et du dessin animé US

DeadEndia - Hamish Steele

Barney, 20 ans, vient de trouver un boulot dans un parc d’attraction. Un truc tout simple : s’occuper de l’entretien d’une maison hantée où travaille son amie Norma. Sauf que surpriiiiise, la maison en question est vraiment hantée. Page 13, le chien de Barney est brièvement possédé par un puissant seigneur démon par exemple. Les projections astrales, les voyages dans le temps et les réalités alternatives, ça vient après.

Ah et Norma a des troubles mentaux, tandis que Barney a en fait fui la maison de ses parents, où ce n’était plus possible pour lui de vivre depuis qu’il leur a appris qu’il était trans. Oui parce que sinon c’était trop facile.

A la base, cette histoire était un court-métrage présenté sur Cartoon Hangover. Comme aucune chaîne de TV ne décida d’en faire une série, son créateur Hamish Steele la transforma en un webcomic : DeadEndia. Dans son ADN, celle-ci a d’ailleurs conservé ce qui faisait la force de certains dessins animés US (Adventure Time et Steven Universe pour ne citer qu’eux).

DeadEndia - Courtney

Avec ces dessins animés, elle partage un graphisme très rond et coloré, des idées parfois complètement délirantes, mais aussi des personnages aux corps moins parfaits que d’habitude (Hamish Steele travaille également dans l’animation). Et malgré son style graphique assez enfantin, elle se permet d’aborder des thèmes assez sérieux. Enfin, comme beaucoup d’autres webcomics, DeadEndia arrive à mettre en avant des personnages plutôt marginalisés, là où les productions mainstream ont tendance à les reléguer au second plan.

Comment s’y prennent les créateurs de webcomics pour y arriver ? En publiant leurs histoires directement en ligne,  ils n’ont pas à se demander si celles-ci seront suffisamment vendeuses pour convaincre un éditeur. Et comme elles sont disponibles gratuitement, le seul vrai prix à payer pour leur lectorat est un rythme de publication assez lent, puisque beaucoup d’artistes créent ces histoires sur leur temps libre. Mais pour peu qu’ils publient régulièrement, ils peuvent petit à petit fédérer un public qui est justement client d’histoires un peu différentes, voire en faire une source de revenus grâce à Patreon ou Kickstarter.

Des héros marginalisés et authentiques

Dans DeadEndia, contrairement à pas mal de séries de super-héros, on n’a pas l’impression d’une histoire usuelle dans laquelle on a rajouté après coup des personnages ~issus de la diversité~. Ce sont eux les personnages principaux, et c’est autour d’eux que l’histoire est bâtie.

Par exemple, le trouble psychique dont souffre Norma n’est jamais explicitement nommé, mais on comprend vite que l’imprévu la terrifie : elle a plutôt besoin de la répétition. Faire visiter la même attraction en boucle à des visiteurs pourrait sembler terriblement ennuyeux à d’autres personnes, mais cela la rassure. Elle a ainsi fait un choix de carrière qui lui permet de se sentir à l’aise dans son boulot au quotidien. Après, cela ne l’empêche pas d’avoir d’autres moments d’angoisse. Quand on lui propose de venir passer une journée à la plage, l’activité fun par excellence pour son entourage, on sent son malaise. On comprend sans peine qu’elle préférerait avoir une excuse pour ne pas venir et surtout ne pas avoir à expliquer que ça la terrifie :

DeadEndia - Norma

Comment refuser une journée à la plage ? (notez comment les cases semblent se resserrer autour de Norma en bas à droite, traduisant son sentiment d’oppression)

De même, Barney n’a pas choisi de s’occuper de l’entretien d’une maison hantée par passion. Ses parents lui rendaient la vie impossible depuis qu’il leur a appris qu’il était trans, et il lui fallait trouver un boulot rapidement (ainsi qu’un endroit où dormir mais chut).

Même Logs, le responsable d’une attraction voisine avec qui il entame une relation, n’est pas que le beau gosse d’à côté. Lorsque Barney flashe sur son corps musclé, Logs – d’origine vietnamienne – lui explique qu’il n’a pas beaucoup de succès sur les apps de drague gay s’il ne met que des photos de son visage (« no blacks no asians etc. » est un refrain connu sur les apps style Grindr). Du coup il compense avec le reste de son corps, mais il aimerait que Barney voie un peu au-delà. Leur relation se poursuit malgré tout, ponctuée d’autres moments de maladresse qui la rendent d’autant plus crédible.

Et donc tout cela au milieu d’intrigues surnaturelles, avec des fantômes, des démons, un chien sorcier et une mystérieuse figure masquée qui complote dans l’ombre. C’est juste que les personnages changent un peu des héros dont on a l’habitude. Et comme Hamish Steele a bien pris soin de détailler leur personnalité voire leur parcours, on n’a jamais l’impression d’un assemblage de personnages un peu artificiel, mais qui permettrait de cocher le plus de cases possibles niveau diversité. L’ensemble sonne au contraire très authentique.

DeadEndia - Barnaby

La première rencontre entre Barney (Barnaby) et Norma, 4 ans auparavant.

Si vous appréciez l’univers coloré, inclusif et tout sauf stupide de dessins animés tels que Steven Universe, mais que vous avez du mal à retrouver quelque chose de similaire dans les gros comics mainstream, allez plutôt chercher du côté de DeadEndia et d’Internet en général. Beaucoup de créateurs et créatrices n’ont pas attendu que les gros éditeurs se bougent pour proposer des récits variés et mettant en scène des personnages marginalisés. Cerise sur le gâteau, ceux-ci sont souvent disponibles gratuitement, et il y a juste à commencer à la page 1.


DeadEndia Season OneA l’heure où j’écris ce post, les 9 premiers chapitres de la série sont disponibles sur Tumblr, Tapastic et sont en train d’être mis en ligne sur le site officiel de la série. Si vous aimez avoir accès à des arcs narratifs complets d’un seul coup, les 8 premiers chapitres forment la première saison de la série. Les extraits utilisés pour illustrer cet article viennent de la version PDF du volume 1, financée via Kickstarter.

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