[Review] Captain Britain : la fin du monde, par Alan Moore et Alan Davis

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Une Angleterre parallèle. Le tribunal du développement dimensionnel. La réalité s’effondre sur elle-même. Serait-ce un effet de l’Impulsion ? Un cybiote implacable tue les amis de Captain Britain. Seule une femme réussit à fuir avec son avant-garde. On prend le thé dans une théière volante plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le héros meurt.

Et ça c’est juste le début o_O

Les premières pages montrent un auteur acceptant sa troisième ou sa quatrième série, prenant en cours une histoire qu’il n’a pas réellement comprise. Une foule de choses parviennent par vagues de six pages, tentant de clore les pistes laissées en suspens par le précédent narrateur, faisant place nette avant le grand chambardement. En quelques épisodes, l’assurance semble venir, l’auteur paraît s’accoutumer enfin au matériau et parvenir à s’amuser.

Même si cet extrait de la préface est écrit à la troisième personne, c’est bien Alan Moore qui parle de lui-même. Quelque part ça me rassure qu’il avoue ne pas avoir tout compris à l’intrigue en reprenant le titre, car comme ça on est deux :p Une fois les fils de l’intrigue dénoués (ou brutalement sectionnés, suivant le point de vue), c’est un Alan Moore encore novice qui peut déployer son univers, avec le brio qu’on lui connaît aujourd’hui.

Après que Merlin ressuscite Captain Britain, celui-ci peut reprendre ses aventures d’une façon nettement plus digeste. Les problèmes et les ennemis continuent de surgir, en exploitant petit à petit ce qui a été introduit auparavant, jusqu’à un final complètement explosif. Une rencontre avec des alter ego d’autres dimensions, un mutant capable de déformer la réalité et qui menace le monde tout entier, une force de destruction invincible, un premier ministre qui veut rendre tous les super-héros hors-la-loi (et les exterminer), une jeune femme qui comparaît devant un tribunal interdimensionnel… Là où d’autres auteurs tiendraient tout un arc sur une seule de ces idées, Alan Moore les enchaîne sans interruption, l’air de dire “pfuh, mais vous savez, j’en ai tellement d’autres, des idées.”

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Les personnages ne sont d’ailleurs pas en reste. Si Captain Britain est l’archétype du super-héros de comics avec sa mâchoire carrée et ses gros muscles moulés dans le spandex, les personnages secondaires sont extrêmement variés, aussi bien dans leur apparence que dans leurs pouvoirs. Cobweb n’est pas simplement une télépathe par exemple, elle est “en contact psychique constant avec un grand nombre de versions passées et futures d’elle-même, formant ainsi une toile temporelle.” Alors que beaucoup d’équipes de super-héros donnent l’impression d’un défilé de top-models aux corps complètement idéalisés, les deux Alan peuplent leur histoire d’une troupe de personnages hétéroclites et bigarrés, pour un résultat très personnel malgré l’arrivée précipitée de l’auteur sur le titre et l’utilisation d’un univers partagé.

La narration elle aussi est assez particulière, tant la voix de l’auteur est omniprésente. Aujourd’hui, on ne raconterait plus l’histoire de la même manière, on laisserait plutôt les dialogues et les dessins parler d’eux-mêmes. Mais le fait est que les très nombreux commentaires en voix off n’alourdissent pas le récit, ils l’enrichissent en lui donnant une certaine dimension littéraire, bien qu’assez désuète aujourd’hui. Les “une glande suinte, un circuit s’active” qui scandent les attaques de Fury soulignent par exemple son caractère implacable d’une manière que le dessin seul n’aurait pu rendre. De manière générale, le solennel et l’absurde se côtoient constamment mais ne se neutralisent jamais ; associés aux découpages inventifs d’Alan Davis et aux couleurs flashy typiques des comics des années 80, ils créent un cocktail unique qui flirte avec le trip halluciné tout en restant très cohérent.

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La fin de l’arc est elle aussi réellement marquante, avec deux menaces apparemment invincibles et face auxquelles on se demande bien comment les héros vont pouvoir s’en sortir. Et SURTOUT, le fait de se dire qu’il va falloir refermer l’ouvrage et revenir à la réalité, où on ne retrouvera que très rarement autant d’idées et de personnalité concentrées en aussi peu de pages :’(

En VF, l’histoire est ressortie l’année dernière chez Panini dans la collection Marvel Gold (soit 200 pages d’excellent comics pour 17 €). Aucune connaissance préalable de l’univers Marvel n’est véritablement requise : les initiés reconnaîtront certains personnages, mais ce n’est absolument pas nécessaire à la compréhension de l’intrigue (il faut juste ne pas se laisser complètement déstabiliser par les premières pages :p).

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