[Review] Avengers Assemble, par Kelly Sue DeConnick

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Vous avez aimé le film Avengers et ça vous a donné envie de vous mettre aux comics ? Bien ! Vous allez voir, c’est *super simple*. Au rayon vengeurs vous avez actuellement le choix entre :

  • Avengers
  • Avengers A.I.
  • Avengers Assemble
  • Avengers Undercover
  • Avengers World
  • Mighty Avengers
  • New Avengers
  • Secret Avengers
  • Uncanny Avengers

Et je ne compte pas Avengers Arena et Young Avengers, récemment terminés. Bref, c’est quand même bien le bordel.

Pour tenter de pallier ce problème, Marvel a lancé Avengers Assemble à peu près en même temps que le film, où Brian Bendis et Mark Bagley nous racontaient les aventures d’une équipe identique à celle du long-métrage, afin d’embarquer en douceur les nouveaux lecteurs. Après leur run qui a duré 8 chapitres, c’est Kelly Sue DeConnick qui a pris le relais, en modifiant un peu l’équipe tout en restant très accessible : même si vous ne connaissez pas Spider-Woman ou Captain Marvel, vous vous sentirez en terrain connu en les voyant évoluer au milieu de têtes d’affiche telles qu’Iron Man, Hulk ou Captain America. Grâce à des histoires plutôt courtes et détachées des grands événements qui secouent l’univers Marvel, un humour efficace et une excellente caractérisation des personnages, nul besoin d’être incollable sur la continuité pour rentrer dans le bain.

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Pour sa première histoire, la scénariste travaille avec Stefano Caselli, au trait aussi esthétique qu’expressif, autrement dit l’artiste parfait pour ne pas rebuter des débutants qui attendraient une certaine performance esthétique, tout en retranscrivant à merveille la multitude d’émotions par lesquelles passent les personnages. Ce qui commence par une petite compétition amicale entre Tony Stark le scientifique bling-bling et Bruce Banner le chercheur austère devient beaucoup plus sérieux quand ils découvrent un camp rempli de cadavres et autres aberrations génétiques.

En gardant des têtes d’affiches connues, DeConnick a inséré son personnage fétiche Carol Danvers/Captain Marvel dans l’équipe, ainsi que sa meilleure copine Jessica Drew, alias Spider-Woman. L’occasion de féminiser une équipe souvent très masculine, de continuer à imposer Captain Marvel comme un membre n’ayant rien à envier à Captain America et d’apporter pas mal d’humour avec Jessica, qui cache son mal-être sous une bonne couche d’humour et d’auto-dérision. Les phéromones qu’elle utilise pour manipuler les mâles de son entourage – aux effets secondaires parfois non souhaités et gênants – tantôt font rire aux éclats, tantôt touchent car ils révèlent l’humanité d’un personnage qui pourrait aisément manipuler Hulk mais refuse de choisir à sa place, là où d’autres Avengers ont eu beaucoup moins de scrupules par le passé.

L’intrigue est quant à elle sympatoche, je regrette qu’on n’échappe pas au moment où le vilain de l’histoire raconte par le menu son plan machiavélique, mais autrement on passe un très bon moment, entre éclats de rires, moments de bravoure et action sérieuse.

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Deuxième histoire centrée cette fois-ci sur Natasha Romanova, la Veuve Noire. Afin d’expier ses erreurs passées, Natasha se rend en Russie pour rencontrer la femme d’un chercheur qu’elle avait assassiné par le passé, et dont les expérimentations scientifiques causent à nouveau problème. Un récit un peu plus intimiste avec un cast beaucoup plus réduit, une Natasha très introspective, exactement comme dans sa série actuelle par Nathan Edmonson et Phil Noto… si ce n’était la présence de Hawkeye et Spider-Woman qui contrebalancent sa mélancolie avec leurs chamailleries, leurs traits d’humour. Ce détail est assez caractéristique du principe de la série : plutôt que de rassurer les lecteurs en leur présentant un point de départ précis, un début, une origine, on rend tout simplement les personnages très attachants. Les histoires sont simples certes, mais la personnalité des protagonistes se révèle complexe, ce qui donne envie d’en savoir plus sur eux et de partir en quête de leurs autres aventures.

Aux dessins, Pete Woods est beaucoup moins virtuose que son prédécesseur mais dessine également des personnages très expressifs, ce qui est particulièrement nécessaire sur Hawkeye afin de retranscrire son côté gentiment bouffon, et de ne pas en faire un bogosse bodybuildé générique.

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Ensuite, c’est là que ça se gâte pour les lecteurs ayant suivi la série en single issues chaque mois. Après un cross-over avec Captain Marvel et qui raconte une histoire quand même essentiellement centrée sur Carol Danvers, la série semble devenir un joyeux fourre-tout visuellement très épars, où l’on a range des tie-ins faisant intervenir les Avengers et auxquels on n’a visiblement pas trouvé de place ailleurs. Deux chapitres liés à l’event Age of Ultron écrits par Al Ewing, puis deux autres qui voient le retour de DeConnick pour nous narrer les événements d’Infinity à travers les yeux de Spider-Woman, puis encore un chapitre d’Al Ewing, toujours à propos d’Infinity. Heureusement, quand on lit la série en volumes reliés, ces chapitres sont publiés ailleurs, avec leurs events respectifs, ce qui évite toute confusion et permet de se concentrer sur les histoires de DeConnick. Je recommande aux fans de Spider-Woman la lecture des tie-ins à Infinity car elle a le droit à de très beaux moments, notamment avec Black Widow, mais mieux vaut tout de même connaître le contexte.

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Team Lady Spiders FTW.

Petit changement dans le principe avec le dernier arc de la série : l’intrigue se fait légèrement plus longue et est cette fois-ci impactée par les derniers événements survenus dans l’univers Marvel. Pour faire simple : l’explosion d’une bombe terrigène a brusquement réveillé des capacités dormantes chez plusieurs êtres humains (comme Kamala Khan, la nouvelle Ms. Marvel), les rattachant à ce qu’on appelle les Inhumains. Lorsque le corps du professeur de sciences sociales de la jeune Spider-Girl est enlevé suite à sa transformation en inhumain, celle-ci réussit à convaincre quelques Avengers de l’aider dans son enquête.

Avec Black Widow la froide professionnelle, Iron Man le cartésien décomplexé, Spider-Woman et sa légèreté de façade ou Wolverine et son pragmatisme bourru, Spider-Girl bénéficie d’un cours de super-héroïsme très informel, où les Avengers apparaissent comme une joyeuse famille peuplée de fortes personnalités, ayant chacun leur approche du métier. L’occasion de mieux les connaître et, là encore, de les trouver attachants. Ah, vous ne connaissez peut-être pas Spider-Girl ? Ce n’est pas grave, vous vous doutez qu’elle a sans doute des pouvoirs similaires à ceux de Spider-Man, elle est jeune, elle est rigolote, elle est déterminée, c’est tout ce que vous avez besoin de savoir.

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Rayon super-vilains, Kelly Sue DeConnick ramène sur le devant de la scène une méchante qu’elle avait créée dans sa mini-série Osborn : le docteur June Covington. En plus de rendre sa série accessible aux plus jeunes avec un personnage central auquel ils ou elles pourront peut-être plus facilement s’identifier, la scénariste ajoute une grosse louche de filles badass aux aventures de ses Avengers, tranchant radicalement avec le défilé de jeunes hommes auquel on est habitué.

Warren Ellis, qu’on connaissait déjà pour le délirant Nextwave: Agents of H.A.T.E. ou le récent Avengers: Endless Wartime dans lequel il collait au plus près de la psychologie de ses personnages, rejoint rapidement Kelly Sue DeConnick pour co-écrire un récit encore plus riche en humour et en répliques finement ciselées. Je regrette juste que l’affrontement final contre June Covington soit aussi vite expédié, dans un chapitre final très inégal visuellement, alors que jusqu’ici Matteo Buffagni nous avait régalés d’un trait simple, expressif, voire assez élégant.

La série vient de se terminer, ayant d’après les auteurs rempli sa mission. Il faut dire qu’avec tous ses relaunches récents, Marvel a multiplié les points d’entrée pour ses nouveaux lecteurs. Et peut-être que la scénariste a eu besoin de se libérer du temps pour travailler sur ses nouvelles séries indé, Pretty Deadly et Bitch Planet.

En VO, les deux premiers arcs sont recueillis dans le TPB Science Bros, avec un annual sur Ultron écrit par Christos Gage, pas très drôle mais tout aussi sensible et porté sur les états d’âme de son personnage principal. Le second TPB, The forgeries of jealousy, paraîtra quant à lui dans quelques mois. Pour lire ces histoires en VF, c’est sur le magazine Avengers Universe de Panini qu’il faut se pencher.

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