[Review] By chance or providence, par Becky Cloonan

En ce moment, on entend de plus en plus parler de Becky Cloonan : après quelques courtes interventions remarquées chez les Big Two (Batman ou Young Avengers notamment) et plusieurs collaborations avec Brian Wood, elle est à présent sous les feux des projecteurs grâce à Southern Cross chez Image et surtout Gotham Academy qu’elle co-écrit pour DC (les deux séries devraient débuter cet hiver). Mais avant cela, elle s’est notamment fait un nom grâce à trois courtes histoires auto-publiées, qui forment le recueil By chance or providence.

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Un couple enlacé où l’un des amants tient un poignard ensanglanté, une armure et des coiffures qui suggèrent les temps anciens, un titre français qui dit Hasard ou destinée… Cette illustration résume à la perfection ce qu’on trouvera dans ce recueil. En effet, les trois histoires qui y sont rassemblées nous parlent d’amours impossibles à une époque reculée, mais sans donner dans la guimauve, plutôt dans le mystère saupoudré d’horreur.

Dans Wolves, un chasseur se lance sur les traces d’une bête féroce ; dans The mire, un écuyer traverse le marais pour livrer une lettre de première importance, tandis que Demeter s’inspire librement de la mythologie grecque pour mettre en scène une histoire de pacte avec la mort. Et toujours, en filigrane, une passion qui ne se finira sans doute jamais bien.

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Et c’est bien là le seul reproche que j’ai à faire à cette mini-trilogie : une fois qu’on a compris que ces histoires d’amour finiront mal en général, on est un tout petit peu moins surpris de la résolution des intrigues. Cependant, et surtout pour des lecteurs de comics mainstream, la maîtrise de la narration de Becky Cloonan est exemplaire.

Petite anecdote : avant de commencer ce blog, je ne savais pas comment s’y prenaient les critiques pour rédiger des reviews de chapitres. De tomes entiers je veux bien, mais de chapitres ?! En 20-22 pages, il ne se passe quasiment rien, qu’est-ce qu’on peut bien trouver à raconter dessus ? Suivre les séries chapitre par chapitre aide bien je dois dire, car l’attente d’un mois qui sépare chaque parution (le plus souvent) nous rend beaucoup plus critique quant au contenu d’un chapitre que si on lisait le tout à la suite en volume relié. Et puis je me suis aussi souvenu qu’une BD franco-belge classique, c’est 46 pages dans un format à peine plus grand, soit à peu près le double d’un single issue de comics. Or il y a certains comics où après autant de pages, on ne sait toujours pas quels sont les enjeux voire l’intrigue. L’auteur a clairement en vue un recueil de 5 ou 6 chapitres et ménage ses effets, au risque de sortir des numéros pleins de vide.

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By chance or providence, c’est exactement l’inverse : une leçon d’histoire riche et dense en 20-25 pages, avec assez de contenu pour qu’on s’en souvienne longtemps après l’avoir lue, et aussi suffisamment de mystère pour avoir envie de relire le récit tout de suite après l’avoir fini. Becky Cloonan compte en effet sur son lecteur pour démêler les flash-backs et savoir à qui attribuer précisément la narration. Ses histoires ne se dévoilent jamais immédiatement : à la première lecture les grandes lignes sont là, la magie opère ainsi que la mélancolie, mais il faut bien se replonger dans l’histoire une ou deux fois pour dissiper le brouillard qui entoure encore l’intrigue et en saisir tous les détails. Demeter est sans doute l’histoire la plus exigeante des trois, car l’auteure joue pleinement avec les moyens mis à sa disposition pour mettre en scène un récit à tiroirs, où chaque relecture apporte une nouvelle question en même temps qu’elle résout une autre.

Et puis Becky Cloonan, ce ne sont pas que des histoires extrêmement bien troussées. C’est aussi un style graphique où l’on décèle une influence manga parfaitement bien digérée, des traits épais qui dessinent des visages expressifs, des personnages sensuels sous les cotes de maille et une maîtrise du noir et blanc épatante, surtout dans les scènes de forêt. Et c’est enfin la recette du cake aux courgettes ! Mais si, y a le chasseur de Wolves dedans, c’est complètement un spin-off officiel.

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Hum. Bref, lisez Becky Cloonan, comme ça quand Gotham Academy sortira et que ce sera trop bien parce que FORCEMENT ça va être trop bien, vous pourrez dire “Becky Cloonan ? Mais bien sûr que oui c’est génial, attends ça fait teeeeellement longtemps que j’adore ce qu’elle fait.” Comment lire cette histoire ? Bon là j’avoue que ça se complique un peu vu qu’il s’agit d’auto-publication. Ou bien vous commandez la VF du recueil sur la boutique du studio dont elle fait partie pour 20$ (plus d’éventuels frais de port je pense), ou bien vous partez à la chasse des 3 chapitres qui le composent en VO (5$ le chapitre). Autre solution, vous êtes un lecteur du XXIe siècle (#ParisienEtPauvre ça marche aussi) et vous achetez chaque chapitre en numérique sur ComiXology pour 0,89€, autrement dit *rien*, surtout pour la qualité qu’on trouve à l’intérieur.

Bonus ~ si la génèse du projet vous intéresse, ou que vous êtes curieux quant à l’auto-publication de manière générale, l’auteure s’était fendue d’un long post très intéressant sur le sujet.

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