Comment le fonctionnement abscons des comics entrave l’émergence de nouveautés

Comics : pitch, TPB... qu'est-ce que c'est ?

La rupture de stock

Ms. Marvel #1 second printing

Lorsque les séries débutent, il arrive régulièrement qu’elles tombent en rupture et soient indisponibles auprès du distributeur. C’est très bien pour la communication de l’éditeur : « notre série s’est tellement bien vendue qu’elle est déjà épuisée ! » En vrai, si on ne connaît pas le tirage initial, ça ne nous apprend pas grand-chose : une rupture de stock après 20 000 exemplaires tirés, ce n’est pas pareil qu’une rupture après 100 000. Quand Ms. Marvel #1 ou Harley Quinn #1 connaissent de nombreux retirages successifs par contre, là oui on peut se dire que ces séries ont vraiment du succès.

Dans tous les cas, cela signifie que la demande a été supérieure à l’offre et que certains clients sont repartis déçus.

Pour le reste de la chaîne, ce n’est donc pas forcément une bonne nouvelle. S’il y a suffisamment de demande, le chapitre peut repartir chez l’imprimeur, avec encore les mêmes questions : combien en tirer, et est-ce que ça vaut le coup, sachant que le chapitre réimprimé sortira le mois suivant. Les acheteurs ne l’ayant pas trouvé en magasin auront eu le temps de dépenser leur argent ailleurs et ne seront pas toujours au rendez-vous le mois suivant (Jim Zub explique sur son blog qu’il n’a pas été rentable de réimprimer le chapitre #3 de Skullkickers qui était quasiment épuisé, par exemple).

La sortie en recueil

Quelques mois plus tard, la série a totalisé suffisamment de chapitres pour former un tome et celui-ci paraît… plus ou moins longtemps après la sortie du dernier chapitre qui le compose.

TPB ou Hardcover ?

Un roman sort généralement une première fois dans une belle édition de grande taille, puis en format poche quelque temps plus tard, pour un prix beaucoup moins élevé. Dans le monde des comics, c’est un peu la même chose : une série peut connaître une première édition en hardcover, ou HC (couverture rigide) puis quelques mois plus tard en trade paperback, ou TPB (couverture souple) pour quelques dollars de moins. Enfin ça c’est surtout pour les grosses séries, les plus petites sortent directement en TPB.

Il arrive cependant qu’une série rencontre une succès inattendu, ou tout du moins suffisant pour justifier une réédition de luxe. Dans ce cas-là, c’est l’inverse qui se produit : après la sortie de plusieurs TPB, on voit apparaître des HC qui reprennent l’équivalent d’un ou plusieurs TPB. Le célèbre Saga a par exemple connu une réédition en HC qui contient l’équivalent des trois premiers TPB.

Combien de temps faut-il attendre ?

Restons sur Saga, chez Image, qui est un modèle de régularité (à tel point que de plus en plus de séries de cet éditeur s’alignent sur son planning de publication). Exemple avec le contenu du tome 2 :

Saga tome 2

Et en septembre 2013, sortie en VF chez Urban !

  • chapitre #7 : novembre 2012
  • chapitre #8 : décembre 2012
  • chapitre #9 : janvier 2013
  • chapitre #10 : février 2013
  • chapitre #11 : mars 2013
  • chapitre #12 : avril 2013
  • RIEN en mai 2013
  • tome 2 (contenant les chapitres #7 à #12) : avril 2013
  • RIEN en juin 1013
  • chapitre #13 en juillet 2013 etc.

Ainsi, les lecteurs qui préfèrent lire en tome n’ont pas eu à attendre longtemps après la sortie des single issues pour connaître la suite, en avril tout le monde en était rendu au même point, et deux mois plus tard c’était reparti.

Chez les autres éditeurs, c’est différent. Chez Marvel et DC par exemple, les petites séries sortent en TPB quelques mois plus tard, alors que les plus grosses (Avengers, Justice League…) connaissent souvent une sortie en HC de 3 à 6 mois plus tard, le TPB arrivant encore ~6 mois après (plus de détails et d’analyse chez SKTCHD). Oui, c’est long.

 

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6 commentaires

  1. Je me souviens que Days of Future Past m’avait surpris, lorsque je l’avais lu : l’histoire est très courte, le TPB s’intéresse plus à Nightcrawler et à ses origines familiales.

    Un petit détail à rajouter à ton excellent article : il n’est pas rare que les éditeurs espacent sciemment la sortie entre le premier et le second TPB d’une série, espérant que l’impatience poussera les lecteurs à se lancer dans les single issues faute de mieux. J’adore…

    Pour ma part, je ne lis que des TPB, l’habitude du système de publication français aujourd’hui avant tout basé sur les albums. Ce qui, en réalité, pose problème : lorsque j’ai déménagé en UK, j’ai immédiatement repéré le comic book shop local, mais j’ai très vite déchanté ; il ne propose (presque) que des single issues ! Pour moi qui ne lit que du TPB, c’était très décevant. Au début, j’essayais de lui commander, de faire marcher le petit commerce comme dirait l’autre, mais il lui fallait un temps infini pour les recevoir… J’ai fini par ne passer que par la vente en ligne, et je ne vais plus en boutique. Triste.

    1. Coucou ! 🙂

      Ca se fait encore d’espacer les TPB ? o_o J’avoue que je n’ai pas regardé pour TOUS les éditeurs, mais j’ai l’impression qu’ils comprennent globalement que le public qui lit en singles n’est pas nécessairement le même que celui qui lit en TPB et qu’on ne convertit pas l’un en l’autre comme ça, qu’il y a plutôt intérêt à ce qu’aucun n’attende plus que de raison.

      Sinon, même en France j’avoue que j’ai été surpris niveau TPB. D’habitude je vais au Pulp’s de la rue Dante à Paris qui a toujours une bonne collection de TPB donc je n’ai pas de problème à trouver celui que je cherche, par contre la fois où j’ai été essayé plusieurs autres boutiques parisiennes pour en chercher un particulièrement introuvable j’ai… vu la différence. Après je comprends les vendeurs : ça prend de la place (et ce n’est peut-être pas ce qui part le plus).

      Et même chez Pulp’s, les rares fois où j’ai commandé un TPB chez un petit éditeur, il a mis très longtemps à arriver. Le pré-commander avant sa sortie aurait sans doute permis de l’avoir immédiatement, mais je n’ai pas vraiment ce réflexe, et puis des fois on n’entend parler d’une série que bien après sa sortie~

  2. Woh ! Je n’avais pas vu que ton blog avait repris ! Bonne nouvelle ! Et très bon article, très intéressant, comme d’habitude !

    Mais du coup, les ventes numériques d’un titre peuvent quand même l’aider à s’en sortir ou pas ? Où il n’y a que les préco Diamond qui comptent ?

    Parce que pour ma part j’achète tous mes singles issues en numérique. Et j’achète surtout des single issues sur les titres Marvel/DC, parce qu’il y a toujours une forte actualité sur ces titres, des changements de statut-quo, des révélations, des risques de se faire spoiler sur les sites de news et j’ai envie de savoir tout de suite. Alors que c’est vrai que sur les titres indés, même sur les titres que j’adore, je suis souvent moins pressé de connaître la suite et lire tout d’un coup dans un recueil physique est souvent plus agréable. Du coup je lis les premiers numéros en single issues et j’attends ensuite. Et vu que je n’ai pas de comics shop près de chez moi et que je ne trouve pas la qualité d’édition des TP VO très intéressante (avec leur couverture souple qui se courbe facilement et un papier tout fin digne d’un magazine), j’attends la version VF.

    Je pense que pas mal de séries indés (voire même certaines séries super-héroïques qui évoluent dans leur coin loins des events) bénéficieraient d’une sortie uniquement en TP, mais les singles issues semblent être utile pour occuper l’espace médiatique et faire parler des titres régulièrement, là où j’ai l’impression que la plupart des graphics novels (sauf les Earth One de chez DC grosso modo) n’ont pas trop de vie médiatique.

    1. Coucou, ravi de te revoir ! 🙂

      Oui, j’ai fait un petit burnout à un moment et me suis vraiment remis au blog au début de l’année :/

      J’achète mes singles en numérique pour exactement les mêmes raisons que toi, du coup j’étais déçu d’apprendre qu’en fait ils ne « comptaient » pas autant que les chapitres papier précommandés, pour aider à la survie d’un titre de super-héros qui dès le début a de faibles ventes en singles comme Midnighter, et ne semble pas être une sensation en numérique/TPB.

      Mais en fait, c’est vachement compliqué, et surtout très dur d’avoir des informations précises, même chez les auteurs apparemment. Sur son blog, Gillen disait cependant que se reposer uniquement sur une seule source de revenus était dangereux, de fait le numérique était une bonne chose. Dans un fil sur Twitter, il faisait aussi plusieurs remarques très pertinentes, notamment à propos d’une vision à long terme (l’article mentionné au début disait que les lecteurs demandaient plus de diversité mais n’achetaient pas les titres qui en avaient, en n’analysant que les ventes de singles papier…).

      Pour rester sur Midnighter, je ne sais pas du tout comment ça s’est vendu en TPB/numérique vu qu’on n’a jamais de chiffres ou d’estimations pour ça. Vu qu’une mini Apollo & Midnighter a été annoncée avec une équipe créative similaire, il est par contre probable que l’éditeur se soit rendu compte qu’en fait il y avait un public, mais qui n’achetait pas forcément en singles papier. Et que ça valait sans doute le coup de poursuivre des efforts pour l’attirer, quitte à ce que ça prenne la forme d’une autre mini-série, alors qu’on n’a pas de nouvelles de beaucoup d’autres fours du DCYou.

      Bref, je pense que c’est plus complexe que « ça compte »/ »ça compte pas » : ça compte dans le sens où ça peut influencer la stratégie globale de l’éditeur à moyen/long terme.

      Pour les OGN, je suis curieux de savoir ce que va donner celui de Squirrel Girl. Autant celui de Carey et Larocca sur les X-Men s’inscrivait à un moment bien précis de la continuité et donnait l’impression d’être un gros single, autant là Marvel sort un OGN sur un personnage qui vend beaucoup plus en TPB qu’en singles, donc la stratégie a l’air mieux étudiée. Ca fait un peu « Raina Telgemeier, on arrive ! >:D »

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