Comment le fonctionnement abscons des comics entrave l’émergence de nouveautés

Comics : pitch, TPB... qu'est-ce que c'est ?

Et si on sortait des tomes directement ?

En regardant le top des ventes du New York Times pour les TPB cette semaine, on remarque qu’une certaine Raina Telgemeier squatte plusieurs places avec ses BD adressées aux jeunes filles depuis des semaines voire des années (Smile, 189 semaines de présence par exemple). A part Star Wars: Lando et un tome de The Walking Dead, les autres titres présents sont d’ailleurs écrits par des femmes ou mettent en scène une héroïne (vous savez, celles qui ne vendent pas).

Une donnée qui prouve qu’un public différent est bien là, et qui fait se demander pourquoi les éditeurs de comics de super-héros ne sortent pas plus de titres directement en tomes, au lieu de passer systématiquement par une publication en single issues. Il semblerait cependant que Marvel et DC s’en soient rendus compte :

  • Ms. Marvel sort en tome tout de suite après la fin d’un arc (encore plus vite que Saga !) et d’après les sollicitations d’avril 2016 l’éditeur semble faire de même avec All-New Wolverine (les aventures de Laura Kinney et non Logan), Spider-Gwen et Howard the Duck, c’est-à-dire leurs séries féminines et/ou visant un public peut-être plus susceptible d’acheter en TPB.

Adventures of Supergirl

  • DC a récemment lancé une série Adventures of Supergirl en numérique pour accompagner la série TV entre janvier et juillet, et au lieu de proposer ensuite une sortie en singles issues puis en tomes comme c’est habituellement le cas, ils vont cette fois-ci zapper complètement les singles issues pour proposer un TPB en août 2016, c’est-à-dire le mois suivant la sortie des derniers chapitres.
    Dans le même ordre d’idées, leur ligne de jouets et dessins animés DC Super Hero Girls, qui vise les jeunes filles de 6 à 12 ans avec des versions lycéennes de plusieurs héroïnes DC, aura aussi droit à son roman graphique, prévu pour juillet. Là encore, pas de single issues de prévus.

Autrement, saviez-vous que Days of future past, récemment adapté au cinéma, était en fait contenu dans 2 chapitres des X-men ? Les anciens comics avaient une narration beaucoup plus présente (pour ne pas dire lourde) qui permettait de raconter beaucoup en peu d’espace, au détriment d’une certaine subtilité. Aujourd’hui on attend des dialogues plus naturels, certains scénaristes laisseront parler les dessins plutôt que les textes… mais les chapitres font 20 pages et doivent comporter au moins une scène d’action pour les titres de super-héros. Ce qui appelle à se demander si le format ne devrait pas évoluer, au moins pour une partie des récits.

6 commentaires

  1. Je me souviens que Days of Future Past m’avait surpris, lorsque je l’avais lu : l’histoire est très courte, le TPB s’intéresse plus à Nightcrawler et à ses origines familiales.

    Un petit détail à rajouter à ton excellent article : il n’est pas rare que les éditeurs espacent sciemment la sortie entre le premier et le second TPB d’une série, espérant que l’impatience poussera les lecteurs à se lancer dans les single issues faute de mieux. J’adore…

    Pour ma part, je ne lis que des TPB, l’habitude du système de publication français aujourd’hui avant tout basé sur les albums. Ce qui, en réalité, pose problème : lorsque j’ai déménagé en UK, j’ai immédiatement repéré le comic book shop local, mais j’ai très vite déchanté ; il ne propose (presque) que des single issues ! Pour moi qui ne lit que du TPB, c’était très décevant. Au début, j’essayais de lui commander, de faire marcher le petit commerce comme dirait l’autre, mais il lui fallait un temps infini pour les recevoir… J’ai fini par ne passer que par la vente en ligne, et je ne vais plus en boutique. Triste.

    1. Coucou ! 🙂

      Ca se fait encore d’espacer les TPB ? o_o J’avoue que je n’ai pas regardé pour TOUS les éditeurs, mais j’ai l’impression qu’ils comprennent globalement que le public qui lit en singles n’est pas nécessairement le même que celui qui lit en TPB et qu’on ne convertit pas l’un en l’autre comme ça, qu’il y a plutôt intérêt à ce qu’aucun n’attende plus que de raison.

      Sinon, même en France j’avoue que j’ai été surpris niveau TPB. D’habitude je vais au Pulp’s de la rue Dante à Paris qui a toujours une bonne collection de TPB donc je n’ai pas de problème à trouver celui que je cherche, par contre la fois où j’ai été essayé plusieurs autres boutiques parisiennes pour en chercher un particulièrement introuvable j’ai… vu la différence. Après je comprends les vendeurs : ça prend de la place (et ce n’est peut-être pas ce qui part le plus).

      Et même chez Pulp’s, les rares fois où j’ai commandé un TPB chez un petit éditeur, il a mis très longtemps à arriver. Le pré-commander avant sa sortie aurait sans doute permis de l’avoir immédiatement, mais je n’ai pas vraiment ce réflexe, et puis des fois on n’entend parler d’une série que bien après sa sortie~

  2. Woh ! Je n’avais pas vu que ton blog avait repris ! Bonne nouvelle ! Et très bon article, très intéressant, comme d’habitude !

    Mais du coup, les ventes numériques d’un titre peuvent quand même l’aider à s’en sortir ou pas ? Où il n’y a que les préco Diamond qui comptent ?

    Parce que pour ma part j’achète tous mes singles issues en numérique. Et j’achète surtout des single issues sur les titres Marvel/DC, parce qu’il y a toujours une forte actualité sur ces titres, des changements de statut-quo, des révélations, des risques de se faire spoiler sur les sites de news et j’ai envie de savoir tout de suite. Alors que c’est vrai que sur les titres indés, même sur les titres que j’adore, je suis souvent moins pressé de connaître la suite et lire tout d’un coup dans un recueil physique est souvent plus agréable. Du coup je lis les premiers numéros en single issues et j’attends ensuite. Et vu que je n’ai pas de comics shop près de chez moi et que je ne trouve pas la qualité d’édition des TP VO très intéressante (avec leur couverture souple qui se courbe facilement et un papier tout fin digne d’un magazine), j’attends la version VF.

    Je pense que pas mal de séries indés (voire même certaines séries super-héroïques qui évoluent dans leur coin loins des events) bénéficieraient d’une sortie uniquement en TP, mais les singles issues semblent être utile pour occuper l’espace médiatique et faire parler des titres régulièrement, là où j’ai l’impression que la plupart des graphics novels (sauf les Earth One de chez DC grosso modo) n’ont pas trop de vie médiatique.

    1. Coucou, ravi de te revoir ! 🙂

      Oui, j’ai fait un petit burnout à un moment et me suis vraiment remis au blog au début de l’année :/

      J’achète mes singles en numérique pour exactement les mêmes raisons que toi, du coup j’étais déçu d’apprendre qu’en fait ils ne « comptaient » pas autant que les chapitres papier précommandés, pour aider à la survie d’un titre de super-héros qui dès le début a de faibles ventes en singles comme Midnighter, et ne semble pas être une sensation en numérique/TPB.

      Mais en fait, c’est vachement compliqué, et surtout très dur d’avoir des informations précises, même chez les auteurs apparemment. Sur son blog, Gillen disait cependant que se reposer uniquement sur une seule source de revenus était dangereux, de fait le numérique était une bonne chose. Dans un fil sur Twitter, il faisait aussi plusieurs remarques très pertinentes, notamment à propos d’une vision à long terme (l’article mentionné au début disait que les lecteurs demandaient plus de diversité mais n’achetaient pas les titres qui en avaient, en n’analysant que les ventes de singles papier…).

      Pour rester sur Midnighter, je ne sais pas du tout comment ça s’est vendu en TPB/numérique vu qu’on n’a jamais de chiffres ou d’estimations pour ça. Vu qu’une mini Apollo & Midnighter a été annoncée avec une équipe créative similaire, il est par contre probable que l’éditeur se soit rendu compte qu’en fait il y avait un public, mais qui n’achetait pas forcément en singles papier. Et que ça valait sans doute le coup de poursuivre des efforts pour l’attirer, quitte à ce que ça prenne la forme d’une autre mini-série, alors qu’on n’a pas de nouvelles de beaucoup d’autres fours du DCYou.

      Bref, je pense que c’est plus complexe que « ça compte »/ »ça compte pas » : ça compte dans le sens où ça peut influencer la stratégie globale de l’éditeur à moyen/long terme.

      Pour les OGN, je suis curieux de savoir ce que va donner celui de Squirrel Girl. Autant celui de Carey et Larocca sur les X-Men s’inscrivait à un moment bien précis de la continuité et donnait l’impression d’être un gros single, autant là Marvel sort un OGN sur un personnage qui vend beaucoup plus en TPB qu’en singles, donc la stratégie a l’air mieux étudiée. Ca fait un peu « Raina Telgemeier, on arrive ! >:D »

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