Chiffres de ventes, rumeurs et approximations associées

Les seuls chiffres de vente auxquels ont accès les fans sont ceux publiés notamment par Comichron et Diamond Comics. Or tous les éditeurs vous le diront, même ceux qui publient autre chose que des comics : ces chiffres sont incorrects. Les éditeurs eux-mêmes sont les seuls à avoir accès aux vraies données, tout le reste n’étant qu’estimation. A ce propos, on oublie souvent de regarder les deux petites phrases tout en haut de chaque tableau récapitulatif des ventes sur Comichron :

Estimated comics sold to North American comics shops as reported by Diamond Comic distributors
(Items marked with asterisks had their reported orders slightly reduced due to returnability.)

La première confirme bien qu’il s’agit d’estimations, basées sur les ventes réalisées par le distributeur Diamond auprès des boutiques situées en Amérique du Nord uniquement. Les ventes au format numérique et dans les pays étrangers ne sont donc pas comptabilisées dans ces tableaux.

Pour ce qui est de la seconde, extrêmement peu d’articles sont marqués d’un astérisque, ce qui signifie que pour tous les autres, les boutiques ne peuvent pas renvoyer à l’éditeur leurs invendus (comme en France, les libraires peuvent renvoyer aux éditeurs français leurs livres non-écoulés, on pourrait penser qu’ils s’agit d’une pratique généralisée, mais ce n’est pas le cas). Autrement dit, tous les exemplaires commandés n’ont pas forcément trouvé preneur, mais ces tableaux n’en tiennent pas compte : ils estiment des ventes réalisées auprès des premiers clients des éditeurs, à savoir les boutiques, et non les lecteurs directement. Plusieurs libraires américains faisaient par exemple état chez Multiversity de grosses disparités entre les quantités commandées et réellement vendues pour l’événement Five Years Later de DC en septembre 2014.

Est-ce que les ventes en numérique comptent ? (réponse : ben oui évidemment)

Une rumeur persistante dans le monde des comics voudrait que les ventes de comics en numérique et à l’étranger ne “comptent pas vraiment” et ne soient pas examinées lorsque les éditeurs envisagent ou non d’annuler un titre qui ne serait plus rentable. Est-ce dû à une mauvaise interprétation de ces estimations ? En tout cas, rien n’est moins faux. Les éditeurs l’ont démenti à plusieurs reprises et continuent de le faire, que ce soit Joe Quesada il y a déjà plus de quatre ans ou Tom Brevoort encore très récemment (vous noterez que la réponse “nous prenons tout en compte” comprend aussi les éditions reliées, et pas seulement les single issues). Les lecteurs qui suivent en numérique des séries dont les ventes sont plutôt faibles peuvent donc se rassurer : leur argent compte aussi (c’est on ne peut plus logique ceci dit, mais bon, la rumeur a ses raisons que la raison ignore méchamment).

Des mécanismes différents pour Marvel/DC et le creator-owned

On remarque généralement qu’une série est annulée chez Marvel (et sans doute aussi chez DC) lorsque ses single issues se vendent à ~20 000 exemplaires par mois (et là vous allez me dire que ça contredit sans doute ce qui a été dit au-dessus, notamment l’influence des ventes de TPB, mais certaines séries atteignent déjà ce seuil alors que le premier recueil n’est pas encore paru). Sur son blog, Kieron Gillen semble plutôt parler de 18 000 exemplaires, et donne le chiffre pour les séries creator-owned chez Image : à 12 000 ventes par mois, un titre est rentable chez cet éditeur, sans compter les ventes de volumes reliés par la suite. Cela corrobore les chiffres donnés par Brandon Montclare (scénariste de Rocket Girl chez Image) dans un commentaire à un article de The Beat. Notez d’ailleurs que d’après Justin Jordan (ShadowmanGreen Lantern: New Guardians…) dans un commentaire un peu plus bas, l’argent éventuellement généré par un TPB arrive assez tard : il parle en effet de… septembre 2015 pour une série débutée en juillet 2014. Jordan est scénariste et peut certainement compter sur les ventes des différentes séries qu’il écrit, mais comme le souligne Montclare, la situation est différente pour les artistes, qui ne peuvent se permettre de travailler que sur une série à la fois (à l’exception de quelques couvertures réalisées ici et là, pour certains d’entre eux). Pour eux, dans le cas de ventes médiocres en creator-owned la question qui se pose n’est même plus “est-ce que le titre est rentable ?” mais plutôt “est-ce que je vais pouvoir manger ?”

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